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Justice sociale

Bataille des retraites, défense des services publics : tout savoir sur la grève massive du 5 décembre

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Une grève « corporatiste » menée par des « privilégiés » ? Tels sont les éléments de langage distillés par le gouvernement face à la mobilisation à venir du 5 décembre. Malgré ces attaques, la grève s’annonce massive et ne se limite pas aux secteurs concernés par des régimes spéciaux. Tour d’horizon, carte à l’appui.

L’exécutif peut-il craindre une répétition de 1995, lorsque le premier ministre Alain Juppé, sous la pression de la rue, avait dû reculer sur sa réforme des régimes spéciaux ? Pour l’heure, le gouvernement entretient volontairement le flou sur ses intentions concernant la réforme des retraites, alors que plus de 250 manifestations sont prévues dans toute la France ce jeudi 5 décembre. A Paris, le rendez-vous est donné à Gare de l’Est à 14h, pour défiler jusqu’à Nation, via la place de la République.

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Carte réalisée par le collectif retraites, animé par Solidaires.

La réforme des retraites dans le viseur

« Malgré des signaux révélateurs d’un rejet massif du régime de retraite par points, le gouvernement poursuit son projet de réforme qui aura pour conséquences de diminuer le niveau des pensions et de dégrader les droits de toutes et tous, particulièrement des plus précaires et des femmes », écrivent Force ouvrière, la CGT, FSU, Solidaires, l’UNL et l’Unef dans un appel unitaire.

À lire sur le sujet : Baisse des pensions, creusement des inégalités : ce qu’annonce le projet de réforme des retraites

Ces organisations syndicales souhaitent aussi, avec cette mobilisation, améliorer le système actuel de retraite « solidaire » et « inter-générationnelle ». Dans un tract commun, huit organisations de retraités, dont celle des cadres (CFE-CGC) insistent sur les principes de réduction des inégalités, de garantie du montant de la pension, de solidarité et de justice. Elles revendiquent notamment l’indexation des pensions sur l’évolution des salaires.

RATP, SNCF, Air France : préavis de grève reconductible dans les transports

Les syndicats de la RATP [1] (Unsa, Sud, CFE-CGC, FO, Solidaires RATP) appellent à une grève illimitée à partir du 5 décembre. Ils rappellent leur attachement « au contrat social passé avec l’État lors de leur embauche ». Ce qui est appelé « régimes spéciaux » par le gouvernement pour les dénigrer, sont en réalité des conventions collectives négociées pour compenser des inégalités et la dureté du travail.

À lire : Pollution aux particules fines : comment la RATP met en danger la santé des travailleurs et des usagers

Ces syndicats ont été rejoints fin octobre par la CGT, deuxième organisation représentative dans l’entreprise. Selon Rapports de force, les chiffres de grève devraient être comparables au 13 septembre où près de 90 % des agents avaient cessé le travail.

Côté SNCF, la journée du 5 décembre s’annonce aussi très suivie. Sud-Rail a ouvert la voie dès le 24 septembre en annonçant se joindre à l’initiative des syndicats de la RATP pour favoriser « une stratégie de convergence qui nous mènera à la victoire ». « L’ensemble des travailleurs ont tout à perdre avec un régime universel à points qui n’entrainera qu’une paupérisation des retraités et le développement de retraites complémentaires par capitalisation », écrit Sud Rail. L’Unsa, la CGT, la CFDT et FO lui ont emboîté le pas. Selon Rapports de force, la grève devrait durer au moins jusqu’au 9 décembre, où les cheminots regarderont combien de secteurs sont en grève illimitée avec eux, avant de décider de poursuivre ou non leur mobilisation.

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Les préavis de grève concernent aussi les chauffeurs routiers, ainsi que les transports urbains et routiers de voyageurs. Dans un appel unitaire incluant Solidaires Transports, les trois fédérations demandent aux salariés de « participer aux assemblées générales pour débattre du niveau de mobilisation et des conditions de la reconduction du mouvement ».

Onze syndicats d’Air France [2] appellent aussi à la grève. FO et la CGT invitent les personnels au sol à une grève reconductible, tandis qu’un préavis CGT couvre les contrôleurs aériens entre le 5 et le 7 décembre.

Les raffineries et ports bloqués

La fédération des industries chimiques CGT appelle à la grève le 5 et à reconduire le mouvement en assemblée générale. « Apeuré par notre possible réaction, Macron veut repousser la mise en place de la réforme après les municipales : non ! Il doit dire maintenant qu’il abandonne cette nouvelle régression ! (...) C’est maintenant, avant les élections, que nous devons gagner cette bataille », écrivent-ils.

Selon Rapports de force, aucun produit pétrolier ne devrait sortir des raffineries le 5 décembre. Des assemblées générales sont prévues en fin de journée pour décider des suites de la grève. Cet appel intervient alors que plusieurs dépôts pétroliers sont déjà bloqués par des transporteurs routiers, en Bretagne, qui, eux, protestent contre la hausse du gazole.

La CGT ports et docks appelle également à une grève de 24 heures. Ce type d’appel est généralement très suivi, pouvant atteindre des chiffres avoisinant les 80 %, dans un secteur où la CGT est très bien implantée.

