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Allemagne

Une série d’agressions sexuelles à Cologne provoque un déferlement de préjugés racistes

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La police de Cologne, dans l’ouest de l’Allemagne, a enregistré mardi 5 janvier quatre-vingt dix plaintes pour des faits de vols et d’agressions sexuelles, dont une plainte pour viol, perpétrés la nuit de la Saint-Sylvestre. Tous se sont produits sur une place centrale de la ville, entre la cathédrale et la gare. Cette masse d’agressions scandalise l’Allemagne. Mais depuis que la police a fait état de témoignages selon lesquels les auteurs seraient des hommes « d’apparence nord-africaine », c’est un flot de préjugés racistes qui a pris le relais de l’indignation sur le sort réservé aux femmes ce soir là à Cologne – et à leur quotidien dans l’espace public. Ces suppositions sur l’origine des agresseurs ont été reprises dans un grand nombre de médias, y compris en France, alors même que la police n’a pour l’instant arrêté que trois suspects sur lesquels elle n’a communiqué aucun élément officiel.

Selon la police de Cologne, dès 21 h le soir du 31 décembre, plusieurs centaines de personnes, en majorité des hommes, se trouvaient sur cette place du centre de la ville. En partie ivres, ils lançaient pétards et feux d’artifices – qui sont en vente libre et autorisés en Allemagne pour la Saint-Sylvestre. À 23 h, la foule regroupe un millier de fêtards et de badauds. La police est présente sur les lieux. Elle intervient même pour faire évacuer une partie de la place. Mais ce n’est qu’après qu’elle se rend compte des agressions dont ont été victimes, en majorité, des femmes. Les plaintes de femmes agressées, souvent pour des vols de portefeuilles et de portables, commencent à affluer.

Dans un communiqué, la police déclare que « les suspects tentaient, par les attouchements, de détourner l’attention des femmes à qui ils étaient en train de voler des objets de valeurs ». Elle fait aussi état de témoignages selon lesquels les agresseurs auraient été d’« apparence nord-africaine ». L’élément a ensuite été repris sans précaution par un grand nombre de médias. Pourtant, mis à part ces suppositions basées sur leur apparence, la police n’a fourni aucun élément officiel sur les agresseurs. Le mercredi 6 janvier, le ministre de l’Intérieur de l’État-région dans lequel se trouve Cologne a indiqué que la police avait pour l’instant ciblé trois suspects. Aucun élément n’a pour l’instant été fourni sur leur identité.

58 % des femmes allemandes ont subi un harcèlement sexuel

Cela n’a pas empêché une partie de la classe politique de droite, et évidemment d’extrême droite, d’accuser immédiatement les réfugiés, en grande partie d’origine syrienne et irakienne, accueillis en Allemagne. Dans un contexte où la politique d’accueil défendue par Angela Merkel est critiquée par sa droite, et où les agressions contre les foyers de demandeurs d’asile se comptent en centaines en 2015 et se poursuivent depuis le 1er janvier. La présidente du nouveau parti d’extrême-droite créé en 2014 Alternative für Deutschland (AfD), Frauke Petry, a directement visé la politique de Merkel sur son profil facebook : « Après les agressions à Cologne, est-ce que l’Allemagne est assez métissée et ouverte au monde à votre goût Mme Merkel ? » Le ministre fédéral de l’Intérieur lui-même, Thomas de Maizières, qui est du même parti que Merkel, a entretenu la confusion en mettant en lien les agressions de Cologne avec un possible durcissement de la loi à l’encontre des demandeurs d’asile qui commettraient des délits ou des crimes.

Ils s’est trouvé moins de politiques pour rappeler qu’en Allemagne comme ailleurs en Europe, les agressions sexuelles, le harcèlement et les violences à l’encontre des femmes se produisent au quotidien, dans la rue, au travail et chez elles. Une étude réalisée en Allemagne en 2004, bien avant la vague migratoire actuelle, révélait que plus de 58 % des femmes allemandes avaient déjà vécu des situations de harcèlement sexuel, que ce soit dans l’espace public, au travail, dans leur formation ou du fait de leurs proches. Au niveau européen, une étude de l’Agence européenne des droits humains publiée en 2014 indique que 5 % des plus de 40 000 femmes européennes interrogées ont subi un viol dans leur âge adulte. Un tiers a déjà subi des violences, et plus de la moitié a été victime de harcèlement sexuel tels que des attouchements ou des étreintes non consenties. Mais de cela, l’extrême droite n’en parle pas.

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