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Santé

Vers la disparition de la médecine de proximité ?

Par Nolwenn Weiler (16 mars 2010)

Chez les médecins généralistes, la coupe est pleine : trop de boulot et trop de mépris. Se jugeant « mal reconnus » par rapport aux autres spécialistes, dont le prix de la consultation est plus élevé, ou « harcelés » par la Sécurité sociale pour limiter les dépenses, nombre d’entre eux ont fermé leur cabinet le 11 mars dernier. La mobilisation était particulièrement forte en Bretagne, d’où est parti le mouvement.

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« Si rien ne change, à l’horizon 2025, il y aura moins de 23 000 généralistes en cabinet, contre 56 000 aujourd’hui. Qui soignera les enfants, les parents, les personnes âgées à domicile ? », interroge MG France, premier syndicat de généralistes français, et membre de l’intersyndicale qui a appelé à la grève jeudi dernier, le 11 mars. En Bretagne, d’où le mouvement a été lancé, la mobilisation a été très forte. « Près de 50 % des collègues ont fait grève, souligne Hervé le Neel, de la CSMF (confédération des syndicats médicaux français). C’est du jamais vu ! »

Il faut dire que l’heure est grave. Aujourd’hui, seulement 10% des généralistes formés s’installent. Quand ils peuvent être formés ! On constate un manque criant d’enseignants de médecine générale. « A Rennes, c’est emblématique, précise Hervé Le Neel, Il n’y a qu’un seul professeur de médecine générale et il part à la retraite au mois de mars. Resteront trois maîtres de conférence assistants pour 90 étudiants. Les 90 autres étudiants, qui ont choisi d’autres spécialités, ont 210 enseignants ! » Les dossiers de candidatures aux postes d’enseignants en médecine générale ne manquent pourtant pas. Il semble que ce soit le ministère de l’Enseignement supérieur de Valérie Pécresse qui bloque leur nomination. Pourquoi ? Qui donc craint la reconnaissance des médecins généralistes ?

Une suspicion de délinquance intolérable

Ceci dit, même reconnu, le métier de médecin généraliste fait de moins en moins rêver les jeunes. Respecter le serment d’Hippocrate est en effet devenu tout à fait épuisant. 60 heures de boulot par semaine, dont 20h à remplir des papiers. « J’en ai ras-le-bol de toute cette paperasse, témoigne une jeune généraliste présente à l’AG de Rennes, jeudi 11, au matin. La stagiaire que j’accueille en ce moment s’est étonnée du fait que, certains jours, j’y passais quasiment autant de temps qu’avec mes patients. » Répondre aux contestations des ALD (arrêts longue durée) ou des arrêts de travail prend du temps et de l’énergie. « Tout est contesté, maintenant », regrette la jeune praticienne. Cette suspicion à l’encontre des médecins généralistes, accusés de prescrire quantités d’arrêts de complaisance, ou de dépasser les délais de transmission des feuilles de soin électroniques, fait partie des éléments qui ont poussé les médecins à se mettre en grève.

La non reconnaissance par l’Etat et la sécurité sociale de la spécialité « médecine générale » est une autre raison de leur colère, et du sentiment de mépris qu’ils ressentent. Cette reconnaissance ferait passer le prix de la consultation de 22 à 23 euros. Mais « ce n’est pas parce qu’on passera le prix de l’acte à 23 euros que nous retournerons dans nos cabinets, et que nous la fermerons », ont averti les membres de l’AG rennaise. Ce que réclament les médecins, c’est une véritable refondation de la médecine générale libérale en France.

Pour le moment, ils sont si perdus que, selon un sondage publié le 4 mars par Le quotidien des médecins, 50% d’entre eux s’apprêtaient à voter à gauche aux Régionales. Une première, pour une profession qui soutient traditionnellement la droite.

Nolwenn Weiler

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