Les soignants appellent à « coaguler »

« Nous appelons l’ensemble des soignants à se joindre à nous et se réunir au sein de la manifestation interprofessionnelle du 5 décembre aux côtés des autres services publics mobilisés », écrit le collectif Inter-urgences, fer de lance de la mobilisation dans les hôpitaux. « Au delà de la question des retraites, qui nous concerne toutes et tous, il s’agit aussi de se rassembler pour faire face aux politiques mortifères issues de la même logique de destruction de nos biens communs. »

La mobilisation pourrait aussi reprendre dans la psychiatrie publique. Au Vinatier par exemple, l’un des plus gros hôpitaux psychiatriques de France, une grève reconductible a été votée à l’unanimité à partir du 5 décembre.

Des syndicats de pompiers entendent aussi être dans la rue ce jeudi. Ils ont d’ailleurs installé un campement Place de la République à Paris, dès le 2 décembre.

Journée « justice morte »

« Lorsque chacun constate que la retraite qu’on nous promet va fracturer un peu plus les solidarités et ouvrir la voie aux régimes privés, ce n’est pas du corporatisme mais de la clairvoyance » écrit l’intersyndicale justice qui appelle l’ensemble des professionnels à la grève.

« Il ne s’agit pas ici de défendre les intérêts particuliers de telle ou telle profession. Il s’agit de défendre un système de retraite fondé sur le principe d’une prestation garantie et non sur celui d’une cotisation garantie sans certitude sur ce qui pourra être perçu à l’avenir. » Une inter-syndicale du secteur judiciaire appelle également à la grève. Elle entend également manifester sa colère « face à un gouvernement dont la politique dégrade continuellement les conditions de travail de celles et ceux qui font fonctionner le service public de la justice ».

À lire : Avec la réforme, « les justiciables aisés auront une justice à leur service, les classes populaires en seront exclues »

Lors de son assemblée générale du 15 novembre, le Conseil national des barreaux a de même voté une journée « Justice morte », le 5 décembre, poursuivant son engagement ferme contre le projet de réforme des retraites. « Les régimes autonomes, qui ne sont pas des régimes spéciaux, fonctionnent parfaitement, ne coûtent pas un euro à l’État et reversent des centaines de millions d’euros aux régimes déficitaires », défendent-ils.

Deux enseignants du premier degré sur trois en grève, une école sur deux fermée

Nombre d’écoles maternelles et primaires devraient fermer leurs portes ce jeudi (voir l’appel). Selon les dernières informations du SNUipp-FSU, le syndicat des enseignants du premier degré, deux enseignants du premier degré sur trois pourraient être en grève sur toute la France. Soit une école sur deux fermée. La restauration scolaire et les activités périscolaires comme la crèche sont également concernées. Le collectif des assistants maternels en colère (« Gilets Roses ») rejoint le mouvement.

Dans les lycées, les organisations lycéennes FIDL, MNL et UNL mobilisent aussi. Dans les universités, les syndicats Unef et Solidaires étudiants, déjà en lutte contre la précarité étudiante, appellent à rejoindre le mouvement. Tout comme le front commun des syndicats dans la recherche.

Coupures d’électricité ciblées contre les entreprises qui licencient

La fédération Mines et énergie de la CGT se joint à la grève et va organiser des assemblées générales pour décider des suites du mouvement et des actions à mener. Selon Rapports de force, des baisses de production électrique sont à prévoir dans les centrales hydrauliques et nucléaires. Des coupures d’électricité ciblées devraient viser les entreprises qui licencient ou l’État. FO comme Sud appellent également à la grève illimitée.

Pas de collecte de déchets

La collecte et le traitement des déchets devraient être touchés par la grève dans plusieurs grandes villes comme Paris, Marseille ou Montpellier. Les employés de la ville de Paris pourraient reconduire le mouvement plusieurs jours.

Un millier de préavis de grève dans le secteur privé

Des appels à la grève ont été lancés, parfois de façon unitaire, dans l’ensemble de la fonction publique ou des entreprises publiques : collectivités territoriales, impôts, La Poste, Pôle emploi, l’Institut national de la recherche agronomique, la Banque de France. De même, des préavis de grève touchent le secteur privé comme la branche métallurgie ou commerce. Dans un communiqué du 28 novembre, la CGT annonce qu’un millier de préavis ont été déposés dans le privé, pourtant non soumis à une obligation de déclarer à l’avance des arrêts de travail.

Si les gilets jaunes prévoient de défiler, c’est aussi le cas de l’ensemble des organisations politiques de gauche (France Insoumise, NPA, Lutte Ouvrière, PS, PC, EELV, Génération.s).

Des actions pourraient avoir lieu dans les commissariats

Les policiers sont également lourdement impactés par les réformes successives et la dégradation des conditions de travail. La petite CGT police appelle tous les agents disponibles a se joindre aux cortèges « afin de faire entendre leurs voix et retisser un lien avec la population ». Selon nos informations, des actions pourraient avoir lieu dans les commissariats.

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Pour être informés de la grève du 5 décembre et de la suite du mouvement, rendez-vous sur le portail des médias libres de Basta !, qui recense une centaine de médias indépendants : portail.bastamag.net.

Lire aussi : « Avec la réforme, les retraites de demain ne seront pas suffisantes pour maintenir son niveau de vie »

Photo de une : Serge D’ignazio

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