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Luttes sociales

Des postières en grève depuis plus de 50 jours : « C’est encore plus dur à la campagne »

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Les luttes s’enchaînent à la Poste. Alors que les postiers des Hauts-de-Seine viennent de terminer un mouvement de grève de quinze mois, après avoir obtenu en partie gain de cause (voir notre article), une grève est également en cours à Miélan, une petite commune du Gers où des postières ont cessé le travail depuis le 21 mai. Ces dernières demandent plus de moyens suite à une nouvelle réorganisation de la distribution du courrier, qui a entraîné la suppression d’une tournée. Ce centre de courrier a la particularité d’être en milieu rural : les postières de Miélan desservent 23 communes.

« Partout à La Poste, nous avons des réorganisations tous les deux ans, depuis que l’entreprise est passée en société anonyme », explique Agnès Samson, l’une des postières en grève. Le passage de La Poste en SA, c’était en 2010. « À Miélan depuis, nous avons perdu la moitié des effectifs. Au départ, la réorganisation était nécessaire, parce que c’est vrai que le volume du courrier diminuait. Mais il y a un moment où l’entonnoir ne peut plus se rétrécir. On augmente les kilomètres par tournée, on augmente le nombre de personnes à qui on doit amener le courrier, sans donner les moyens, avec la pression commerciale qui s’accentue pour nous pousser à vendre des timbres, entre autres… Et le temps pour réaliser ces missions est très mal calculé », détaille la postière. Les grévistes demandent un poste de renfort sur les tournées, et, tout simplement, le respect des horaires de travail, qui sont aujourd’hui « toujours dépassés car calculés informatiquement », de manière déconnectée de la réalité du terrain.

D’abord, les postières ont essayé de s’adapter à la nouvelle réorganisation. « Mais sur le mois d’essai, il y a eu un burn-out, et une personne en arrêt maladie pour des problèmes de tension, précise Agnès Samson. La moyenne d’âge sur le bureau de Miélan, c’est 52 ans ». Les factrices en grève étaient cinq au début. L’une d’elles a quitté le mouvement quand la CGT a signé un protocole d’accord avec la direction, le 4 juillet. Les syndiquées de Sud ont souhaité poursuivre.

« Les élus locaux nous soutiennent, car ils luttent aussi contre la désertification de la campagne »

« Nos revendications sont vraiment minimales. On demandait au début un renfort pour les deux ans, pas un poste en plus, mais juste un renfort pour alléger un peu les tournées de tout le monde. On nous a dit que ce n’était pas possible. Puis nous l’avons demandé pour un an seulement, on nous a dit que ce n’était pas possible. Nous avons demandé ensuite d’avoir un renfort seulement les lundis, mardis et mercredis, parce que ce sont les jours où nous distribuons la publicité, qui n’a pas baissé en volume et que nous devons distribuer dans toutes les boîtes aux lettres. Finalement, la CGT a obtenu d’avoir 0,12 % d’emploi en plus, et jusqu’à la fin de l’année seulement. Mais nous voulons un renfort sur un an entier, avec un bilan à l’appui. »

Pendant le mois et demi de grève, La Poste a fait faire les tournées de Miélan par des postiers d’autres départements. « Donc, notre grève a moins de poids, déplore la factrice. Après plus de 50 jours, on en bave. Ces réorganisations à La Poste, c’est un problème national, mais c’est encore plus dur à la campagne. Nous allons sur les marchés pour expliquer le mouvement. Les gens sont plutôt solidaires, ils voient le problème, au-delà de La Poste même, car tous les services publics sont touchés, tout est basé sur la productivité, sur le financier. Les élus locaux nous soutiennent aussi. Car ils luttent contre la désertification de la campagne. » Pour autant, les factrices sont « très fatiguées. L’énergie qu’on déploie, c’est beaucoup plus que lorsqu’on travaille. »

Photo : © Julien Brygo

Pour information, une caisse de soutien a été créée :

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