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Déforestation de l’Amazonie : des ONG mettent en demeure Casino

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Comme Carrefour, le groupe Casino se fournit en viande dans des élevages situés en Amazonie, dont certains sont mis en cause dans la déforestation illégale à grande échelle.

L’Amazonie est en grand danger et les multinationales françaises de la grande distribution continuent de s’y approvisionner en viande. Carrefour et Casino, très présents au Brésil, se fournissent ainsi toujours dans des fazendas amazoniennes. Au printemps, Mediapart révélait les pratiques du géant de l’industrie de la viande JBS en Amazonie : malgré ses engagements, le groupe brésilien continue de travailler avec des fermes impliquées dans la déforestation. Or, JBS fournit les rayons boucheries des magasins Carrefour et Casino au Brésil, les deux entreprises françaises étant très implantées sur le marché latino-américain. Le site d’investigation Disclose a aussi pointé le rôle de Carrefour dans la déforestation de l’Amazonie brésilienne via un autre fournisseur de viande, Minerva.

En juin, l’ONG française Envol vert publie un nouveau rapport sur Casino. Le groupe français détient 15 % du marché de la grande distribution au Brésil, avec les enseignes de supermarchés Pão de Açúcar, et 43% en Colombie avec sa filiale Éxito. Près de la moitié du chiffre d’affaire du groupe Casino est réalisé en Amérique du Sud. Le rapport d’Envol vert expose l’existence de liens concrets entre quatre fermes impliquées dans la déforestation illégale en Amazonie brésilienne et des produits vendus dans les supermarchés du groupe Casino.

Des abattoirs et distributeurs qui « ferment les yeux sur les pratiques de “blanchiment de bétail” »

Ce 21 septembre, l’ONG et une coalition internationale d’associations (Canopée, Envol Vert, Mighty Earth, Notre Affaire à Tous et Sherpa) et d’organisations représentatives des peuples indigènes de Colombie et du Brésil mettent en demeure le groupe Casino de prendre les mesures nécessaires pour exclure le bœuf issu de la déforestation de sa chaîne d’approvisionnement au Brésil et en Colombie. « Elle se réserve également le droit de solliciter la réparation des préjudices qui en découlent », précise un communiqué de presse.

Au regard des chiffres de la déforestation de l’Amazonie, le temps presse. Sur la période d’août 2019 à juillet 2020, plus de 9200 km2 – une superficie équivalente à la Corse – ont été déboisés en Amazonie brésilienne, soit un tiers de plus que durant la même période l’année précédente (selon les données de l’Institut national de recherche spatiale brésilien). L’élevage bovin est la cause principale de la déforestation de l’Amazonie, souligne Envol vert. Les abattoirs et des distributeurs « s’approvisionnent régulièrement en viande bovine provenant de zones récemment déforestées » et « ferment les yeux sur les pratiques de “blanchiment de bétail” visant à contourner la législation brésilienne », pointe l’ONG.

« Obliger Casino a adopter un nouveau plan de vigilance »

Avec cette mise en demeure, la coalition d’ONG veut « obliger Casino a adopter un nouveau plan de vigilance », explique à Basta ! Sébastien Mabile, avocat de la coalition internationale d’associations. Depuis 2017, la loi française sur le devoir de vigilance impose aux multinationales françaises de prendre des mesures pour prévenir les atteintes graves aux droits humains, à l’environnement et à la santé et à la sécurité des personnes résultant de ses activités, de celles de ses filiales, fournisseurs et sous-traitants.

« Casino a adopté un plan de vigilance, mais il est vague, poursuit l’avocat. Ce plan identifie certes les risques liée à la déforestation, mais nous estimons que ces éléments sont insuffisants. L’enquête d’Envol vert montre bien que de la viande issue de zones déforestées se retrouve malgré tout dans les étals de Casino au Brésil. » Les ONG demandent notamment au groupe français « d’établir une cartographie présentant, analysant et hiérarchisant les risques d’atteintes graves résultant de l’approvisionnement des filiales de Casino en Amérique du Sud en viande de bœuf » et « d’évaluer publiquement et régulièrement l’efficacité et l’effectivité des mesures de vigilance ». La mise en demeure annoncée aujourd’hui est une étape obligatoire avant de lancer un contentieux judiciaire. Si Casino n’agit pas dans les trois prochains mois, la coalition internationale d’associations est bien décidée à attaquer le groupe en justice.

Sur le devoir de vigilance, à lire Devoir de vigilance. Une victoire contre l’impunité des multinationales, Éditions Charles Leopold Mayer, 2019.

Photo : CC Mídia NINJA/Flickr.

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