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Transition

S’initier à l’agroécologie : mode d’emploi

Par Agnès Rousseaux, Ivan du Roy (19 juillet 2012)

Avis aux jardiniers en herbe, aux paysans et aux citoyens curieux : cet été, Basta ! vous initie à l’agroécologie. Ou comment apprendre à se passer de pesticides, à dépenser beaucoup moins d’eau, à planter en hiver sans chauffer ses serres, à semer sans payer de redevances à l’agrobusiness, tout en produisant ce que l’on souhaite pour se nourrir. Visitez avec nous la ferme expérimentale de l’association Terre et Humanisme, installée au cœur de l’Ardèche, véritable laboratoire des techniques agroécologiques. Reportage et vidéos.

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Un climat rude, des terres arides, criblées de roches. Un sol si difficile à travailler que « les anciens n’y faisaient pousser que de la vigne ». C’est là, au cœur de l’Ardèche, entre Aubenas et Alès, que l’association Terre et Humanisme a décidé d’installer sa ferme expérimentale, le mas de Beaulieu. Depuis 1994, ses animateurs, influencés par le travail du « paysan philosophe » Pierre Rabhi [1], y explorent les chemins de l’agroécologie. Leur défi : restaurer la fécondité et la fertilité de ces sols desséchés.

« C’est dans ce milieu géologique et climatique difficile qu’on apprend le plus de choses », sourit Erik, agronome, en charge des jardins potagers de la ferme. L’agroécologie, c’est tout le contraire de la recherche pratiquée en laboratoire sur les plantes et semences, à coup de manipulations génétiques, de chimie, de pesticides ou de radiations (voir notre dossier sur le sujet). Ici ce n’est pas la terre, la faune et la flore qui sont sommées de s’adapter aux pratiques industrielles. Ce sont les manières de semer, de cultiver et de travailler qui prennent en compte les variations climatiques et les spécificités géologiques. Et cela fonctionne.

4 fois moins d’eau que dans l’agriculture intensive

En terme de rendements, la production maraîchère du mas de Beaulieu n’a rien à envier aux productions intensives classiques. Sans recourir aux pesticides ni aux engrais chimiques, en s’appuyant quasi exclusivement sur les énergies renouvelables et tout en puisant « 3 à 4 fois moins d’eau que ce que détermine la chambre d’agriculture comme besoin en eau pour ce type de culture », explique Pierre-François Pret, directeur de l’association.

Les deux tonnes de fruits et de légumes produits par an alimentent les 5 000 repas servis aux visiteurs : la ferme accueille 175 stagiaires et 150 bénévoles chaque année. « Des paysans, des maraîchers, des autoentrepreneurs ou des structures associatives qui proposent ensuite des prestations en jardins partagés ou leurs propres formations », détaille Pierre-François Pret. Ici, point de brevets, de droits de propriété, ou de « certificats d’obtention végétale ». Tout se partage, tout se transmet.

De l’Ardèche au Sahel

Via les formations longues et les stages, l’agroécologie essaime, lentement mais sûrement. « On commence à intervenir dans les lycées agricoles », précise Pierre-François. Terre et Humanisme cultive également la solidarité internationale [2]. Elle travaille en particulier avec des paysans africains au Sahel ou au Cameroun. Là-bas aussi les techniques agroécologiques permettent de s’adapter et de produire là où une mise en culture classique flétrirait. Et ce qui est possible au Sahel est transposable au nord de la Méditerranée.

« On milite aussi pour le retour à une agriculture créatrice d’emplois, avec des circuits courts », rappelle celui qui a été agronome pendant vingt ans en Afrique, d’Action contre la faim à la Commission européenne en passant par le Gret, qui regroupe « des professionnels du développement solidaire ». L’expérience, menée sans aucune aide publique (800 000 euros de budget, 12 salariés) est principalement financée par le livret Agir du Crédit coopératif [3], par les formations et les dons.

Autour du mas de Beaulieu, le sol s’est transformé, la terre s’est enrichie. Rien à voir avec la parcelle voisine, de l’autre côté de l’asphalte, sèche et poussiéreuse. Nous vous proposons une visite en ligne de ce laboratoire de l’agroécologie, en compagnie d’Erik, agronome et salarié de Terre et Humanisme. Ou comment s’initier aux pratiques du compost, du paillage, à la phytoépuration, et apprendre à faire pousser des tomates en plein hiver sans recourir à une source d’énergie externe [4].


