Traitement des déchets

Incinérer provoque des maladies graves

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Une étude scientifique démontre l’augmentation du risque de cancers dans le voisinage des incinérateurs. Un argument de plus pour ceux qui souhaitent la fermeture de ces usines à déchets et pointent depuis longtemps leurs conséquences sur la santé.

Les risques de cancers sont plus grands pour les personnes résidant à proximité d’un incinérateur, ou sous le vent des fumées qu’il rejette. C’est ce que révèle une étude de l’Institut national de veille sanitaire (INVS), publiée fin mars, qui met en évidence « des relations statistiquement significatives » entre exposition aux fumées d’incinérations et diverses formes de tumeurs. L’enquête épidiémologique a ausculté pendant dix ans - de 1990 à 1999 - une population d’un demi million de personnes exposées en Isère, dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et le Tarn. Le risque de cancer du foie augmente ainsi de 16% pour les deux sexes, la présence de tumeurs rares non osseuses de 22%. Quant au risque de leucémies et de maladies cancéreuses du sang, il grimpe de 23% pour l’homme (cancers hématologiques) et de 18% chez la femme (lymphomes malins), pour ne citer que les écarts les plus importants.

Dioxines et PCB

En cause : les fameuses dioxines. Parmi les trois types de polluants cancérigènes identifiés par l’étude, c’est le mélange de dioxines et des tristement célèbres PCB qui est retenu comme marqueur des zones exposées, à côté des particules diverses et variées recrachées par les cheminées. De quoi inquiéter les millions de riverains des 128 « UOIM » (usine d’incinération d’ordures ménagères) en activité en France. Douze millions de tonnes d’ordures ménagères y sont brûlées chaque année, soit 43% des poubelles collectées (seuls 13% sont triés et recyclés, le reste étant mis en décharge). Pour l’avenir, l’étude se veut plutôt rassurante. Grâce aux « mesures de réduction des émissions de polluants » imposées aux incinérateurs depuis la directive européenne de 2001, « on peut s’attendre à une diminution du risque de cancers chez les populations exposées aux niveaux actuels d’émission », tempèrent les auteurs de l’étude. Un optimisme que conteste le Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid), une association écologiste très investie sur le dossier (2). « Les normes actuelles fixées sur les taux de dioxine ou de mercure ne s’appuient pas sur des considérations sanitaires », conteste Sébastien Lapeyre, du Cniid.

Insuffisance des contrôles

Pour tenter d’éliminer les dioxines, plusieurs dispositifs sont obligatoires depuis 2002. Une température de 850° doit être atteinte pendant quelques secondes dans les fours pour supprimer les dioxines qui se sont formées lors de l’incinération des déchets. Problème : certaines se reconstituent dans le circuit de refroidissement et de traitement des fumées. Un filtre est censé les piéger avant leur sortie dans l’air mais peut laisser passer les particules les plus fines. Pour le Cniid, l’hétérogénéité des déchets traités met en doute ce processus. Déchets organiques, minéraux, métaux lourds (mercure, plomb, arsenic), « hydrocarbures aromatiques polycycliques » générés par les piles, le plastique ou le PVC : « Entre 1500 et 2000 molécules nouvelles sont créées lors de la combustion », alerte Sébastien Lapeyre, qui craint un risque « d’effet cocktail ». D’autant que les contrôles réglementaires sont jugés largement insuffisants. Chaque incinérateur est soumis à une analyse de la DRIRE (Direction régionale de l’industrie de la recherche et de l’environnement) pendant huit heures deux fois par an. « On se base sur seize heures d’analyses. Or un incinérateur fonctionne 7500 heures par an en moyenne », déplore Sébastien Lapeyre. « Ce ne sont pas des contrôles inopinés, l’exploitant est prévenu à l’avance. Il peut donc sélectionner les déchets à brûler et le taux d’oxygène injecté, dont dépend la formation de dioxine. »

Au printemps 2007, une association de médecins de l’Héraut avait constaté un taux de contamination à la dioxine dans les oeufs d’une ferme située à 2 kms de l’incinérateur de Lunel-Vielle, exploité par une filiale de Suez. Selon les normes européennes, le taux était assez élevé pour rendre les oeufs impropres à la consommation. En 2000, le professeur de médecine Jean-François Viel avait montré une augmentation de 40% des cancers dans les deux cantons voisins de l’incinérateur de Besançon. Les chercheurs de l’INVS se sont d’ailleurs inspirés de la méthodologie qu’il avait mis en place. Dans ce contexte, faut-il faire confiance aux nouvelles normes techniques ou, progressivement, abandonner la politique d’incinération ? « Le risque actuel ne pourra être évaluer que dans dix ou vingt ans. Cela nous dérange. C’est faire fi du principe de précaution », estime Sébastien Lapeyre. « Même si les excès de risque de cancers diminuent, est-ce pour autant tolérable ? »

Ivan du Roy

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