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Néolibéralisme

De la Grèce au Niger, comment le FMI favorise l’austérité et la pauvreté

Par Nolwenn Weiler (1er juin 2012)

En se disant davantage préoccupée par les conditions déplorables de scolarisation des enfants nigériens que par la brutale austérité qui frappe les Grecs, Christine Lagarde a soulevé l’indignation. Mais le mépris avec lequel la directrice générale du FMI considère la Grèce vaut aussi pour le Niger : deuxième pays le plus pauvre du monde, embourbé depuis vingt ans dans une situation désastreuse à cause des plans d’ajustement structurels, qui y ont notamment détruit l’école publique.

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Interrogée par un journaliste du Guardian, la directrice générale du Fond monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a affirmé que « les Grecs devraient commencer par s’entraider mutuellement », et ce en « payant tous leurs impôts ». Les femmes doivent accoucher sans sage-femme ? Les malades n’ont plus accès aux médicaments vitaux ? Les personnes âgées meurent faute de soins ? La faute aux Grecs. « Je pense davantage aux enfants dans une école d’un petit village du Niger, qui ont deux heures d’école par jour, partageant une chaise pour trois (…). Je pense qu’ils ont besoin de davantage d’aide que les gens d’Athènes », compare l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances. Comme quoi, les Européens ne devraient pas trop se plaindre. Christine Lagarde oublie de préciser que si les enfants du Niger ont bien du mal à être scolarisés, c’est aussi à cause de l’institution qu’elle dirige.

En décembre 2011, Christine Lagarde a honoré le Niger de sa première visite sur le continent africain. Reçue en grande pompe, la directrice du FMI a tenu à se rendre au chevet d’un pays où une personne sur trois vit dans l’insécurité alimentaire, ce qui n’aide pas non plus à bien suivre en classe. Lors de sa mini-tournée hors de la capitale, elle a même assuré que le FMI « n’est pas seulement une institution désincarnée qui prescrit des mesures d’austérité à travers le monde ». Il est aussi « très sensible aux particularités » de chaque pays. Charmante marque de générosité.

Quand le FMI taille dans le budget de l’Éducation nationale

L’une des particularités du Niger est qu’il est l’un des États les plus mal classés en termes de développement humain [1]. 61 % des habitants y survivent avec moins d’un dollar par jour, un enfant sur cinq meurt avant l’âge de 5 ans, principalement de maladies évitables et de la malnutrition. La faible scolarisation, particulièrement des filles, contribue au taux de 85 % d’analphabétisme du Niger. Selon l’Unicef, « la précarité des moyens d’existence des femmes a de graves conséquences sur l’accès des enfants à l’éducation, et sur l’abandon et la traite des enfants ». Point commun entre la misère au Niger et l’austérité en Grèce ? Le FMI.

Le budget 2012 du Niger a été sévèrement taillé… sur ordre du FMI. « De 2,2 milliards d’euros [2], le budget a été ramené à 1,9 milliard [3] avec des coupes substantielles dans les secteurs sociaux, qui concentrent les deux tiers des montants supprimés », informe le le Réseau national dette et développement (RNDD). Le budget le plus amputé ? Celui de l’Éducation nationale, avec 73 millions d’euros (48 milliards de francs CFA) de moins que prévu. L’Agriculture, la Santé et l’Enseignement supérieur sont aussi privés de moyens.

Des enseignants qui ne sont plus payés

Des choix budgétaires arbitrés en contradiction avec les engagements du président nigérien, Mahamadou Issoufou, et de son gouvernement, selon le Réseau national dette et développement. L’ONG appelle les parlementaires nigériens à refuser le diktat du FMI et le gouvernement à plus de responsabilités, rappelant que « les prêts consentis par les institutions internationales ne feront que faire flamber le service de la dette, qui est un frein à tout développement ». Cela fait plus d’une décennie que le Niger agonise, en partie à cause des plans d’ajustement élaborés à Washington.

Le FMI, alors dirigé par Michel Camdessus [4] et la Banque mondiale débarquent à Niamey à la fin des années 1990. Et concoctent un « Plan décennal de développement de l’éducation ». Ce plan envisage le recours massif aux enseignants au statut précaire, les « volontaires et contractuels ». Lesquels représentent, en 2012, 80 % des effectifs. Censés être pris en charge par les collectivités régionales et les communautés de base, dans un souci de décentralisation, ces enseignants sont en fait de moins en moins nombreux… Puisque personne ne peut les payer ! Les réformes imposées par le FMI ont aussi encouragé la réduction du nombre d’heures de classe, la limitation des attributions de bourses, et la baisse du taux de scolarisation. « Une parfaite illustration des dérives auxquelles peuvent conduire des politiques d’inspiration néolibérale », commentait en 2004, Mamane Sani Adamou, figure altermondialiste locale [5].

L’économie nigérienne déstructurée par le FMI

Autre beau programme d’émancipation de la pauvreté imaginé par le FMI : le plan triennal au titre de la « facilité de réduction de la pauvreté et de croissance » (sic). Signé en 2000 en échange de nouveaux prêts, il a déstabilisé la fragile économie nigérienne en lui imposant la suppression de barrières douanières, la baisse de taxes à l’importation et la privatisation d’entreprises publiques. C’est ainsi que Vivendi (désormais Veolia environnement) a récupéré la société nationale de gestion de l’eau.

