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Dilemme écologique

La lutte antinucléaire est-elle soluble dans le réchauffement climatique ?

Par Nolwenn Weiler (19 avril 2010)

Êtes-vous plutôt nucléaire ou plutôt effet de serre ? L’énergie nucléaire profite de ses faibles émissions de CO2 pour se refaire une image. Choisir d’y recourir davantage au nom de l’urgence climatique est, pour Didier Anger, l’un des fondateurs du mouvement écologiste français, une scandaleuse supercherie et une dangereuse dérive. Il revient sur ce débat qui agite le Réseau sortir du nucléaire et toute la planète écologie.

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Basta ! : Le Réseau Sortir du nucléaire connaît de fortes tensions. Celui qui en était son porte-parole depuis huit ans, Stéphane Lhomme, vient d’être licencié [1]. On lui reprocherait notamment ses positions antinucléaires trop radicales. Qu’en pensez-vous ?

Didier Anger : Les dissensions ont commencé à se révéler lors du Grenelle de l’environnement, en septembre 2007. Le thème du nucléaire en a été exclu d’emblée. Ce qui est inacceptable. Ensuite, fin 2009, le groupe Vert du Parlement européen a voté un texte dans lequel un amendement stipule que la prise en compte du nucléaire est importante dans la lutte contre le réchauffement climatique. Cela m’a fait bondir. Et je ne suis pas le seul. Enfin, il y a eu cet «  ultimatum climatique » signé par plusieurs associations françaises lors du sommet de Copenhague, en décembre dernier, et dans lequel il existe une impasse totale sur l’énergie nucléaire. Le texte ne se positionne ni pour ni contre. Ce qui est quand même exagéré, surtout pour le Réseau sortir du nucléaire qui est cosignataire du texte. Une partie de son conseil d’administration s’en est émue, dont moi, et a soutenu la position de Stéphane Lhomme qui, réclamait au moins une phrase sur le nucléaire, et qui s’est insurgé contre la signature de ce texte.

La lutte contre l’effet de serre ne relève-t-elle pas de l’urgence absolue ?

Si, bien sûr. Mais celle contre le nucléaire aussi. Il n’y a pas à privilégier la lutte contre le nucléaire ou celle contre l’effet de serre. Nous ne voulons ni de l’un ni de l’autre. Le mouvement écologiste, qui est né avec la lutte antinucléaire, avait jusqu’à présent toujours été clair sur ce point. Mais sortir de ce système prendra du temps. Les solutions ne se trouvent pas du jour au lendemain. L’écologie, c’est vivre et habiter le monde autrement, raisonnablement. Il s’agit de dessiner un autre projet de société, et non de verdir le capitalisme. Il s’agit de construire une véritable démocratie, dans laquelle les citoyens auraient le droit de choisir et de se prononcer sur les sources d’énergie qu’ils souhaitent développer. C’est l’exact contraire de ce qui s’est passé pour le nucléaire. En 1974, René Dumont parlait des utopistes réalistes quand il définissait les écolos. Disons que certains réalistes ont oublié l’utopie. Il ne faut pas être dupe. En France, la lutte contre l’effet de serre est une aubaine fabuleuse pour relancer le nucléaire. Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, le dit elle-même : Nicolas Sarkozy – dont le passé politique n’est pas franchement écolo – est le meilleur représentant de commerce de l’EPR (réacteur pressurisé européen).

Comment expliquez-vous que la lutte contre l’effet de serre ait rencontré une forte adhésion alors que celle contre le nucléaire peine à prendre de l’ampleur ?

Le nucléaire est depuis toujours très étatique, très centralisé, très militaire et, surtout, sous silence. La promotion et la défense du nucléaire relèvent d’une vieille tradition antidémocratique, dont il est difficile de sortir. On ne parle que si on est obligé de le faire. Donc très rarement jusqu’à maintenant. Je suis convaincu plus que jamais par l’urgence de la lutte contre le nucléaire. Parce que j’en sais plus aujourd’hui qu’en 1972 quand je me suis lancé dans ce combat. Pourtant, je ne nie pas l’urgence de la lutte contre l’effet de serre, dont nous - les écolos - parlons depuis 1992, année du sommet de Rio de Janeiro. René Dumont a même commencé à aborder ce thème en 1974 ! Si, demain, un accident nucléaire grave arrive, où sera l’urgence ?

