Risques sanitaires

Pesticides : les travailleurs agricoles très mal protégés

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Faut-il réformer la procédure d’autorisation de mise sur le marché (AMM) des pesticides ? C’est la question posée par le magazine trimestriel Santé & Travail (juillet 2011). Il apparaît clairement que les expositions des travailleurs, exploitants et salariés, qui préparent et épandent les phytosanitaires – pesticides, herbicides et fongicides – « sont faussement prises en compte dans le déroulement de la procédure AMM ». L’enquête révèle que les avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses), sur lesquels se fondent le ministère de l’Agriculture, rappellent systématiquement que les équipements de protection individuelle (EPI) « doivent impérativement être adaptés aux propriétés physico-chimiques du produit utilisé ». Le problème c’est que personne ne sait aujourd’hui véritablement ce qu’est un équipement approprié. Tenues, gants ou combinaisons ne sont même pas testés pour le milieu agricole. Les travailleurs, eux, continuent d’être exposés.

Absence de protection correcte face aux molécules chimiques

En 2007, deux chercheurs lancent l’alerte après avoir mis en évidence l’inefficacité de combinaisons soit-disant « étanches aux pulvérisations ». La Direction générale du travail (DGT) demande un rapport à l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail qui confirme que « même les combinaisons conformes ne garantissent pas une protection correcte face aux mélanges de molécules ». En dépit de l’absence de combinaison véritablement protectrice, l’Anses continuer de distribuer des avis favorables à la mise sur le marché des produits... Ainsi, rien ne garantit aujourd’hui que tous les produits sur le marché puissent être utilisés sans risque pour la santé. Le directeur général de l’Anses souhaite qu’à l’avenir, « lorsqu’un industriel demande une AMM pour un produit phytosanitaire, son dossier soumis à l’Agence spécifie les caractéristiques des EPI assurant effectivement la protection de l’opérateur et lui permettant de descendre en dessous des seuils autorisés ». Mais personne pour le moment ne va aussi loin. Sans compter que « l’évaluation des risques elle-même n’est pas exempte de critiques », précise Santé & Travail.

Des « discussions interministérielles sur les moyens d’améliorer la procédure » seraient en cours. Du côté de l’Anses, « un inventaire des EPI commercialisés » est au programme de l’année 2011. La DGT a lancé un chantier de révision de la norme de fabrication des combinaisons, auquel participent les fabricants d’EPI, les laboratoires d’essais et les organismes de prévention. À l’heure où la France est le premier pays consommateur européen de pesticides, la notion de « risque acceptable » pourrait également être remise en cause. Avec cette enquête, l’invisibilité sociale dont souffrent les travailleurs exposés aux pesticides sort enfin de l’ombre.

Sophie Chapelle

Source : Santé & Travail

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