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Gaspillage alimentaire

Quand les supermarchés n’ont plus le droit de jeter des aliments

Par Agnès Rousseaux (31 janvier 2013)

En Europe, 50 % des aliments finissent à la poubelle. Des solutions simples existent pourtant contre le gaspillage alimentaire. A Herstal, en Belgique, les grandes surfaces n’ont désormais plus le droit de jeter leurs invendus. Une expérience qui commence à se diffuser dans tout le pays.

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Et si pour lutter contre le gaspillage alimentaire, on faisait preuve d’un petit peu d’imagination ? A Herstal, ville de 40 000 habitants de la banlieue de Liège (Belgique), le supermarché Carrefour n’a désormais plus le droit de jeter ses invendus. Il doit en faire don aux associations d’aide alimentaire. Une obligation à laquelle seront bientôt soumis la quinzaine de supermarchés de la ville. Le principe est très simple : en Belgique, un « permis d’environnement » – intégrant toutes les autorisations environnementales – est requis pour exploiter une entreprise. Lors du renouvellement du permis d’environnement du supermarché Carrefour, le conseil municipal y a intégré l’obligation de mettre les invendus à disposition des associations.

« Ces permis arrivent régulièrement à échéance. Nous y avons vu l’opportunité d’y insérer cette disposition, explique le maire de la ville, l’eurodéputé (socialiste) Frédéric Daerden. Les magasins sont alors obligés de proposer aux associations reconnues par la banque alimentaire les invendus encore consommables, avant de les mettre dans la filière déchets si celles-ci ne les récupèrent pas. » Les responsables locaux ont voulu systématiser une pratique aujourd’hui occasionnelle, et surtout la rendre obligatoire pour toutes les enseignes. Cette décision peut s’appliquer à tous les commerces de plus de 1 000 m2 de superficie, soumis au permis d’environnement.

Peu de moyens pour contrôler les supermarchés

Au supermarché de s’organiser pour stocker la nourriture invendue dans un espace dédié, où les associations peuvent venir la récupérer. « Cela peut causer un peu de travail supplémentaire. Ce qui explique qu’il puisse y avoir quelques résistances », explique Frédéric Daerden. Les grandes surfaces peuvent-elles s’opposer à cette décision ? « Elles peuvent déposer un recours, mais elles seront peu nombreuses à le faire », poursuit le maire. Question d’image, sans doute.

Reste qu’en cas de non respect de la disposition, les moyens de pression et de sanction sont faibles. La ville ne peut pas exercer des contrôles réguliers : il est nécessaire que la banque alimentaire signale les enseignes ne respectant pas leurs obligations. Et les sanctions ne dépendent pas de la municipalité, mais de l’échelon régional. De quoi compliquer un peu cette mesure anti-gaspillage, si les grandes surfaces trainent des pieds.

Vers une législation européenne ?

Autre limite : certaines enseignes centralisent les invendus, renvoyés par chaque magasin. Difficile dans ce cas d’intervenir dans le processus. Pour éviter des « lourdeurs administratives » liées aux contrôles sanitaires, la ville discute actuellement avec l’Agence pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) pour alléger les procédures, puisque banques alimentaires et supermarchés sont déjà soumis aux contrôles de l’Agence.

Malgré ces limites, la simplicité de l’initiative séduit de nombreux élus. La ville de Namur (110 000 habitants) s’apprête à suivre l’exemple. Frédéric Daerden réclame le vote d’une loi au niveau wallon, voire la généralisation au niveau européen. L’enjeu est de taille : près de 50 % des aliments sains sont gaspillés chaque année en Europe, par les ménages, les supermarchés, les restaurants, l’industrie agro-alimentaire. Alors que 79 millions de citoyens européens vivent au-dessous du seuil de pauvreté, et que 16 millions dépendent de l’aide alimentaire. En France, le gaspillage par le secteur de la distribution est estimé à 197 tonnes par établissement chaque année. Si rien n’est fait pour changer nos pratiques, le gaspillage alimentaire augmentera de 40 % d’ici 2020, selon une étude de la Commission européenne. Pour inverser la tendance, des mesures simples existent pourtant.