Étape n° 1
- Transformer épluchures et feuilles mortes en terreau : le compost


Étape n° 2
- Chauffer sa serre en plein hiver sans dépenser d’énergie


Étape n° 3
- Protéger et restaurer les sols sans engrais chimiques : le paillage


Étape n° 4
- Irriguer en utilisant quatre fois moins d’eau que son voisin


Étape n° 5
- Produire ce que l’on souhaite en protégeant la biodiversité


Étape n° 6
- Assainir et recycler ses eaux grises grâce aux plantes : la phytoépuration


Etape n°7
- L’agroécologie, une démarche éthique globale ?


Texte : Ivan du Roy

Images : Agnès Rousseaux

Montage : Marie-Caroline Durier

Notes

[1Lire notre entretien.

[2Voir le site de Terre et Humanisme.

[3Pour plus de renseignements sur la carte Agir.

[4Avis aux maraîchers bretons qui surchauffent leurs serres de tomates.

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  • 1 - De fil252  | 14:27 | 25 juillet 2012 |

    C’est effectivement très intéressant, dommage que certaines vidéos ne fonctionnent pas.

    Répondre

  • 2 - De Kevin  | 16:45 | 19 août 2012 |

    Pourquoi est-ce que les formations/initiations coûtent aussi chères ? Moi qui aspire à l’autonomie alimentaire, énergétique, etc, il m’est impossible de démarrer l’aventure avec des prix aussi élevés...

    Répondre

    • De polechomage  | 17:00 | 11 décembre 2012 |

      J’ai trouvé un article qui critique cet organisation et leur manière d’aborder l’agriculture : http://afis-ardeche.blogspot.fr/2012/09/humanisme-notre-visite-chez-des.html

      En allant sur le site principal de l’Afis (qui a écrit l’article critique sur celui de Bastamag), ils se présentent comme luttant contre les pseudo-sciences, on peut toutefois voir dans leur présentation des OGM qu’ils ne se contentent pas de défendre la science dans toute son objectivité, ils défendent également le capitalisme. Néanmoins, il me paraît intéressant de lire leur longue critique sur le modèle économique de cette organisation et les questionnements sur la productivité, qui me semble assez importante. L’URSS a déjà expérimenté des techniques agricoles "alternatives" officiellement meilleures, qui ont conduits à des désastres. J’aimerais lire quelque part une réponse aux critiques de l’article que j’ai mentionné pour voir si elles sont fondées ou non.

      Répondre

      • De la_graula  | 23:26 | 20 mars 2013 |

        Par le jeu des liens, j’ai d’abord lu l’article cirtique de l’AFIS avant de venir ici lire et regarder les vidéos.
        Le bon sens m’inspire de me méfier de l’un et de l’autre n’étant pas spécialiste du sujet.
        Ce qu’on peut reprocher aux scientifiques, c’est de tout ramener au quartésianisme et à ’la preuve scientifique’. Si le monde va relativement mal aujourd’hui on le doit quand même en grande partie aux ’scientifiques’ qui ont inventés les produits chimiques, pesticides, bombes nucléaires etc... donc ils peuvent aussi s’autocritiquer sur la réussite de leurs inventions.
        Les ’expérimentateurs’ que l’on voit ici sont sans doute dotés d’amateurisme, et cela peut être regrétable. S’offusquer qu’ils bénéficient de l’aide de bénévoles ? non, pourquoi, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut de son temps libre, et si l’on veut donner du temps et de la force de travail à autrui gratuitement cela n’a rien de critiquable.
        Les agroécolos expérimentent sans trop de méthode, qu’a cela ne tienne, l’humanité n’a pas attendu les scientifiques du XXIème siècle pour inventer et créer de tout temps. Le ’bon sens paysan’ n’a sans doute rien de scientifique, mais les ’anciens’ savaient sans doute beaucoup plus de choses sur les fonctionnements de la nature que les scientifiques diplomés au fond de leurs labos.

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