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Documentaire

L’affaire Jules Durand, un « crime judiciaire, comme l’affaire Dreyfus » contre la classe ouvrière

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De Jules Durand, il ne reste rien. Ou quasiment. Après avoir été abusivement condamné à mort pour avoir mené une grève au Havre en 1910 puis réhabilité lorsque la machination de la Compagnie générale transatlantique fut révélée, il était nécessaire que l’Histoire condamne à l’oubli ce secrétaire du syndicat des ouvriers charbonniers du Havre. Comment un tel événement a-t-il pu rester inconnu ? Et comment faire connaître ce déni de justice et le combat de cet homme dont il ne reste que peu de choses : deux photographies et quelques lettres écrites à sa femme lors de son incarcération ? L’auteur Sylvestre Meinzer réussit pourtant à réhabiliter sa mémoire et la lutte des ouvriers charbonniers havrais en nous offrant un beau film réalisé avec sensibilité et intelligence.

Cent ans après la condamnation à mort de Jules Durand, l’auteur Sylvestre Meinzer parvient à faire résonner la mémoire ouvrière havraise d’hier et d’aujourd’hui en dressant le portrait d’un Jules Durand splendidement présent dans le Havre moderne. Pour les habitants, les dockers, les syndicalistes, cet homme reste une icône de la lutte des classes. Son combat pour mobiliser les charbonniers fit naître la première convention collective entre ouvriers et patronat et le statut d’ouvrier portuaire. 

En entremêlant des lettres de Jules Durand à sa femme et les contributions lucides des habitants du Havre, le documentaire Mémoires d’un condamné nous aide à mieux comprendre le combat de cet homme et à quel point il reste d’actualité. 

La cinéaste ose le parallèle entre la rénovation d’un quartier où son maire construit un avenir résolument « en marche » vers la modernité et l’amnésie du combat ouvrier de Jules Durand. La destruction de la prison où il fut incarcéré efface, en quelque sorte, traces et marqueurs de ce passé ouvrier. Une mémoire que l’on tente de faire disparaitre aujourd’hui, c’est aussi un quartier qui perd son identité ouvrière.

Au port du Havre et ailleurs, hier et aujourd’hui, l’injustice sociale

Face a la rénovation urbaine du quartier des dockers, la réalisatrice met en valeur, par une bande son riche et de très beaux travelling, le port, les grues, les chaines, les sirènes stridentes, le ballet des robots-chariots qui se croisent toutes lumières clignotantes. Elle révèle ainsi la chorégraphie d’un monde qui travaille et qui lutte. Il y a en permanence dans les images délicates ce mouvement du temps qui passe, des mémoires que l’on cherche à effacer et qui, vaille que vaille, réapparaissent inéluctablement chez les syndicalistes, ex-prisonniers ou habitants. Images sensibles et merveilleuses de lucidité. La réalisatrice y insère aussi des photographies d’époque et illustre ainsi, par les images, le parallèle entre deux périodes.

Mémoires d’un condamné montre finalement, en nous rappelant les vieux démons de la société capitaliste, que le combat de Jules Durand n’est pas terminé au moment où l’automatisation du port substitue les machines aux ouvriers. Le documentaire nous rappelle que l’injustice sociale demeure sur le port du Havre comme ailleurs.

Mémoires d’un condamné, un film de Sylvestre Meinzer avec la voix de Pierre Arditi (sorti le 1er novembre en salle)

Image  : Claire Childéric, Sylvestre Meinzer, Thomas Lallier
Musique  : Isabelle Berteletti
Son  : Dominique Vieillard, Graciela Barrault
Montage image : Sylvestre Meinzer
Mixage  : Adam Wolny

Plus d’informations sur le film et les séances : le site Internet.


Les Lucioles du Doc
Ces chroniques mensuelles publiées par Basta ! sont réalisées par le collectif des Lucioles du Doc, une association qui travaille autour du cinéma documentaire, à travers sa diffusion et l’organisation d’ateliers de réalisation auprès d’un large public, afin de mettre en place des espaces d’éducation populaire politique. Voir le site internet de l’association.

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