Autre obligation criminelle : celle de supprimer son office national vétérinaire pour pouvoir rééchelonner sa dette. Incapables de payer les prix demandés par les entreprises privées pour les vaccins, les médicaments, ou les vitamines, les nomades et les paysans ont vu leurs bêtes dépérir. Alors que le cheptel de 20 millions de bovins, d’ovins et de chameaux était une des richesses principales du pays, la liquidation des réserves alimentaires imposée par le FMI a accéléré le rythme des famines.

Pour trouver de quoi payer des chaises aux enfants qui peuvent se rendre à l’école, le Niger pourrait augmenter la redevance que paie Areva, qui exploite ses ressources en uranium (dont le Niger est le 3ème producteur mondial), ou la multinationale chinoise China National Petroleum qui s’y implante. Qu’en pense Christine Lagarde, dont le salaire pourrait permettre de rémunérer plusieurs dizaines d’instituteurs nigériens, à défaut d’être imposable ?

Nolwenn Weiler

Photo : CC World Economic Forum

Notes

[1Un indicateur élaboré par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

[21 425 milliards de francs CFA

[31 256 milliards de francs CFA

[4Président d’honneur des semaines sociales de France…

[5Secrétaire général de l’Organisation pour la démocratie nouvelle et membre fondateur de l’association Alternative espaces citoyens.

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  • 1 - De Johan  | 16:55 | 1er juin 2012 |

    Il y a des nuits où je rêve que les dirigeants du FMI soient jugés pour "crimes contre l’humanité"…

    Répondre

  • 2 - De delphine b  | 19:34 | 1er juin 2012 |

    comment des gens qui ne peuvent pas etre tous pourris,tout de meme, acceptent-ils de participer a un tel carnage ?? c’est une question que je me pose encore et encore. probablement le "c’est un mal necessaire" et puis la difficulte d’un regard a distance quand on est en plein dedans...le sentiment,peut-etre aussi, d’etre celui/celle vertueux/se qui porte les responsabilites que personne n’accepte...un peu ce qu’a exprime le tueur norvegien...il ne regrette rien puisque pour lui ce qui a conduit son action est le souci du bien-etre de la communaute

    Répondre

  • 3 - De tykern  | 22:05 | 2 juin 2012 |

    N’oublions pas de plus que la FAO qui offrait des repas scolaires dans les pays les plus pauvres, s’est vu supprimé ses subsides de l’Allemagne et de la France, ce jour de 2008 ou le tandem d’alors (NS et AM) ont annoncé en grande pompe, qu’ils avaient réuni plusieurs centaines de millions d’euros pour renflouer les banques....

    Comparer de cette manière les grecs et les nigérians ? c’est pitoyable.... comme si la misère se graduait..... qu’il y en avait des moins pire que d’autres...

    Un chômeur à qui ont supprime ses allocs, c’est terrible pour lui..
    Un travailleur qui se retrouve licencié dans la sidérurgie sans aucune chance d’être reclassé..c’est terrible pour lui....

    Quel critère utilise t-on pour mesurer ce qui est le plus terribles et les conséquences les plus désastreuses ?

    un cadre surendetté n’est pas moins dans une situation délicate qu’un smicard surendetté... dans les deux cas, c’est en référence à son style de vie que se mesure son désarroi....

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  • 4 - De julian augé  | 19:56 | 3 juin 2012 |

    Le FMI, admirablement secondé par les dirigeants européens habille son chantage d’une pseudo-menace inéluctable, ou comment inventer une épée de Damoclès. Maupassant en a fait sans le savoir une fable à lire absolument http://bit.ly/LBUxVZ.

    Répondre

    • De Eric  | 21:16 | 8 juin 2012 |

      Tyker, Delphine, Julian et Johan, quand prendrez-vous conscience que vous êtes responsables (avec 7 milliards d’autres personnes) de l’existence d’institutions sataniques comme le FMI ? En effet, vous défendez tous le système monétaire qui est la racine d’une multitude d’effroyables maux, dont le FMI. L’humanité n’a plus besoin du système monétaire depuis longtemps et c’est le conditionnement dont vous êtes victimes depuis votre naissance qui vous empêche de prendre conscience de cette vérité.

      Le système monétaire fait de nous des prostitués (car nous vendons nos compétences à la société au lieu de les lui offrir) et des criminels (car avec nos revenus et donc nos dépenses nous alimentons quotidiennement l’abominable système monétaire qui est la racine des multinationales, des mafias, de la pollution, de la destruction de l’environnement, des gouvernements corrompus, etc. La liste est interminable).

      En ce qui me concerne, je suis obligé d’accepter un salaire car on ne peut pas survivre sans argent au sein d’un monde régi par le système monétaire, mais si le système monétaire était aboli demain je continuerais d’aller travailler car j’ai le sens de l’intérêt général. Je suis depuis vingt ans un prostitué et un criminel contre mon gré. Et vous ?

      Répondre

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