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Migrations

1000 km de murs ont été érigés en Europe contre la libre-circulation des personnes

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Il y a 29 ans, le mur de Berlin tombait, et le « rideau de fer » qui coupait l’Europe en deux avec lui. C’était alors le symbole d’une liberté nouvelle pour l’Allemagne et pour l’Europe de l’Est. Depuis, se sont construits en Europe l’équivalent de six murs de Berlin, rappelle un rapport de l’ONG néerlandaise TNI publié le 9 novembre, date de la chute du Mur [1]« Les États membres de l’Union européenne et de l’espace Schengen ont construit près de 1000 km de murs depuis les années 1990 pour empêcher les exilés de venir en Europe », précisent les auteurs du rapport.

Ces nouveaux murs ont commencé à être érigés à la fin du siècle, avec les clôtures entre l’Espagne et le Maroc dans les enclaves de Ceuta et Melilla. C’est surtout depuis 2010 que l’Europe s’emmure. Une clôture de séparation, agrémentée de barbelés et de points de contrôle, s’est dressée à la frontière terrestre entre la Grèce et la Turquie (en 2012), entre la Bulgarie et la Turquie (2013), entre la Hongrie et la Serbie (2015), puis entre la Norvège et la Russie (2016)… « En 2017, il y avait au total 13 murs en Europe, en incluant la Norvège, qui ne fait pas partie de l’Union européenne mais est membre de l’espace Schengen », précise le rapport. Il y a aussi un mur construit en Macédoine, « inclus dans la recherche parce qu’il est un élément essentiel de la route migratoire des Balkans. » Cela fait 14 murs érigés en moins de dix ans en Europe pour fermer les frontières et bloquer les migrations. Le rapport souligne aussi la construction de murs à l’intérieur du territoire de la Slovaquie, érigés dans certaines villes pour ségréguer les populations roms.

Une xénophobie grandissante qui « crée des murs mentaux »

« Ces murs physiques sont accompagnés de “murs maritimes”, des opérations navales de patrouilles dans la Méditerranée », ajoute le rapport, Ces « murs maritimes » sont, là encore, destinés à empêcher l’immigration vers l’Europe. « L’Europe est devenue une forteresse qui exclut ceux qui en sont extérieurs — tout en augmentant la surveillance et les technologies militarisées qui ont des implications aussi sur leurs citoyens à l’intérieur de ces murs », ajoute TNI.

Le rapport évoque aussi les murs qui s’élèvent dans les têtes, ceux maçonnés par l’extrême droite dans les différents pays d’Europe. « L’extrême droite a manipulé l’opinion publique pour créer une peur irrationnelle des réfugiés. Cette xénophobie crée des murs mentaux chez les gens, qui demandent ensuite des murs physiques », analyse les auteurs. Dans les 28 États de l’UE, l’ONG a dénombré 39 partis politiques classés à l’extrême droite. Dans dix pays (France, Allemagne, Autriche, Danemark, Finlande, Pays-Bas, Hongrie, Italie, Pologne, Suède), des partis xénophobes ont obtenu plus d’un demi-million de voix lors des récentes élections. Certains, comme en Italie, en Pologne, en Autriche, sont désormais au gouvernement. « Même des partis centristes ont déployé les discours des partis xénophobes pour capturer leurs électeurs, au lieu d’affronter leur idéologie et de promouvoir des discours alternatifs, basés sur les droits des personnes. »

Face à ce constat, le rapport émet une série de recommandations, dont celle de réduire le rôle de Frontex, l’agence européenne de contrôle des frontières extérieures de l’UE. Depuis 2005, le budget de Frontex a été multiplié par 50, dépassant les 300 millions d’euros, consacrés à empêcher les gens de se déplacer. Le rapport propose au contraire de créer « une agence européenne humanitaire non-militarisée, qui se concentrerait sur le sauvetage des personnes, avec des ressources civiles spécialisées dans l’aide humanitaire aux réfugiés et aux migrants ». Depuis le début de l’année 2018, au moins 1600 personnes sont mortes ont ont disparu en essayant d’atteindre l’Europe, selon les derniers chiffres du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU. La plupart sont mortes en tentant la traversée de la Méditerranée. Celle-ci « est plus meurtrière que jamais », signale le Haut Commissariat aux réfugiés. Les clôtures aux frontières ne sont pas faites pour sauver des vies.

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