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Désobéissance

Notre-Dame-des-Landes : un futur « Larzac » pour le gouvernement Ayrault ?

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Dix jours après la massive intervention policière à Notre-Dame-des-Landes, critiques et protestations se multiplient. Onze organisations du mouvement social ont interpellé le Premier ministre. Des élus écologistes tentent de saisir le Parlement européen. Le Parti de gauche critique des expulsions menées « à la veille de la trêve hivernale ». Le gouvernement, lui, reste droit dans ses bottes. La guérilla bocagère devrait s’intensifier ce week-end avec la réoccupation de plusieurs lieux.

Un demi-million d’euros. C’est ce que coûte « au bas mot » l’opération lancée dès le 16 octobre par le gouvernement Ayrault pour déloger les opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, selon le site Presse Océan. Entre la mobilisation de 1 200 militaires et policiers (lire notre précédent article), le déplacement d’escadrons venant de différentes régions, le recours à des hélicoptères à visée nocturne en soutien logistique, la note flambe...

Et la facture pourrait continuer de gonfler ! Car la guérilla bocagère est en train de s’installer durablement sur la zone d’aménagement différé (ZAD) du futur aéroport du Grand-Ouest, rebaptisée « zone à défendre » par les occupants. Plusieurs centaines de personnes devraient participer ce week-end à une action de réoccupation. Une carte fait le point sur les barricades principales, les « check points policiers », les lieux démolis, expulsés et habités :


(cliquer pour agrandir)

Soutien du mouvement social

Onze organisations nationales [1] ont interpellé le Premier ministre Jean-Marc Ayrault sur « la brutalité employée par la force publique en vue d’expulser, à la veille de la trêve hivernale, les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame des Landes » [2]. Plusieurs plaintes ont été déposées ces derniers jours dont celle d’une militante de 65 ans bousculée par des CRS, entrainant 21 jours d’interruption temporaire de travail (lire son témoignage).

« Nous appelons avec la plus grande fermeté le gouvernement à cesser les expulsions des opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes », poursuivent les onze organisations signataires de la déclaration, ajoutant que « le déploiement de force auquel nous assistons actuellement à Notre-Dame-des-Landes ne fait que renforcer notre détermination à contester ce projet d’infrastructure ».

Des lacrymos à la place des pesticides

Un film relate la résistance de la ZAD face à l’intervention et montre son absurdité. Les forces de l’ordre ont pris un malin plaisir à asperger de lacrymogène les champs de légumes cultivés par les occupants, souvent précaires, pour assurer leur subsistance. Plusieurs maisons auto-construites ont été abandonnées par leurs occupants.

Les organisations pointent le non-sens économique et environnemental du projet d’aéroport, et la surdité des pouvoirs publics face aux protestations locales. Le futur aéroport, construit par le groupe de BTP Vinci, coûtera 600 millions d’euros à la collectivité (lire notre enquête), aura « un impact irréversible sur plus de 2 000 hectares de zones humides, de terres agricoles et sur nos émissions de gaz à effet de serre », dénoncent les organisations. Elles appellent l’ensemble des citoyennes et citoyens à participer à des mobilisations locales et « ainsi répondre démocratiquement à une violence qui, pour être institutionnelle, n’en est pas moins illégitime ». Outre cette déclaration de soutien aux opposants, les organisations viennent d’adresser une lettre ouverte au Premier ministre. Une manifestation a également rassemblé 1 500 personnes à Nantes le 21 octobre.

Drôle de conception de la concertation

Des élus sont aussi montés au créneau. « Pourquoi autant de précipitation et de virulence alors que tous les recours juridiques n’ont pas été à leur terme », a ainsi interrogé, le 25 octobre au Sénat, Corinne Bouchoux d’Europe Ecologie-Les Verts (voir la vidéo). Réponse du ministre des Transports Frédéric Cuvillier : « L’État et les élus de Nantes Métropole, du Conseil régional, ont souhaité faire avancer ce dossier, dans le respect à la fois des populations, des agriculteurs, des communautés de communes concernées, et de faire en sorte que cette méthode puisse être une méthode à la fois de concertation, mais aussi de respect, et c’est en ce sens que l’État soutient les procédures engagées. » Chacun appréciera sa conception de la concertation.

Frédéric Cuvillier reconnait cependant l’existence de contentieux sur la propriété et l’expropriation des terrains. « L’accord » obtenu à l’issue d’une grève de la faim au printemps dernier portait sur l’arrêt des expulsions tant que tous les recours juridiques ne seraient pas terminés [3]. Mais cet accord passé avec le nouveau Premier ministre et ex-maire de Nantes, n’incluait pas les occupants sans titre, contre qui l’opération de police est dirigée.

Le PS droit dans ses bottes

Dans un entretien au journal Le Monde, Harlem Désir, le nouveau Premier secrétaire du PS, a rappelé le « désaccord avec Europe Ecologie - Les Verts sur ce dossier ». Et du côté des élus locaux, le ton monte. Le président socialiste du conseil général de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, traite dans un communiqué les habitants de Notre-Dame-des-Landes d’ « accapareurs ». Ces opérations marquent pour lui « la fin d’une situation de non droit ». Il dénonce « l’occupation illégale et l’exploitation de propriétés, rachetées régulièrement par les pouvoirs publics à leurs précédents propriétaires. »

« Personne ne doit s’étonner de l’ampleur du dispositif déployé par l’État, afin que ces évacuations soient effectives et irréversibles, et que les forces de l’ordre agissent avec efficacité et surtout sans emploi de la violence », répond le président socialiste. « Sans violence ? s’insurge Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’Écologie du Parti de gauche. Quand des familles sont bombardées de gaz lacrymos et expulsées à la veille de la trêve hivernale ? On parle là de jeunes qui s’installent dans des logements vacants, bossent et emmènent leurs gamins à l’école du coin, soutenus par les agriculteurs locaux ! ».

Le recours européen ?

Une porte de sortie s’ouvre peut-être avec l’entrée du dossier de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes au Parlement européen. La première saisine citoyenne de la Commission parlementaire des Pétitions est arrivée le 25 octobre, affirme dans un tweet l’eurodéputée EELV Sandrine Bélier.

Loin de Bruxelles, les militants installés sur la Zone à défendre continuent d’occuper et de résister. « Parce qu’ils croient faire taire la résistance en vidant la zone, nous réaffirmons que nous y sommes toujours, que nous y resterons, que nous sommes chaque jour plus nombreusEs, affirment-ils dans un communiqué. Ils peuvent détruire nos maisons, ils ne détruiront pas les liens qui s’y sont créés. »

Photo : CC

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