Recueillis par Nolwenn Weiler

Photo : © Alexis Braud

Notes

[1] Le 8 avril 2010

En savoir plus

Vous pouvez consulter la position du Réseau sortir du nucléaire sur le licenciement de son porte-parole ici

Lire également la contribution ci-dessous : « Un autre point de vue sur le licenciement de Stéphane Lhomme »

Contribuer au débat

1 contribution

  • De Patburry  | 09:07 | 21/04/10 |
    Un autre point de vue sur le licenciement de S. Lhomme

    Lettre du 8 avril 2010 des 18 administrateurs bénévoles du Réseau "Sortir du nucléaire"

    Chères amies, chers amis,

    Lors de l’Assemblée générale des 6-7 février dernier, vous nous avez confié plusieurs missions. Ces missions sont précisées à la fois par une feuille de route et par les différentes motions et campagnes votées. Ces décisions de l’AG sont consultables depuis début mars sur le site web du Réseau, à l’adresse : http://www.sortirdunucleaire.org/info

    Notre tâche n’est pas facile, d’autant moins qu’elle intervient dans un contexte de tensions internes fortes. Cependant, nous nous attachons à remplir nos missions dans le respect des décisions de l’Assemblée générale et dans l’intérêt du Réseau et de la lutte antinucléaire.

    La feuille de route votée par l’AG de février, qui oriente notre mandat, prévoit entre autres que « l’ensemble du personnel salarié du Réseau sera conservé pour la totalité du mandat du CA provisoire dans le respect du code du travail et des ressources financières ». Elle nous enjoint de préserver l’effectif salarié du Réseau tel qu’il était lors de l’AG, à condition évidemment que le droit du travail soit respecté de part et d’autre, c’est-à-dire par les salariés comme par l’employeur. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. En effet, Stéphane Lhomme a commis plusieurs manquements graves au droit du travail et à ses fonctions non seulement à la fin de l’année 2009, mais aussi depuis le 7 février, c’est-à-dire après l’Assemblée générale. Il est de notre responsabilité d’assumer notre rôle d’employeur, dans l’intérêt de la survie même du Réseau.

    Nous vous en avons déjà informés : nous avons été conduits le 1er mars 2010 à mettre à pied à titre conservatoire Stéphane Lhomme, salarié de l’association en tant que chargé des relations extérieures, et à engager à son encontre une procédure disciplinaire. L’intégralité de la période de mise à pied de Stéphane Lhomme lui sera rémunérée normalement.

    Au terme de cette procédure, et après un délai de discussion et de réflexion, nous avons pris la décision de licencier Stéphane Lhomme pour faute grave. Nous en assumons la responsabilité.

    Le droit du travail nous impose, comme à tout employeur, un strict devoir de réserve qui protège le salarié licencié, notamment dans ses recherches d’un nouvel emploi, en empêchant son ex-employeur de lui nuire en divulguant sur la place publique les raisons qui justifient son licenciement.

    C’est pourquoi, aujourd’hui comme précédemment, il ne nous est pas possible de vous informer des raisons du licenciement de Stéphane Lhomme, malgré les sommations régulières que certains nous adressent. Stéphane Lhomme a bien sûr connaissance du strict devoir de réserve qui s’impose à nous en tant qu’employeur, et qui nous empêche de faire connaître publiquement les raisons objectives de son licenciement pour apporter un démenti aux affirmations selon lesquelles ces raisons seraient « inexistantes ».

    Stéphane Lhomme a jugé bon de rendre publique la lettre par laquelle nous l’avons convoqué à un entretien préalable à une éventuelle sanction, auquel il ne s’est pas présenté. Nous ne voyons aucun inconvénient - bien au contraire - à ce que Stéphane Lhomme rende également publique la lettre dans laquelle nous lui indiquons les motifs de son licenciement : il peut librement renoncer à son droit à la confidentialité de ces motifs. Pour notre part, en tant qu’employeur, nous entendons respecter ce droit à la confidentialité.

    Nous pouvons porter à votre connaissance un seul fait : ce vendredi 2 avril, nous avons déposé plainte au nom du Réseau "Sortir du nucléaire" à l’encontre, notamment, de Stéphane Lhomme auprès du tribunal de grande instance de Lyon, pour faux et usage de faux, et pour atteintes au système automatisé de données de l’association.

    Depuis des semaines, certains propagent une théorie du complot, selon laquelle la procédure disciplinaire engagée à l’encontre de Stéphane Lhomme serait motivée par de prétendus motifs politiques sous-jacents. Nous pensons que cette affirmation trouve en réalité son fondement dans la regrettable personnalisation à outrance du Réseau "Sortir du nucléaire" par une personne, qui serait soi-disant garante de la radicalité antinucléaire du Réseau. Nous refusons vigoureusement cette personnalisation, qui est en évidente contradiction avec la nature fédérative et multiple du Réseau, et avec l’exigence démocratique d’un équilibre des pouvoirs.

