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Vu de l’intérieur

Venez bosser à l’ANPE, vous perdrez toutes vos illusions sur la vie

Par Rédaction (15 décembre 2008)

Alors que la crise sociale s’amplifie et que l’ANPE et l’Assedic fusionnent pour donner naissance au « Pôle emploi », un agent d’une ANPE accepte de raconter via Basta ! le quotidien de son agence, la réalité de son travail et de celui de ses collègues, ses états d’âme, la manière dont les directions administratives considèrent les chômeurs… Il s’exprimera régulièrement dans les semaines qui viennent. Son anonymat est garanti pour éviter qu’il soit sanctionné pour n’avoir fait que s’exprimer.

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La fusion est en marche [1]. A l’agence, c’est l’inquiétude. Les tensions et les plaintes montent chez les agents. En fait, c’est le bordel et on ne sait rien, même la direction de l’unité qui apprend les nouvelles aux comptes gouttes et au dernier moment de la part de la direction générale. Nous ne sommes toujours pas formés aux logiciels de décomptes des droits Assedic et le nouvel organisme Pôle Emploi débutera officiellement dans moins d’un mois ! Je n’arrive pas à avoir d’avis. Sur le papier, tout semble tout beau, tout joli, mais cela ressemble plutôt à un bon plan de com. Dans les faits, les portefeuilles de demandeurs explosent passant de moins de 100 par conseillers à plus de 150 pour certains collègues. La crise frappe de tous côtés. Et encore, il y a des agences où cela est pire.

Les « portefeuilles de demandeurs », c’est comme cela qu’on appelle la liste des personnes que nous avons à suivre tous les mois. Comme les actions en bourse, ça monte et ça descend. Au-dessus de nous, les responsables parlent même de stocks de demandeurs. Va t-on vraiment aider les chômeurs avec cette fusion ou leur faire la chasse ? Liquider les invendus de notre stock inépuisable ? A mon avis, le gouvernement prend le problème à l’envers. Bien sûr, il fallait réformer l’ANPE, mais c’est peut être dangereux de sortir cet organisme tampon de ce rôle en cette période vraiment très dure.

La plupart des gens imaginent qu’on ne fait rien dans une agence. J’ai le sentiment qu’on est payé depuis des années à encaisser la violence sociale qui a lieu dans le monde du travail pour éviter qu’elle n’explose plus gravement à la figure des nantis. Discrimination, harcèlement, jeunisme, diplômisme... Venez bosser à l’ANPE, vous perdrez toutes vos illusions sur la vie. Les chômeurs nous méprisent car nous leur tenons un discours qui normalise le passage par la case chômage alors que la manière dont les gens sont traités est depuis trop longtemps insupportable. Les décideurs et les patrons nous méprisent encore plus car, pour eux, écouter, prendre en compte un être humain n’a aucune valeur marchande, aucune valeur chiffrable. On ne peut pas chiffrer l’humain. Eux en rêvent tous les jours. Il voudrait, comme les programmes numériques, avoir des demandeurs d’emplois et des employés 0.1.0.1.0.0.1.1.0.1.1.1…. La diversité, l’humanité ne les intéressent pas. Comment s’étonner alors que le monde aille si mal ?

Les agents ANPE, futurs agents de Pôle Emploi, sont des témoins impuissants, et d’ici 2009, on va nous demander d’être des collabos d’un système qui détruit, qui broie les vies de nos concitoyens un peu plus. Un système qui veut tous nous mettre à genoux. Et dans quelles conditions !? De notre côté, nous avons appris que nous allions avoir trois lieux de travail différents désormais. Il est joli le guichet unique ! Faute de locaux assez grands sur Paris, les agents vont donc devoir naviguer d’un endroit à un autre, distants de plusieurs stations de métro et dans la même journée. Où est la logique d’efficacité ?

Notes

[1] La fusion entre l’ANPE et l’Assedic doit prendre effet le 1er janvier 2009, ndlr.

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