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Biodiversité

Les OGM auront-ils la peau des apiculteurs ?

Par Nolwenn Weiler (5 décembre 2011)

Menace sur le miel. Déjà suspecté de participer au syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, le pollen génétiquement modifié pourrait provoquer la faillite de milliers d’apiculteurs européens. Depuis le mois de septembre, ceux qui travaillent à proximité de champs d’OGM sont en effet tenus de prouver, moyennant des analyses fort coûteuses, que leur miel est exempt de pollen génétiquement modifié. En Espagne, leur situation est alarmante. En France, les professionnels comptent sur le gouvernement pour renouveler l’interdiction de la culture du maïs transgénique.

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« Devenir le gardien de la santé des abeilles dans le monde » : C’est (sans rire) la mission que s’est attribuée Beeologics, entreprise de recherche sur la pollinisation par les abeilles, rachetée par Monsanto à la fin du mois de septembre. Pour les apiculteurs européens, le géant semencier américain serait plutôt synonyme de grande catastrophe. Depuis trois mois, ceux qui travaillent à proximité de cultures de MON 810, un maïs transgénique (de nouveau autorisé en France suite à l’annulation du moratoire), sont tenus de réaliser des analyses prouvant que leur miel est exempt de pollen génétiquement modifié.

Le 6 septembre dernier, la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a déclaré que le miel contenant du pollen de maïs MON 810 ne pouvait être commercialisé, faute d’autorisation de ce pollen comme aliment. Pour le moment, les seuls produits issus du MON 810 autorisés à l’alimentation humaine sont la farine, le gluten, la semoule, l’amidon, le glucose et l’huile de maïs. Si le pollen génétiquement modifié est un jour autorisé, les produits en contenant devront être étiquetés. « Mais les consommateurs ne vont pas acheter des produits de la ruche, identifiés comme naturels, s’il devaient être étiquetés OGM », souligne Jean-Marie Sirvins, vice-président de l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf). Le préjudice économique risque donc d’être énorme.

Les Espagnols ne veulent plus d’OGM

Pour les apiculteurs espagnols, entourés de 97 000 hectares de champs d’OGM, la situation est d’ores et déjà catastrophique. « Le miel des régions où l’on cultive du MON 810 est foutu, lance Jean-Marie Sirvins. Les apiculteurs peuvent le mettre à la poubelle. Ils doivent réaliser des analyses, qui peuvent représenter plusieurs milliers d’euros. Et n’ont pas de quoi les payer. Et si leur miel s’avère contaminé, le négoce ne l’achète pas. » La COAG, principal syndicat agricole de la péninsule ibérique, a demandé que le MON 810 soit purement et simplement interdit. Et a réclamé que soit respecté le droit à produire du miel sans OGM.

Plusieurs réunions ont eu lieu à Bruxelles ces trois derniers mois pour tenter de trouver une solution. D’aucuns ont avancé la possibilité de supprimer la directive indiquant que les produits OGM doivent être étiquetés. D’autres affirment que cette mesure ne passera jamais auprès des populations. Preuve que les pressions citoyennes ont (parfois) de l’effet.

Vers un miel uniforme ?

Il a aussi été question, lors de ces rencontres, de l’« ultrafiltration ». Utilisé aux États-Unis et au Canada, le procédé consiste à « épurer » mécaniquement le miel avec des filtres très puissants, qui enlèvent les particules minuscules qu’il contient. Dont... une bonne partie de ses grains de pollen. « Le matériel d’ultrafiltration est très coûteux. Les petits apiculteurs ne pourront pas se le procurer », avertit Jean-Marie Sirvins. « Ainsi filtré, le miel ne cristallise plus, il reste liquide, ajoute-il. Et, surtout, il n’a plus de personnalité, puisque c’est le pollen qui contient l’ADN, et donc les caractéristiques propres à chaque produit. » Adieu miels de châtaignier, de fleurs, de lavande ou autres nectars ! « Les services de répression des fraudes se servent du pollen pour tracer le miel. Nous ne pourrons plus commercialiser de miels régionaux, ni de miels AOC », souligne Jean-Marie Sirvins. Ajoutons que le pollen, c’est aussi nombre d’éléments nutritifs, dont les consommateurs ne pourront plus bénéficier.

« La seule solution qui vaille, pour la France au moins, c’est le moratoire sur la culture du MON 810 », tranche Jean-Marie Sirvins. Annulé la semaine dernière à la suite d’une décision du Conseil d’État, le moratoire devrait être posé par le gouvernement. Avant le mois d’avril, si possible, période des semis de maïs. Au niveau européen, le prochain rendez-vous aura lieu le 12 décembre. « Ministres et fonctionnaires de l’Agriculture, de l’Environnement et des services des fraudes sont très mobilisés », estime Jean-Marie Sirvins. Il faut dire que l’enjeu est crucial : 84 % des espèces végétales cultivées en Europe dépendent directement de la pollinisation par les insectes, dont la plupart sont des abeilles domestiques. Lesquelles survivent grâce aux soins jaloux des apiculteurs.

Nolwenn Weiler

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