Accès à la terre

Quand paysans et citoyens s’associent pour sauver des terres agricoles

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C’est l’histoire d’une ferme perchée sur le Causse du Quercy, dans le Lot, que le propriétaire envisage de revendre à prix d’or à un riche retraité. Mais un jeune couple, bien décidé à s’y installer pour élever des chèvres, décide de lutter pour conserver la vocation agricole de la ferme. Ils entrainent avec eux des citoyens du coin, et d’autres plus lointains. Leur aventure singulière a été filmée par Eric Maizy, qui en a tiré un documentaire éclairant sur la gestion des terres agricoles en France, intitulé La Terre, ça vaut de l’or !. Un film qui permet de comprendre pourquoi et comment des milliers de fermes y disparaissent chaque année.

Au début des années 2000, Alex et Manue arrivent dans le Lot, sur les terres arides du Causse du Quercy. Le rêve du jeune couple ? Devenir paysans, dans ce coin majestueux de campagne. Jean-François, éleveur de chèvres installé en bio, à quelques années de la retraite, cherche justement des successeurs pour reprendre « la Terre », une ferme de plus de 150 hectares où il travaille depuis bientôt trente ans. Mais la Terre ne lui appartient pas. Et le propriétaire aimerait bien la vendre, mais pas forcément à un paysan. Le premier qui allonge l’argent l’emportera !

Située en pleine nature, à quelques kilomètres d’une quatre-voies, et dotée de magnifiques bâtiments de pierre, la ferme a de quoi faire rêver plus d’un amateur de maison de vacances. Pour que la Terre reste entre les mains de ceux qui la travaillent, et que les campagnes ne soient pas simplement un lieu de résidences secondaires pour riches urbains, un collectif se monte alors : "Vivre sur les Causses", qui ambitionne de racheter la ferme.

Alex sillonne la France pour trouver des preneurs de parts — une part s’élevant à 100 euros. Avec Manue, et une solide équipe de gens du coin, ils organisent des soirées et des repas de soutien, campent sur les marchés, animent de vives et dynamiques assemblées générales. Eric Maizy, journaliste de France 2 responsable de la rubrique agricole, réalise pour eux un petit documentaire de présentation, dont ils se servent pour présenter leur projet. Puis décide de suivre cette aventure peu commune. Caméra à l’épaule, il filme pendant quatre ans les moments d’excitation et de doutes du collectif, et en tire un documentaire de 90 minutes, La terre, ça vaut de l’or !, dans lequel on suit les jeunes paysans qui partent à la rencontre des autres citoyens [1].

Les coups de mains et encouragements sont divers, voire inattendus. Alex rencontre une banquière qui propose de prêter 40 000 euros à taux zéro à l’association, et qui mettra finalement 150 000 euros dans l’affaire. Le documentaire montre aussi la colère d’ouvriers furieux d’envisager que les plus riches puissent s’imposer, et qui proposent de mettre « des limites » à la propriété privée.

Trois générations d’ouvriers investissent dans le foncier agricole, extrait de « La terre, ça vaut de l’or ! ».

Eric Maizy filme aussi les renoncements successifs des politiques : mairies, Conseil général et Conseil régional, sont ravis que des jeunes veuillent être agriculteurs, mais se révèlent incapables de les soutenir réellement, notamment d’un point de vue financier [2]. Le sujet met ces élus si mal à l’aise qu’ils demandent à Eric Maizy de ne plus les filmer. De même que les représentants de la chambre d’agriculture, ou encore le notaire.

Finalement le terrain restera agricole. Mais il est racheté au prix fort [3]. L’expert de la Safer, se basant sur le coût de la pierre, plus que sur celui des terres et de l’argent qu’un agriculteur peut en tirer, a chiffré le prix de vente de la ferme à plus de 350 000 euros ! L’arrivée de la toute jeune société foncière Terre de liens – qui soutient l’installation d’agriculteurs par une action sur le foncier – doublée d’un don conséquent, permettent de conserver la vocation agricole de la Terre. Le rachat collectif s’avère donc efficace, « mais une limite apparait, que le film met en exergue, souligne le réalisateur Stéphane Goxe [4] : on finit presque toujours par s’aligner sur les prix du marché, exorbitants. Sans plus aucun rapport avec l’activité agricole, ces prix sont littéralement "hors-sol". »

Nolwenn Weiler

Aquarelles : Véronique Abadie, pour C-P productions.

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