Avec humanité ?

Un troisième migrant retrouvé mort dans les Alpes, en deux semaines

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Le drame tant redouté s’est finalement produit. Selon le quotidien italien La Repubblica, le corps d’« un homme à la peau sombre » a été retrouvé aujourd’hui, un peu avant midi, du côté italien du col de l’Échelle. Un promeneur a découvert l’homme inanimé, près d’un torrent. L’absence de papiers d’identité n’a pas pour le moment permis de l’identifier, mais tout porte à croire qu’il s’agit bien d’un migrant qui entreprenait le passage de la frontière franco-italienne.

Depuis plusieurs mois, le col de l’Échelle, le plus bas des Alpes occidentales (1762 mètres), est devenu un point de passage très fréquenté par les migrants. Sur l’année 2017, le réseau Tous Migrants estime avoir accueilli près de 3000 personnes au « Refuge solidaire », à Briançon, où sont hébergés ceux qui réussissent à franchir la montagne [1]. Avec les premiers flocons persistants de janvier, le col a fini par être fermé à la circulation, comme chaque année, où il n’est jamais déneigé en hiver. A Bardonecchia, dernière ville-étape où les migrants arrivent par le train avant d’entamer la dangereuse traversée, des bénévoles italiens s’étaient alors organisés pour convaincre les migrants de détourner leur chemin vers Clavière et Montgenèvre, à 10 kilomètres au sud.

« Il faut à tout prix les empêcher de passer par le col de l’Échelle. Ce serait suicidaire. Avec le fort niveau d’enneigement de cet hiver, le risque d’avalanche est maximum. Il est presque impossible de passer sans se tuer », nous avait ainsi alerté Cédric, coordinateur des équipes de maraude côté français, lors de notre reportage sur place début février. Une prémonition qui s’est révélée tristement exacte. Cruelle ironie, le col de l’Échelle venait justement de rouvrir à la circulation, ce jeudi soir. Les circonstances du drame, ainsi que la date précise du décès, ne sont, pour l’heure, pas connues : l’homme s’est-il égaré en pleine montagne ? Était-il seul ?

Une chose est sûre, l’annonce de ce décès a provoqué une vive émotion. Francesco Avato, le maire de Bardonnechia qui accueille aujourd’hui même l’arrivée de la 19ème étape du Giro, le tour d’Italie, a ainsi évoqué « un voile de tristesse jeté sur une journée qui devait être une fête » auprès de nos collègues de La Repubblica : « Les volontaires qui opèrent au point d’assistance ouvert dans la gare ont pris en charge plus de 1500 migrants au cours des derniers mois. Mais cela n’a pas suffi à éviter la mort de l’un d’entre eux ». Après les décès d’une Nigériane, Blessing, et d’un Sénégalais, Mamadou constatés ces deux dernières semaines du côté de Montgenèvre [2], c’est le même sentiment d’abattement et de fatalité qui prévaut ce vendredi après-midi, dans le Briançonnais : « 3 morts en quelques jours à peine, c’est très difficile à encaisser », reconnaît Agnès Antoine, du collectif Tous Migrants.

Jusque-là, le formidable engagement de ce réseau de citoyens avait permis de préserver la montagne du moindre mort. Mais le « petit miracle » a fini par s’effondrer, subitement. Ce premier « cadavre de printemps » fait désormais redouter un véritable cauchemar : celui de voir la montagne transformée en cimetière à ciel ouvert avec la fonte des neiges.

Photo : le Col de l’Echelle / CC Kévin Peignot

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