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Liberté de la presse

Arrêté pour avoir enquêté sur les gaz de schiste

Par Sophie Chapelle (3 février 2012)

Josh Fox, le réalisateur de l’enquête explosive "Gasland", qui dénonce l’exploitation destructrice des gaz de schiste aux États-Unis, a été arrêté le 1er février. Son délit ? Avoir voulu filmer une audience publique à la Chambre des représentants sur les conséquences environnementales de cette extraction. Une atteinte à la liberté de la presse qui interroge la compromission de politiques sous influence.

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Enquêter sur les gaz de schiste dérange le monde industriel et politique. Le 1er février, Josh Fox, le réalisateur du documentaire Gasland, a été arrêté alors qu’il assistait à une audience à la Chambre des représentants des États-Unis. Le sous-comité de la Chambre sur la science, l’espace et la technologie devait examiner un rapport [1] de l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) publié en décembre 2011, dont les conclusions sont sans appel : la technique de fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste représente un danger pour les eaux souterraines.

D’après Josh Fox, « les dirigeants républicains voulaient utiliser cette audience pour attaquer l’enquête menée par l’EPA, qui implique des centaines d’échantillons et d’analyses de l’eau ». À l’origine de cette enquête, des habitants de Pavillion, dans le Wyoming (166 habitants), se plaignent au printemps 2008 auprès de l’agence environnementale de la qualité de leur eau potable. L’odeur et la couleur de l’eau leur paraît suspectes. Et ils s’interrogent sur le lien éventuel avec les 169 puits de forage qui entourent leur ville… L’industrie gazière – menée par la compagnie canadienne EnCana, qui possède les forages à Pavillion – nie que ses activités puissent être responsables de la pollution. Après l’interdiction, en 2010, par le ministère fédéral de la Santé, d’utiliser l’eau du robinet pour l’alimentation, EnCana prend en charge la fourniture en eau potable des 21 foyers les plus touchés.

Eau « potable » cancérogène

L’enquête diligentée par l’EPA de mars 2009 à avril 2011 révèle de fortes concentrations de phénols, une substance cancérogène dangereuse, de potassium, de composés organiques synthétiques ainsi que des traces de gazole ! Le réseau d’eau potable contient par ailleurs des concentrations de benzène 50 fois supérieures aux normes du Safe Drinking Water Act, le règlement portant sur la pollution des eaux potables aux États-Unis ! Comme le souligne le site Propublica, les composés chimiques détectés par l’EPA – dont le solvant 2-Butoxyethanol (2-BE) – font partie de ceux associés à la fracturation hydraulique, le procédé employé par l’industrie pour fracturer la roche et en extraire le gaz.

« Nous suivons cette affaire depuis trois ans, et il nous semblait que cette audition pouvait constituer une attaque contre l’Agence de protection environnementale, alors nous voulions être là », a déclaré Josh Fox. « Nous voulions que cela soit transparent pour le peuple américain. » Mais le président de séance, un Républicain, n’est pas de cet avis. Il demande à Josh Fox d’éteindre sa caméra en expliquant qu’il ne dispose pas d’accréditation pour enregistrer l’audience. Cette dernière était pourtant consultable sur le site Internet du comité, comme la plupart des comités du Congrès. « Au moment où ils m’ont dit d’éteindre les caméras, je ne pouvais pas. Je connais mes droits et j’ai senti qu’il était impératif de les exercer. » Menotté manu militari [2], Josh Fox est alors escorté à l’extérieur de la salle.

Violation de la liberté de la presse

Arthur Spitzer, directeur juridique de l’Union américaine pour les libertés civiles à Washington, rappelle qu’« il est systématiquement permis aux journalistes professionnels d’enregistrer les audiences des comités du Congrès, même quand ils n’ont pas leur carte de presse officielle. Exclure un journaliste parce qu’il ne partage pas les vues politiques de la présidence du comité est scandaleux ». Les Démocrates ont forcé la tenue de deux votes, un premier visant à permettre à Josh Fox de filmer les discussions, et un second pour suspendre les audiences pendant une semaine afin de permettre au cinéaste d’obtenir les autorisations nécessaires au cours de cette période. Rien n’y fait : les deux motions sont défaites par un vote soumis à la discipline de parti [3].

Relâché plus tard par la police du Capitole sans avoir eu à verser de caution ou d’amende, Josh Fox est cité à comparaître le 15 février prochain pour « entrée illégale ». Bien qu’il ait été ajouté à la Terror Watch List du Department of Homeland Security (l’équivalent du ministère de l’Intérieur aux États-Unis, ndlr), Josh Fox ne veut pas reculer devant les pressions exercées. Il réalise actuellement la suite du documentaire Gasland, nominé aux Oscars en 2011.

Sophie Chapelle

Notes

[1] Lire le rapport de l’EPA (en anglais).

[2] Voir la vidéo de l’arrestation.

[3] Certains candidats républicains à la présidentielle proposent d’ailleurs de limiter les pouvoirs de l’Agence de protection de l’environnement.

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  • 1 - De manu30  | 17:44 | 3 février 2012 |

    Pour appuyer les propos de Arthur Spitzer, quelques infos glanées (et traduites) sur le site du huffingtonpost (désolé pour la référence, en matière d’indépendance de la presse on fait mieux !) :

    Aux États-Unis, par définition, les audiences publiques sont ouvertes au Public. Personne ne peut s’opposer, à moins qu’il trouble le bon déroulement de l’audience, à l’entrée de quiconque. Pour les caméras, une accréditation peut être demandé, mais il est rare que cela soit le cas. Cette accréditation, selon Zach Carter du huffpost (journal d’info en ligne américain, maintenant aussi en version fr, dont le fonctionnement repose sur les contributions de rédacteurs externes, dont un nombre important pourrait sans complexe postuler pour le casting des "nouveaux chiens de garde 2") trouve son fondement dans la limitation du nombre de caméramans que la salle peut contenir afin que l’audience se déroule correctement et qu’elle ne soit pas interrompue.

    Le démocrate Brad Miller qui a demandé au président de la commission, en vain, de ne pas procéder à l’arrestation de Josh Fox témoigne : « J’ai été le président de telles audience pendant quatre ans, et nous avons eu fréquemment le cas de demande d’autorisation de filmer le jour même de l’audience. Nous demandions à la personne de décliner son identité et l’autorisions à filmer si elle ne perturbait pas le bon déroulement de l’audience. Parfois, il nous est arrivé de demander à un caméraman de se déplacer parce qu’il gênait là où il se trouvait, mais pas plus. Je ne me rappelle pas que nous ayons un jour refusé quelqu’un sous le prétexte qu’il n’est pas présenté sa requête 24 heures à l’avance. »

    Idem d’après d’autres représentants comme les démocrates Jerry Nadler, Zoe Lofgren, Paul Tonko…

    Les républicains ont déclarés qu’une équipe d’ABC News avait aussi été refusé, mais ABC News déclare n’avoir envoyé personne pour couvrir l’évènement… Pas claire cette affaire.

    http://www.huffingtonpost.com/2012/...

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