Transparence

Les Français consomment des endives génétiquement modifiées sans le savoir

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Les endives garnissent les étals de légumes durant tout l’hiver. Rien n’indique pourtant sur l’étiquetage qu’une partie d’entre elles sont génétiquement modifiées (OGM). C’est ce qui a poussé le syndicat Confédération paysanne à interpeller, le 14 janvier, des représentants des firmes de semences présentes au salon des productions végétales dans le Maine-et-Loire. Parmi elles, le groupe français Limagrain-Vilmorin se présente comme le numéro un mondial de l’endive. Sur dix variétés d’endives cultivées dans le monde, huit portent la griffe de ce groupe. Selon la Confédération paysanne, Limagrain-Vilmorin « introduit à notre insu des endives OGM sur le marché, y compris en agriculture biologique ».

Comme le souligne un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publié en novembre 2019, les premiers travaux de recherche sur des variétés d’endives rendues tolérantes aux herbicides (VRTH) remontent à 1987, soit bien avant le colza et le tournesol pointés du doigt depuis des années comme des « plantes mutées » (notre reportage à ce sujet publié en 2012). Une première variété d’endive tolérante aux herbicides est inscrite en 1996 dans le catalogue français avant d’être retirée du marché. D’autres ont depuis été inscrites dont Takine, en 2010, une variété produite par Vilmorin.

Capture d’écran sur le site internet du groupe Limagrain-Vilmorin (source).

Sur 8000 hectares de cultures d’endives aujourd’hui en France, 1600 hectares sont cultivés avec des endives dites « VRTH », rapporte l’Anses. Soit 20 % des surfaces ! [1] Pour la Confédération paysanne, ces variétés rendues tolérantes aux herbicides sont des OGM. Le syndicat dénonce l’absence de transparence sur les méthodes d’obtention de ces semences végétales. Il s’agit ici d’endives obtenues par fusion cellulaire entre deux espèces non compatibles sexuellement. « Pour que cette combinaison génétique puisse exister, il faut passer par une technique qui franchit les barrières naturelles des espèces », souligne la confédération. Pour celle, « cette technique produit des OGM devant être évalués, étiquetés et suivis selon la loi ».

Jointe par Ouest-France, l’Union française des semenciers dément partiellement les accusations du syndicat : « les endives sont effectivement issues de la technique de la fusion cellulaire entre un tournesol et une chicorée. Mais cette technique n’entre pas dans le champ d’application de la directive OGM car le tournesol et la chicorée, deux espèces de la même famille botanique, peuvent se croiser dans la nature et donner des graines », argumente Emmanuel Lesprit, directeur du pôle amélioration des plantes de l’UFS. Raison pour laquelle Vilmorin ne serait pas astreint à demander l’autorisation, l’évaluation et l’étiquetage comme OGM de ses variétés. Dans une récente tribune sur Basta !, le chercheur Christian Vélot démonte l’argument selon lequel l’être humain ne ferait rien d’autre que ce que fait déjà la nature avec ces manipulations génétiques.

Complicité des pouvoirs publics ?

Le 25 juillet 2018, la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE) a statué que les semences issues de nouvelles techniques de manipulation génétique devaient être soumises aux mêmes évaluations, autorisations, traçabilité et étiquetage, que les semences transgéniques [2]. Cet arrêt s’impose à toutes les juridictions des États membres. Or, depuis sa publication, les pouvoirs publics n’ont toujours pas légiféré ce qui permet aux cultures d’« OGM cachés » de se poursuivre en France. Sans étiquetage, impossible pour les paysans, les distributeurs et les consommateurs de savoir s’ils ont affaire à des OGM. 

La Confédération paysanne entend bien interdire l’usage agricole de toutes les « variétés rendues tolérantes aux herbicides ». Elle exige notamment le respect de la réglementation OGM et une transparence complète des fournisseurs de semences. Le récent rapport de l’Anses souligne l’absence complète de contrôle et de surveillance sur la nouvelle génération de ces végétaux, « obstacle à l’évaluation de leurs impacts sur les plans agronomique et sanitaire ». L’Anses souligne également les « risques de développement de résistance des adventices – les “mauvaises herbes” nuisibles à la production – aux herbicides et, in fine, d’augmentation de l’utilisation d’herbicides » que peut entraîner le recours à ces VRTH. Une conclusion qui devrait alerter le gouvernement, dans un contexte où le recours aux pesticides a connu une hausse spectaculaire de 24 % en 2018.

Sophie Chapelle

En bref

Vidéos

  • Loi travail L’affaire du barrage forcé de Vitrolles : pour la première fois les principales victimes s’expriment face caméra

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos