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OGM

Christian Vélot : un chercheur fauché

Par Ivan du Roy (6 juin 2008)

Critiquer les OGM quand on est chercheur n’est pas l’idéal pour faire carrière. Même au sein du CNRS ! Le biologiste Christian Vélot s’en est aperçu.

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Cet article a été initialement publié dans l’hebdomadaire Témoignage Chrétien

Cela a commencé en 2006 par des remontrances verbales. On lui reproche oralement de « salir la science » et « de démobiliser les étudiants ». Des crédits affectés à son laboratoire de recherche se sont ensuite « envolés ». Puis pendant un an, sa hiérarchie le presse, lui et son équipe, de déménager pour laisser la place à un « pôle de biotechnologie » au budget virtuel. Enfin, l’automne dernier, la direction de l’Institut de génétique et microbiologie de l’Université Paris Sud (Orsay), où il travaille sous contrat avec le CNRS, lui fait savoir par courrier qu’il sera remercié fin 2009 lors du renouvellement de contrat. Officiellement, rien ne lui est reproché excepté peut-être de ne pas avoir publié assez vite plus de deux articles - la règle au CNRS pour être considéré comme « chercheur publiant » - sur ses expériences en génétique moléculaire. « Dans une science expérimentale comme la biologie, chacun sait que le rythme de publication n’est pas linéaire avec le temps », rétorque le chercheur. Le doyen de l’université reconnaît d’ailleurs la qualité de son enseignement. Non, la vérité de sa mise au ban est ailleurs.

Délit de témoignage

Christian Vélot, 44 ans, docteur en biologie, a osé critiquer les OGM. Il est intervenu lors de conférénces publiques, a témoigné lors de procès de « faucheurs volontaires », juste pour rappeler l’absence de maîtrise de la technologie génétique et les risques sanitaires ou environnementaux qui en découlent. Même s’il s’exprime en son nom propre, Christian Vélot décline forcément son statut de chercheur spécialisé sur la question. Un crime de lèse-majesté pour le CNRS, organisme de recherche pourtant public. « Lorsque nos positions dérangent, donner son affiliation professionnelle est considéré comme un délit. » Il a finalement échappé au déménagement mais deviendra dans un an et demi un enseignant chercheur sans affectation. Plus de recherche, c’est une carrière bloquée. Isolement, assèchement de crédits, marginalisation, Christian Vélot subit depuis deux ans un sort similaire à celui réservé aux nombreux chercheurs qui remettent en cause certains « acquis » de la techno-science, comme Ignacio Chapella, de l’université de Berkeley, qui a décelé des contaminations OGM sur le maïs mexicain puis affronté une vaste campagne de diffamation, tel le biologiste Robert Bellé qui a montré le caractère cancérigène de l’herbicide phare de Monsanto, le Round-up, et mis au point un test pour déceler le caractère cancérigène de certaines molécules.

Lobby scientiste

Cette placardisation accélérée, le biologiste l’explique d’abord par l’arrivée des financements privés dans la recherche publique. « Les labos peuvent difficilement s’en passer. Le CNRS n’a pas envie de se fourvoyer avec des financeurs potentiels. » Ensuite par la persistance d’un « lobby scientiste », ces savants pour qui science est nécessairement synonyme de progrès et les critiques forcément obscurantistes. « C’est lié à notre formation : dix ans d’études et pas une seule heure de philo ou de sciences humaines. Nous sommes moulés à la louche. Il n’est pas étonnant que le fossé se creuse entre le monde des scientifiques et le reste de la société civile », déplore-t-il. Il s’est aperçu avec stupeur que certains chercheurs pourtant syndiqués ont découvert très récemment le concept de lanceurs d’alerte.

« Il faut réconcilier la science avec les citoyens, établir des passerelles et ne pas se contenter de leur demander de mettre la main au portefeuille lors du téléthon. Bref, rendre la science soluble dans la démocratie. » En attendant, un autre biologiste, Jacques Testart, père de la fécondation in vitro et président de la Fondation Sciences citoyennes, et la sénatrice écologiste Marie-Christine Blandin ont sollicité un rendez-vous avec l’administration universitaire pour leur porter les 40 000 signatures recueillies par une pétition de soutien au chercheur.

Ivan du Roy

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