Souveraineté alimentaire

« Votez non à l’accord de libre échange entre Union européenne et Nouvelle-Zélande ! »

Souveraineté alimentaire

par Rédaction

Des pommes qui font 20 000 kilomètres ? L’accord de libéralisation du commerce avec la Nouvelle-Zélande va conduire à importer des dizaines de milliers de tonnes d’aliments. Une action appelle les eurodéputés à voter contre sa ratification.

L’accord de libéralisation du commerce entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande arrive pour ratification les mardi 21 et mercredi 22 novembre au Parlement européen. Pleinement soutenues par Emmanuel Macron, les négociations ont débuté en 2018. Elles se sont poursuivies pendant la pandémie de Covid19, dans la plus grande opacité, alors qu’il ne manquait aucun dirigeant politique pour promettre à l’opinion publique un processus de relocalisation des activités jugées « stratégiques ». « Déléguer notre alimentation (...) à d’autres est une folie », affirmait ainsi Emmanuel le 12 mars 2020, précisant qu’il faut en « reprendre le contrôle ».

Trois ans plus tard, les parlementaires européens doivent se prononcer sur un accord qui prévoit la suppression de la quasi-totalité des droits de douanes sur les biens et services échangés entre l’UE et la Nouvelle-Zélande. Selon l’étude d’impact de la Commission européenne, il pourrait générer une hausse de 30% des échanges. Des milliers de containers supplémentaires vont ainsi transiter sur les océans de la planète, alors qu’il faut environ 40 jours pour que l’un d’entre eux rejoigne un port européen depuis Auckland.

20 000 kilomètres pour manger des pommes

Au bout de sept ans de mise en œuvre, ce sont des centaines de milliers de tonnes d’aliments qui pourront être importés en France sans droit de douane, depuis un pays situé à 20 000 km de l’UE [1]. Les données sont éloquentes : 38 000 tonnes de viande ovine, 10 000 tonnes de viande bovine, 15 000 tonnes de beurre, 25 000 tonnes de fromage, 15 000 tonnes de lait en poudre. Ces importations seront sans limite en ce qui concerne les pommes, les kiwis, les oignons, le vin, le poisson, les crustacés ou le miel.

Cette même étude d’impact prévoit une augmentation nette des émissions de gaz à effet de serre liée au transport de marchandises et à la hausse des productions qui vont être exportées : produits agricoles de Nouvelle-Zélande, véhicules automobiles et produits industriels et de consommation de l’UE. « À quelques jours de la COP28 sur le climat, le Parlement européen va-t-il entériner un accord qui aggrave la crise climatique, avec la bénédiction des États-membres de l’UE, dont la France ? » interroge le collectif national unitaire stop CETA Mercosur.

L’accord « le plus progressiste » ?

« Présenté par la Commission européenne comme « le plus progressiste » des accords, ce qualificatif en dit plus sur l’insoutenabilité des autres accords que sur la prétendue exemplarité de celui-ci », estime le collectif. La « réciprocité des normes dans les importations » promise depuis des années par Emmanuel Macron n’est toujours pas au rendez-vous. Les agriculteurs néozélandais ont en effet le droit d’utiliser des produits tels que l’atrazine et le diflubenzuron, deux substances chimiques jugées toxiques et interdites d’utilisation sur le sol européen respectivement en 2003 et 2021.

Bruxelles et Paris se félicitent que l’accord comprenne « une mesure miroir exemplaire » permettant de ne pas importer de la viande de bovins engraissés en feedlots, ces centres d’engraissement industriels. Sauf qu’il n’y a quasiment pas de feedlots en Nouvelle-Zélande, l’élevage bovin s’appuyant historiquement sur le pâturage.

D’autre part, seules des violations très graves de l’accord de Paris sur le climat (sortie de l’accord) et des normes fondamentales de l’Organisation internationale du travail pourraient faire l’objet de sanctions dans le cadre du chapitre sur le développement durable de l’accord. C’est très peu probable et, surtout, la nature même de l’accord n’est pas transformée : il s’agit toujours d’accroître les flux commerciaux entre les deux parties, sans que ces flux ne soient conditionnés à une amélioration des conditions sociales et écologiques des filières concernées. Enfin, les violations des engagements pris en matière de biodiversité, de fin des subventions aux énergies fossiles, de lutte contre la déforestation et de surpêche, d’égalité des sexes, de responsabilité des entreprises ne pourront pas faire l’objet de sanctions.

Interpeller les députés européens

Autant de raisons qui ont conduit une cinquantaine d’organisations de la de la société civile, dont une vingtaine d’organisations françaises (ActionAid, Aitec, Amis de la Terre, Attac, Bloom, CGT, Confédération Paysanne, FSU, Fondation pour la Nature et l’Homme, France nature Environnement, Générations Futures, Notre Affaire à Tous, Veblen Institute et le collectif national Stop CETA/Mercosur), à publier un appel pour que les parlementaires européens ne ratifient pas cet accord !

Le collectif national Stop CETA-Mercosur affirme qu’il n’est pas possible de prétendre mettre en œuvre le GreenDeal européen et ratifier un accord qui va aggraver le réchauffement climatique et conduire à importer des biens déjà produits sur le sol européen depuis l’autre bout de la planète. Raison pour laquelle il appelle les internautes à écrire aux députés européens par une action en ligne afin d’obtenir leur engagement à voter contre la ratification de l’accord.

 Plus d’infos : www.collectifstoptafta.org

Photo de une : Terminal à containers, dans le port d’Auckland/ CC BY-ND 2.0 Deed Jane Nearing via flickr.

Suivi

Mise à jour le 22 novembre 2023 : 83% des eurodéputés ont voté en faveur de la ratification de l’accord UE-Nouvelle-Zélande. L’essentiel des forces de gauche et écologistes françaises ont voté contre.

Notes

[1Lire à ce sujet la note de décryptage de l’Aitec, « pourquoi l’accord UE-Nouvelle-Zélande est une ineptie climatique », novembre 2023.