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« Il n’y aura jamais d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ! »

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Plus le gouvernement durcit le ton, plus le mouvement d’opposition à l’aéroport de Notre-dame-des-Landes se renforce, malgré l’annonce d’un référendum local. Ce samedi 27 février, entre 15 000 et 60 000 personnes se sont retrouvées à Notre-dame-des-Landes, là où les travaux sont censés commencer dans... deux semaines. Trois mois après la tenue de la conférence internationale sur le climat, et en pleine crise du modèle agricole, les manifestants dénoncent les incohérences de François Hollande. Reportage.

Il faisait beau ce samedi à Notre-dame-des-Landes, et la foule était dense : plus de 60 000 personnes selon les organisateurs (15 000 selon la Préfecture), se sont retrouvées sur la quatre-voies qui relie Rennes à Nantes, à la lisière ouest de la zone pressentie pour le futur aéroport. Ils manifestaient pour l’arrêt des menaces d’expulsion, l’abandon du projet d’aéroport et l’avenir de la « zone à défendre » [1].

Partis dans la matinée à vélo, en tracteurs ou à pieds, les manifestants se sont retrouvés vers 13h « à hauteur du barreau routier censé être construit un jour pour rejoindre rejoindre l’aéroport », explique Chantal Roullaud, membre de l’Acipa, le collectif qui regroupe les opposants au projet. Affairée à vendre des autocollants derrière la table de l’association, elle ré-ajuste son écharpe et son bonnet : le vent est pinçant. À quelques pas, une cuisine roulante propose de la soupe chaude « faîte avec amour et avec des légumes de la Zad ». D’autres camions et bétaillères proposent à manger, des bières, et du vin chaud. Familles et amis sortent leur thermos et leur pique-niques, les enfants soulèvent les capotes des petites charrettes à vélo où ils étaient blottis, des musiciens se mettent à jouer ensemble.

Contrer l’état d’urgence

Venus des quatre coins de la France – près de 70 cars se sont déplacés depuis Lille, Paris, Marseille ou Toulouse –, les manifestants ont reçu des messages de soutien d’Allemagne, d’Italie, de Turquie, de Belgique, de Grande-Bretagne, du Québec... Sylvie, Edwige et Isabelle arrivent de Bourgogne. C’est la troisième fois qu’elles traversent le pays pour venir soutenir les opposants à l’aéroport. « NDDL cristallise énormément de colères, estime Sylvie. Nous sommes indignées face à l’écart de plus en plus grand entre les discours et les actes. On organise la conférence sur le climat puis on construit un aéroport ? On parle de sauver l’agriculture et on veut démolir une zone que des gens veulent continuer à cultiver ? » « Être là, c’est aussi une façon de contrer l’état d’urgence, qui menace de devenir permanent », ajoute Edwige. Et qui peut rendre facilement illégal tout rassemblement.

Accrochés aux sac-à-dos, aux tracteurs ou poussettes, des centaines de drapeaux « aéroport non ! » flottent au milieu de la marche, où se baladent aussi des clowns, des musiciens, quelques représentants politiques d’Europe écologie - les verts, du Parti de gauche ou du Nouveau parti anticapitaliste, et d’autres mouvements de lutte contre les grands projets inutiles. « Il y a beaucoup de solidarité entres le mouvements d’opposition aux grands projets inutiles, se réjouit Johan, membre de la lutte contre le projet d’enfouissement de déchets nucléaires à Bure dans la Meuse. Nous sommes là aujourd’hui pour soutenir la lutte de Notre-dame-des-Landes. C’est aussi l’occasion de discuter avec des gens qui ne nous connaissent pas. Quand on parle de Bure, les gens baissent la tête, comme si notre cas était désespéré. Mais nous, on pense qu’on va gagner ! » Les membres de la coordination qui ont organisé la grande mobilisation de ce samedi 27 février affichent la même détermination : « Celles et ceux qui habitent et cultivent la Zad ne la quitteront pas ! Il n’y aura jamais d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes ! » ont-ils répété à la tribune [2]. Un bidon géant a été hissé par la foule, à trois mètres au-dessus du sol pour faire office de « vigie », en cas de manœuvres policières.

« Les gens sont là pour sauver des terres agricoles »

« Tout ce monde, cela fait vraiment plaisir », se réjouit Sylvain Fresneau, qui fait partie des agriculteurs sommés d’évacuer leur ferme le 25 janvier dernier. « C’est un message important pour l’État, pour le projet d’aéroport mais aussi pour le dossier agricole. Les gens sont là pour sauver des terres agricoles, où sont installés des petits élevages. On entend dire qu’il faut sauver les haies, pratiquer la polyculture : c’est exactement ce qu’on fait ici. Pourquoi démolir tout cela en prétendant vouloir le reconstruire ailleurs ? »

En fin de journée, alors que l’on plie les drapeaux, et que les bétaillères ramènent les piétons vers leurs véhicules, quelques manifestants échangent à propos du référendum. Annoncé par François Hollande le 11 février, il prévoit pour le moment de consulter uniquement les habitants de Loire-Atlantique. « Il y avait ici des citoyens de tout le pays , dit l’un d’eux. Comment peut-on envisager de ne consulter que les habitants d’un département ? » Pour Thibault, rencontré à l’heure du pique-nique, « tout le monde est concerné, tout le pays, voire même, toute la planète... » Il sera difficile pour le gouvernement d’ignorer cette massive et festive manifestation. Quant aux premiers travaux de défrichage, ils sont censés commencer avant la mi-mars, à l’endroit même où s’est tenu le rassemblement...

Nolwenn Weiler
Photo de UNE : Laurent Guizard (Archives)

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