Bétonnisation

Bretagne : un projet de parc d’attraction suscite l’inquiétude

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Y aura-t-il un jour un parc d’attraction dédié aux légendes arthuriennes à Guipry-Messac, commune de 7000 habitants en Ille-et-Vilaine ? Situé à mi-chemin entre Rennes et Nantes, ce parc mêlerait décors et personnages légendaires à la « réalité virtuelle ». Les visiteurs pourraient utiliser leurs smartphones ou des lunettes pendant leur parcours. « Nous travaillons autour des créatures fantastiques, comme les dragons, les fées ou les korrigans... Tout ceci permettra de plonger le visiteur dans la féerie des légendes arthuriennes. Notre objectif est d’atteindre une connectivité globale du parc. Ce sera une première en France et sûrement au-delà », expliquait Aurélien Loro, directeur d’Enez Aval, la toute jeune société qui porte ce projet de parc, en mai 2016 [1].

Neuf agriculteurs à exproprier

Située aux portes de la Bretagne, la commune de Guipry-Messac est au carrefour de Rennes, Nantes, Angers ou Vannes, et à une soixantaine de kilomètres au nord de Notre-Dame-des-Landes et de sa « zone à défendre ». L’ouverture prochaine de la ligne à grande vitesse mettra Rennes à 1h30 de Paris. Mais la proximité de ces infrastructures n’est pas la seule raison pour laquelle Enez Aval est intéressée par Guipry-Messac. Les 80 hectares convoités pour installer le parc appartiennent à un seul propriétaire : la société Butagaz. Celle-ci « avait acquis cette parcelle pour un projet de stockage de gaz en profondeur qui n’a jamais vu le jour », explique Joël Sieller. Vice-président (divers-droite) de la communauté de communes des Vallons de Haute Bretagne, à laquelle appartient Guipry-Messac, il s’occupe de la commission développement économique et emploi. « C’est plus facile de libérer du foncier avec un propriétaire comme Butagaz qu’avec un agriculteur », poursuit-il.

Neuf agriculteurs cohabitent actuellement sur les 80 hectares. Après les avoir rencontrés pour présenter le projet de parc, l’élu assure qu’« il n’y a pas eu d’opposition ». « Ils savent qu’ils ne sont pas là pour l’éternité puisque le foncier a été acquis par quelqu’un d’autre. Et parmi la population locale, beaucoup voient dans ce projet la possibilité de nouveaux emplois. » Environ 200 emplois pourraient être créés, selon Enez Aval.

Des terres monnayées à prix d’or ?

Tout ne pourrait pas se passer comme prévu. Des habitants de la région dénoncent déjà le manque d’informations et de transparence autour du projet. « Ils sont venus nous voir il y a deux ans pour nous parler brièvement du parc, et nous annoncer qu’ils allaient procéder à des études de sol. Depuis, c’est silence radio, déplore Sébastien Vétil, agriculteur bio qui loue six des 80 hectares concernés pour élever des vaches allaitantes et des chèvres angora. Nous sommes informés par la presse, alors que les élus nous avaient promis des concertations régulières, avec la création de commissions agricoles, techniques et environnementales. »

Avec d’autres habitants et agriculteurs, l’éleveur a créé une association citoyenne, la Puce – qui « se pique d’urbanisme, de culture et d’environnement ». Ces citoyens ont été particulièrement surpris de découvrir les tractations financières en cours autour du rachat des terres à Butagaz. La société, qui appartient au groupe irlandais DCC Energy, tenterait de céder les terres agricoles au prix d’un terrain constructible, ce qui ferait passer l’hectare de 2500 à 120 000 euros. Une inflation qui heurte les riverains.

Parc d’attraction contre tissu économique local ?

La parcelle convoitée est une zone naturelle préservée, souligne Fabrice Croize, président de la Puce. « Nous ne voulons pas la noyer sous le béton. Ce sont en plus des terres agricoles qui seront gelées, et définitivement perdues. » Le vice-président de la communauté de communes Joël Sieller assure vouloir « trouver un équilibre entre le développement économique du territoire et le maintien de l’agriculture. » « L’agriculture peut aussi générer des emplois, répond Fabrice Croize. Depuis une dizaine d’années, des projets bios, en vente directe, s’installent dans le coin et marchent bien. Il y a aussi des artisans. Ce sont des gens qui vivent là, qui mettent leurs enfants à l’école et créent un nouveau tissu social et économique. Malheureusement, ce n’est pas pris en compte par les élus. »

Les études préalables sont en cours, menées avec le soutien de la communauté de communes qui y a investi 30 000 euros. Joël Sieller estime qu’il faudra attendre deux à trois ans pour que le projet aboutisse, si sa faisabilité se confirme. Répondant aux critiques sur l’absence de transparence, il promet une présentation de l’état d’avancement pour le mois de juin. Sollicité par Basta !, le député PS de la circonscription Jean-René Marsac n’a pas souhaité s’exprimer « n’ayant pas à ce jour suffisamment d’informations sur ce projet de parc d’attraction » . La société Enez Aval n’a pas répondu à nos sollicitations.

En bref

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos