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Emancipation

Eduquer, c’est résister

Par Agnès Rousseaux (31 janvier 2009)

Valéria Pinheiro vit en banlieue de Fortaleza, mégapole du Nordeste brésilien. Cette jeune femme est juriste dans un centre d’économie solidaire et de formation politique. A Bélem, elle participe pour la deuxième fois à un Forum Social. Elle y défend sa vision de l’éducation comme outil d’émancipation et de lutte contre l’oppression.

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« J’ai une conception particulière de l’éducation et de son lien à l’action politique. Cette éducation à laquelle je crois doit être amplifiée et démultipliée. Le FSM est un outil pour cela ». Dans son travail, Valéria Pinheiro cherche à sensibiliser les gens face à la construction injuste de l’espace urbain. Le Centro de Estudos, Articulação e Referência sobre Assentamentos Humanos (CEARAH), dans lequel elle travaille, finance des groupes productifs populaires mais est aussi une « école de planification urbaine ». Depuis sa création en 1991, il a formé 6 000 personnes, selon une méthodologie d’éducation populaire. Le principe : « faire jaillir ce que les gens ont en eux ». Dans les faits, les cours proposés enchaînent plusieurs modules : droits humains, conjoncture politique, mouvement populaire, histoire des luttes, mobilisation communautaire, politiques publiques, économie solidaire, démultiplication des pratiques sociales,...un cursus d’une centaine d’heures pour permettre aux habitants de la périphérie de Fortaleza de structurer des initiatives populaires et de se former sur les questions de développement urbain.

Valéria a commencé à travailler sur ce projet quand elle était étudiante, par des ateliers d’aide juridique à Fortaleza. La rencontre avec des groupes d’étudiants l’ont amenée à s’intéresser aux analyses de Paulo Freire, pédagogue brésilien du 20e siècle, et aux questions d’éducation communautaire. L’université lui enseigné des techniques, l’éducation non-formelle l’a initiée aux savoirs populaires et lui a permis de voir comment mettre ses compétences au service de la communauté.

Sa démarche éducative repose sur une vision particulière de la société, qu’elle partage avec de nombreux habitants des favelas : « je ne suis pas d’accord avec le concept d’inclusion sociale. Les plus pauvres ne sont pas « exclus », ils ont une fonction actuellement dans la société, en étant une réserve du système capitaliste. Le système a besoin de cette réserve pour exister, de cette somme de gens qui ne travaillent pas, qui sont dans la pauvreté. Cette « partie faible » alimente le système. Il ne s’agit pas de les inclure dans ce système, puisqu’ils y sont déjà, mais de transformer le système pour qu’ils puissent changer de place ». Pour Valéria, cela se traduit par un travail à partir des besoins des gens. « On utilise leur langage pour pouvoir amorcer un dialogue, et commencer à analyser les situations d’injustice vécues ». Un travail de conscientisation, dans la définition qu’en donne Paulo Freire, pour qui pédagogie et transformation sociale sont intimement liées. Selon Freire, l’oppression déshumanise les oppresseurs et les opprimés. Ceux-ci pensent comme l’oppresseur en voulant accéder à son mode de vie. Immergés dans la perception du monde de leur oppresseur, ils ne peuvent analyser leur propre situation. Pour Valéria, à travers le savoir, il s’agit de « faire comprendre et percevoir l’existence d’autres possibilités, en articulant éducation personnelle et éducation politique ». Et partir de la personne, pour démultiplier le changement.

Elle voit la crise systémique actuelle comme une opportunité. « Les gens qui sont la fragilité du système était dans des conditions de vie précaires bien avant la crise. Mais quand la situation est stable, c’est difficile de faire bouger les gens. La crise ouvre des possibles. Elle invite à intervenir dans les espaces politiques ».

Au FSM, Valéria cherche à confronter sa vision de l’éducation émancipatrice. En croisant des analyses et des expériences, elles veut comprendre comment agir avec plus d’efficacité pour faire de l’éducation un réel levier de transformation des réalités sociales, au Brésil et ailleurs. L’adresse e-mail qu’elle communique à ceux avec qui elle échange commence par « Paciencia revolucionaria ». Tout un programme...

Agnès Rousseaux

Photo : Stéphane Fernandez

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