Dette souveraine

Grèce, Espagne, Allemagne… quand l’Europe connaissait des faillites d’Etats à répétition

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Que va-t-il se passer après le non grec au référendum ? Si les créanciers européens de la Grèce refusent de relancer les négociations et de verser la dernière tranche – d’un montant de 7 milliards d’euros – du plan d’aide (concocté en 2011), le pays devrait se retrouver en cessation de paiement, en défaut souverain. Bref, en faillite. Ce ne sera pas la première fois. C’est déjà arrivé à cinq reprises à la Grèce depuis le début du XIXe siècle [1]. Depuis 1800, la Grèce s’est déjà retrouvée en défaut de paiement face à ses créanciers étrangers en 1826, puis en 1843, 1860, 1893 et, enfin, en 1932.

Et elle est loin d’être la seule dans ce cas ! L’Espagne a connu huit faillites au XIXe siècle [2], suite notamment à l’accession à l’indépendance de ses anciennes colonies d’Amérique latine, à des bouleversements politiques, et aussi à quelques crises financières. A la même époque, le Portugal fait défaut à sept reprises [3]. Mais il n’y a pas que les monarchies du sud de l’Europe qui gèrent mal leurs budgets nationaux.

L’actuel champion de la rigueur, l’Allemagne, et les différents États allemands indépendants avant l’unification du pays, ont fait faillite huit fois (en 1807 et 1813 pour la Prusse, en 1812 en Westphalie, 1814 en Hesse, 1850 en Schleswig-Holstein, puis en 1932 et 1939 pour l’ensemble de l’Allemagne). L’empire austro-hongrois, dont une partie devient ensuite l’Autriche, a également connu sept faillites depuis 1800 [4]. Les faillites allemandes et autrichiennes du XIXe siècle sont la conséquence des guerres régionales qu’ils se livrent, dont les guerres napoléoniennes. C’est aussi le cas pour l’unique défaut souverain de la France pendant cette période, en 1812, comme pour celui de la Suède (1812) et des Pays-Bas (1814).

Le paysage change au XXe siècle. Ce ne sont plus les guerres qui provoquent les crises financières, mais l’inverse. Le krach boursier de 1929 aux États-Unis déclenche son lot de faillites d’État : la Grèce et l’Allemagne en 1932, la Roumanie en 1933. Des crises économiques et sociales qui contribuent à renforcer la nouvelle idéologie totalitaire à la mode du moment : le fascisme.

Des dictatures communistes pratiquent l’austérité

Plus récemment, une nouvelle vague de défauts souverains s’est produite dans l’est de l’Europe dans les années 1980. La Roumanie s’est à nouveau retrouvée en cessation de paiement face à ses créanciers en 1981 et 1986. Le régime de Ceaucescu y répond par une austérité autoritaire. « De 1981 à 1986, la dette s’est abaissée de 10,1 milliards de dollars à 5,9 milliards. Pourtant M. Ceaucescu entend persister dans sa politique d’austérité jusqu’en 1990 du moins, année où elle devrait être intégralement remboursée. Or, depuis six ans, l’économie vit pratiquement en état de guerre », pouvait-on lire en 1988 dans Le Monde diplomatique [5]. Le régime tombe en 1989.

La Pologne connaît une situation de faillite similaire à l’orée des années 1980. L’assainissement budgétaire s’accompagne là aussi d’un coup de verrou autoritaire. « La Pologne est en cessation de paiement depuis avril 1981. Elle n’est plus capable de rembourser le capital qui vient à échéance et a les plus grandes peines à s’acquitter des intérêts », expliquait Serge Métais en 1982 [6]. Pour rembourser sa dette, le gouvernement polonais augmente les prix et réduit les subventions à la consommation. Ces mesures de rigueur déclenchent une large vague de grèves.

La situation polonaise d’alors avait déjà montré le peu d’égard des banquiers face aux aspirations des peuples à la liberté. En décembre 1981, pendant les négociations entre la Pologne et ses créanciers occidentaux, le général Jaruzelski proclame l’état de guerre dans le pays. Qu’en disent les banquiers d’alors ? « Quels qu’ils soient, nous devons souhaiter la meilleure chance aux dirigeants du pays et espérer qu’il y aura un retour à une économie productive », estime un banquier de la Bank of America. « La seule question qui nous préoccupe est la suivante : pourront-ils payer leurs factures ? », interroge un de ses homologues à la Citibank [7]. Aujourd’hui, les banques fragilisées par la crise financière de 2008 peuvent se rassurer : les factures ont été payées, en particulier en Grèce.

Rachel Knaebel

@rachelknaebel

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