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Débattre Répression syndicale

Vaut-il mieux incendier un centre des impôts ou démonter pacifiquement une salle de traite ?

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« Serait-il moins risqué d’incendier un centre des impôts ou les bâtiments de la Sécu agricole que de démonter symboliquement une usine à 1 000 vaches ? » C’est la question posée par Léon Maillé, ancien berger et pilier de la lutte du Larzac, alors que s’ouvre le 28 octobre le procès de militants de la Confédération paysanne, accusés d’avoir démonté une salle de traite. Où est la justice, interroge-t-il, quand des actions non-violentes, à visage découvert, sans agressions verbales ou physiques, sont durement réprimées, et que d’autres beaucoup plus violentes commises par la FNSEA, syndicat agricole majoritaire, n’ont – étrangement – jamais donné lieu à des poursuites judiciaires ? Témoignage d’un indigné.

« Selon que vous serez puissant ou misérable (de la FNSEA ou de la Confédération paysanne, en langage moderne), les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » dixit La Fontaine.

Ce 28 octobre à Amiens, neuf militants de la Confédération paysanne arrêtés manu militari comme des terroristes, seront jugés parce qu’ils ont symboliquement démonté la salle de traite de cette funeste usine à mille vaches… Le préfet de la Somme avait pourtant ordonné de détruire partiellement les installations, car sur zone archéologique. Qu’à cela ne tienne, l’usine a commencé à livrer son drôle de lait, véritable sous-produit puisque l’objectif est de faire un max de bouses pour alimenter un méthaniseur industriel.

À cette aberration agricole (imaginons en Aveyron une telle usine à vaches par canton, et on peut supprimer tous les autres élevages) s’ajoute une aberration judiciaire. En effet, les actions de la Conf’ s’inscrivent toujours dans la non-violence, à visage découvert, sans agressions verbales ou physiques, mais sont lourdement réprimées. Quant à celles de la FNSEA, jugez-en plutôt par vous-mêmes :

- Il y a une vingtaine d’années, ce camion de moutons brûlés vifs lors d’une manifestation de la FNSEA. Qui s’en souvient ?
- En février 1999, le bureau de la ministre Dominique Voynet a été saccagé, de nombreux documents sont emportés. Résultat : deux ans plus tard quelques peines symboliques contre quatre lampistes ;
- En 2004, à l’hôtel des impôts de Morlaix, 60 000 € de dégâts et un gendarme gravement blessé : faits toujours impunis.
- En septembre 2013, la FNSEA a ravagé le domaine autour du siège du parc national régional du Morvan, sous l’œil placide des gendarmes qui ont laissé faire ;
- Novembre 2013 : blocus de Paris causant deux accidents et un mort. Pas de suites judiciaires.
- Septembre 2014, encore à Morlaix : deux bâtiments publics incendiés dont celui de la MSA, devant les forces de l’ordre qui ont laissé faire, et des « responsables » FDSEA qui justifiaient et encourageaient l’action.

Où est la justice ?

Il est vrai que la FNSEA ne remet jamais en cause le système agro-business, alors l’État peut bien lui tolérer quelques accès de colère… Par contre, la Confédération paysanne, parce qu’elle combat la dérive industrielle de l’agriculture, est considérée comme terroriste des champs.

Souvenons-nous des OGM : combien de mascarades judiciaires avons-nous vécues, avec avalanche de prison ou d’amendes démentielles ? Drôle de tribunaux qui pour les mêmes faits relaxaient quand d’autres sévissaient très fort. Résultat, aujourd’hui l’opinion (et l’État) a reconnu le bien-fondé des combats de la Confédération paysanne : les OGM sont enfin interdits dans les champs.

La Confédération paysanne fait avancer l’agriculture paysanne dans un esprit d’agro-écologie. La FNSEA, tout en prétendant défendre l’agriculture familiale, l’assassine un peu plus chaque jour.

Faudra-t-il croire qu’il serait moins risqué d’incendier un centre des impôts ou les bâtiments de la Sécu agricole que de démonter symboliquement une usine à 1 000 vaches ? Réponse à Amiens ce 28 octobre.

Léon Maillé

Photo : © Envie de paysans

- Voir notre reportage lors du procès du 28 octobre à Amiens : Pendant que la justice cautionne l’élevage industriel, les citoyens font le procès de l’agrobusiness.

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