Agnès Rousseaux

@AgnesRousseaux sur twitter

Photo : © Jonathan Bloom, Nick Saltmarsh / FAO

A lire aussi : L’aide alimentaire pour les plus pauvres bientôt supprimée ?

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  • 1 - De céline  | 17:49 | 31 janvier 2013 |

    Intéressante cette initiative (en théorie), mais pour avoir travaillé dans une épicerie solidaire (association qui vend à très bas prix des produits de "première nécessité" à des personnes en grandes difficultés financières) qui avait un partenariat avec le supermarché du coin pour les produits dits "à date courte", je vois 2 inconvénients majeurs à cela. Dans le cas de l’épicerie où je travaillais, les produits donnés par le supermarché étaient essentiellement des plats cuisinés du type pizzas, nouilles pré-cuites ou des pains de mie industriels. Outre le fait que ces produits soient d’une qualité alimentaire et gustative très relative, il me semble que cette pratique va à l’opposé d’une éducation alimentaire en proposant des plats qui sont chers à l’achat dans la "vraie vie" (l’accès aux épiceries solidaires, comme aux restau du cœur se veut temporaire) et des produits qui sont ce que les modes de consommation actuels font de pire.
    Certes, il y a moins de gaspillage alimentaire, mais encore une fois, les plus démunis ont droit aux rebuts pour rester polie...

    Céline Champouillon

    Répondre

    • De Agnès Rousseaux  | 10:50 | 1er février 2013 |

      Merci pour cette remarque. Il est question ici à Herstal de lutter contre le gaspillage, et éviter que des alimentes soient jetés. A voir effectivement comment les associations locales qui récupèrent ces aliments arrivent à varier leurs sources de collecte, pour ne pas dépendre uniquement de ces invendus de grande surface. Sur les questions plus globales de la qualité de l’aide alimentaire, on en a parlé dans cet autre article (> L’aide alimentaire pour les plus pauvres bientôt supprimée ?). Comment assurer la qualité nutritionnelle de l’aide alimentaire, pour que les plus pauvres ne soient pas abonnés à la malbouffe... « S’alimenter est un besoin fondamental, mais c’est aussi une source de bonne ou de mauvaise santé. Et puis, recevoir des produits de qualité, c’est nécessaire aussi pour l’estime de soi. Si on vous offre quelque chose de bon, c’est que vous êtes quelqu’un. »

      Répondre

    • De bouba42  | 20:18 | 13 février 2013 |

      Bonsoir a vous,effectivement on peut regretter,encore une fois que les personnes les plus démunis soient obligés de se contenter de ce genre de denrées,vite préparées,pas très diététique,mais parfois même le pire reste le meilleur,quand le frigo est devenu obsolète,parce que rien a mettre dedans,alors a ce moment l’expression "a cheval donné,on ne regardes pas les dents"prend tout son sens !
      Par contre il existe une association qui s’appelle "Les Glaneurs"qui récupère et rafraichi des fruits et légumes,et les distribue dés la fin des marchés ou des fermetures de ces grands marchés réservés aux professionnel,que l’on appelle marché d’intérêt national,afin de diversifié au maximum les repas des personnes ayant recours a ces associations.
      Maintenant pour revenir au gaspillage éhonté des grandes et moyennes surfaces,il suffirait de faire comme en Belgique,interdire la destructions des invendus,encore consommable,par le biais d’une incitation financière,comme l’ont obtenu certain distributeur en France,qui sont autoriser a donner a des associations caritatives,genre Banque alimentaire,les stocks en fin de vie,mais dont la date est encore bonne,ou pour cause de mévente,alors qu’avant il fallait systématiquement les détruire.
      Rien ne se réglera en restant les bras croisés,et que choisis t’ont:Les banques ou les citoyens ?

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