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Inégalités

Le quotidien alarmant des écoliers issus de familles pauvres

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« Je n’ai pas déjeuné ce matin, j’ai faim » : cette phrase, de plus en plus d’enseignants l’entendent en début de journée, au moment où ils accueillent leurs élèves. C’est le constat, parmi beaucoup d’autres, que dresse le rapport « Grande pauvreté et réussite scolaire », coordonné par Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire. Des témoignages ont été recueillis dans une dizaine d’académies [1] et illustrent la réalité qui se cachent derrière les statistiques sur les inégalités. Publié il y a quelques jours, le rapport rappelle qu’en France, 1,2 millions d’enfants vivent dans des familles pauvres. Soit un enfant sur dix ! Une famille est considérée comme pauvre quand son revenu mensuel est inférieur à 1739 euros (soit la moitié du niveau de vie médian) pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans. Et, austérité oblige, la situation ne fait qu’empirer.

Le quotidien de certains de ces gamins, raconté par les adultes qui les côtoient – enseignants, directeurs ou médecins scolaires – comprend d’infinies difficultés, qui nuisent fortement à la scolarité. La France est l’un des pays où l’origine sociale pèse le plus sur le destin scolaire. Les impayés de cantine signalent ainsi souvent un niveau de précarité important. Mais d’autres indices peuvent révéler des difficultés à se nourrir : des assiettes toujours vides en fin de cantine, des mômes qui font des réserves de pain le vendredi, ou une impossibilité de fournir un pique-nique scolaire correct lors d’une sortie. « Le repas pris à la cantine constitue souvent le seul apport nutritionnel de la journée », remarque l’équipe d’une école maternelle de Seine-Saint-Denis. Ailleurs, dans la région de Grenoble, ce sont des lycéens, que l’on retrouve sur le parking d’un supermarché à la pause de midi, en train de manger un paquet de chips. Le prix de la demi-pension est trop élevé pour leur famille.

« De nombreux enfants viennent à l’école sans chaussettes »

« La tenue vestimentaire des enfants peut également donner l’alerte », remarque le réseau d’aide aux élèves en difficultés (rased) d’Epinal- Xertigny (académie de Metz-Nancy) : « Vêtements inadaptés à la taille de l’enfant, à la saison, manque de l’équipement de base lors d’une sortie scolaire. » « De nombreux enfants viennent à l’école sans chaussettes, et même sans chaussures (chaussons), et cela même en hiver », rapporte de son côté une école maternelle de Seine-Saint-Denis. Certains enfants manquent d’hygiène, parce qu’il n’y a plus d’eau chaude à la maison, parce que le chauffage a été coupé, parce qu’ils n’ont pas de logement. Une directrice d’école de l’académie de Créteil signale ainsi que des élèves racontent dormir dans des voitures, ou dans des garages ! Ils arrivent souvent très fatigués en classe. Parfois, ils trainent tard dans la rue, parce qu’ils n’ont pas de chez eux, ou parce que leurs parents ne viennent pas les récupérer à la sortie de l’école.

La grande précarité est « une des causes majeures de difficultés scolaires », remarque un médecin scolaire. Comment se concentrer en classe le ventre vide et les yeux lourds ? Comment imaginer faire ses devoirs dans une pièce où se serrent 20 personnes, ou pire, dans la rue ? Et sans soutien parental ? Car pour beaucoup de familles, « les objectifs de l’école ne sont plus des préoccupations », observe une équipe enseignante de la région de Nantes. Ils sont inquiets de se loger, de manger et de travailler. Cela occupe tout leur temps, et toute leur attention.

Face à ces situations dramatiques, les enseignants sont bien souvent démunis. Mais beaucoup d’entre eux mettent en place des systèmes de solidarité, et se débrouillent pour que ce soutien soit discret, de façon à gommer les différences. Ils mobilisent toutes les aides sociales possibles, passent beaucoup de temps à échanger entre eux pour essayer de cerner les difficultés de leurs élèves : Ils organisent une bourse d’échanges de vêtements avant une classe. Ils prêtent les douches du gymnase aux gamins qui ne peuvent pas se laver. Ils proposent de laver leurs habits dans les machines de l’établissement. Il n’empêche, s’indigne l’auteur du rapport Jean-Paul Delahaye : « Est-il supportable que des enfants vivent ainsi dans notre pays ? »

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