    En matière de radicalité, les actions du Réseau ces dernières semaines parlent d’elles-mêmes :

    - dénonciation du « débat bidon » qui vise à obtenir l’acceptation par les populations du réacteur EPR de Penly (conférence de presse à Rouen le 24 mars, communiqué de presse, dossier « Sortons… des débats bidon sur le nucléaire », etc…) et appel à actions lors des réunions du débat public ; action militante et conférence de presse ce mercredi 7 avril sur le parvis de l’Institut du monde arabe, où se déroulait une réunion du "débat public"
    - révélation des documents confidentiels d’EDF sur les défauts de conception de l’EPR, à la veille de la foire pro-nucléaire ouverte par Nicolas Sarkozy à Paris le 8 mars ; action militante et conférence de presse à proximité de cette même foire, le 8 mars
    - implication forte dans la campagne pour l’obtention d’une Convention pour l’abolition des armes nucléaires ; adhésion du Réseau à la campagne internationale pour l’abolition des armes à l’uranium appauvri
    - organisation du Chernobyl Day 2010, en soutien à l’Institut Belrad, seul organisme qui aide les populations biélorusses contaminées par la radioactivité, en toute indépendance de l’industrie nucléaire
    - appel à redoubler de vigilance dans la lutte contre le projet d’enfouissement des déchets radioactifs FAVL ; soutien officiel et financier à Michel Guéritte, une des chevilles ouvrières de cette lutte dans le département de l’Aube, convoqué ce mercredi 7 avril devant le tribunal correctionnel de Troyes
    - etc.

    Les fonctions de Stéphane Lhomme lui donnaient logiquement une visibilité publique et médiatique, et une certaine notoriété. De ce fait, il est peut-être le seul salarié du Réseau dont vous avez entendu parler régulièrement, et peut-être celui dont le travail vous semble le plus visible. Et pourtant, le travail de relations extérieures n’est qu’une fraction du travail effectué par l’équipe salariée du Réseau, et par ses nombreux militants, bénévoles mais très actifs, dont vous faites partie.

    L’équipe salariée du Réseau est aujourd’hui composée de 12 personnes, qui, toutes, assurent des fonctions indispensables à l’action du Réseau. Tout leur travail, vous le voyez au quotidien, même si vous ne voyez pas les personnes qui l’effectuent. Stéphane Lhomme a été salarié à temps plein depuis 2002 pour effectuer le travail de veille informationnelle et de communication auprès des médias. Il a renoncé unilatéralement à ses fonctions de porte-parole, et a agi de telle sorte que la seule issue possible à la crise grave où nous sommes aujourd’hui est son licenciement.

    Administrateurs comme salariés, nous sommes mobilisés pour assurer au mieux la continuité de la communication du Réseau auprès des médias. Au-delà de cette période transitoire, nous espérons que les prochains mois permettront au CA qui sera élu par l’AG, qui se tiendra les 19-20 juin prochains à Lyon, de procéder à une nécessaire embauche pour assurer ces fonctions.

    Le Réseau "Sortir du nucléaire" est une fédération qui rassemble aujourd’hui 881 groupes membres. L’Assemblée générale de février dernier a voté à une large majorité (71%) la motion « Pluralisme et refondation ». En voici un extrait : « Toutes les associations qui désirent un monde sans nucléaire ont leur place dans le Réseau, que la lutte antinucléaire soit ou non leur principal champ d’action. […] Le Réseau est une fédération, et vise donc, par essence, à faire cohabiter et coopérer des sensibilités qui diffèrent par leurs façons de formuler et de mener la lutte antinucléaire. […] Le Réseau puise ainsi sa force et sa richesse dans la variété des sensibilités qui le composent. C’est dans cette variété que réside l’identité politique du Réseau, et non pas dans telle ou telle sensibilité particulière. Au demeurant, chaque sensibilité peut se vivre ou être vue comme plus ou moins "radicale", "réformiste", "pure et dure", "ouverte", etc. ».

    Dans cet esprit de pluralisme, nous comptons bien mener avec vous la restructuration du Réseau sur des bases réfléchies et discutées ensemble. L’Assemblée générale des 19-20 juin ne constituera pas la clôture de ce processus, mais au contraire son véritable lancement.

    Avec nos chaleureuses salutations antinucléaires,

    Les administrateurs bénévoles titulaires et suppléants du Réseau "Sortir du nucléaire"

    Jacky Berthomé
    Rémi Filliau
    André Larivière
    Cédric Lucas
    Jean-Marc Luquet
    Steven Mitchell
    Daniel Roussée
    Nadine Schneider
    Rémi Verdet
    François Mativet
    Sophie Morel
    Olivier Plattard
    Samuel Lagrange
    Michel Bernard
    Joan Ferragu
    Marc Saint-Aroman
    Corinne François
    Jean-Marie Brom

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