Débattre Grands projets

Landes : golf et parc d’attraction ou préservation du littoral et des zones humides ?

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La création d’un parc d’attraction nautique et d’un complexe golfique et immobilier suscite des protestations dans les Landes. Pas question de bétonner une zone humide à coups de millions d’euros d’argent public, dénoncent les opposants, réunis au sein du collectif nouTous. « Pourquoi vouloir scier la branche qui fait l’attractivité des Landes, à savoir une nature et un littoral encore significativement préservés, une identité culturelle, un paysage, en contribuant à leur dégradation ? », demandent-ils dans une tribune, dans laquelle résonne un profond désir de démocratie.

Au sud du littoral des Landes, le Conseil général veut imposer deux projets d’équipements touristiques, près de l’océan : un « parc d’attractions nautiques », avec vague artificielle, et un « complexe golfique et résidentiel ». Ces deux projets sont situés sur le territoire d’une même communauté de communes – MACS, pour Maremne, Adour, Côte-Sud – de 60 000 habitants. Cette partie des Landes est restée un pays rural où l’environnement naturel est au centre de tout : agriculture, sylviculture, tourisme, surf, pêche, chasse, loisirs, qualité de vie... Toutes les industries et activités sont liées à l’environnement. Dès lors, objet de convoitises et de spéculations, il devient un enjeu majeur des politiques locales.

La bétonnisation de la côte, pour l’instant, est moins débridée qu’au bord de la Méditerranée. Dans les années 1970-80, l’État, avec une Mission interministérielle, et au grand dam des élus locaux, avait défini des zones pour de nouvelles stations balnéaires, et préservé globalement le reste. Dans les années 1990, le Conseil général (déjà présidé par Henri Emmanuelli) veut relancer la bétonnisation, notamment avec un Club Méditerranée. La Sepanso, branche Aquitaine de France Nature Environnement, et les Amis de la Terre bloquent un à un tous ces projets en s’appuyant sur la loi littoral (1986). Les deux projets actuels, golf et vague, sont les derniers soubresauts de cette pensée du vieux monde, ce que le sociologue Jean-Pierre Le Goff nomme « le modernisme ».

Détruire un environnement attractif ?

La situation des Landes se rapproche d’autres départements où existent des grands projets inutiles et imposés (GPII). Aux commandes, une génération de vieux notables socialistes, cumulards, appuyés sur une myriade d’organismes (syndicats mixtes, sociétés d’économie mixte, etc). Une constante dans tous ces projets : une « pensée magique » assortie d’un vocabulaire somme toute très libéral. On parle de compétition, de gagner des parts de marché, d’« excellence », d’un « tourisme de conquête », de « panier moyen du touriste », d’obtenir des labels européens pour faire venir surfeurs, golfeurs et touristes du monde entier.

La principale justification, comme toujours, est celle des emplois à venir, comme si ces prédictions ne se faisaient pas « au doigt mouillé », comme si les réalisations effectives ne restaient pas très en-deçà des prédictions, et comme si d’autres investissements, plus riches en emploi, étaient impossibles. Pour eux, la destruction de la nature est considérée comme nécessaire en tant que source d’emplois. Pourquoi vouloir scier la branche qui fait l’attractivité des Landes, à savoir une nature et un littoral encore significativement préservés, une identité culturelle, un paysage, en contribuant à leur dégradation ?

La vague artificielle

La vague artificielle est prévue à Saint-Geours de Maremne, sur le parc d’activités Atlantisud. C’est un immense bassin de 300 m sur 85 m. Seul un prototype existe au Pays basque sud. Elle serait le produit d’appel d’un parc d’attractions nautiques, au bord de l’autoroute vers l’Espagne, à côté d’un hypercentre commercial. Le parc comprendrait aussi un cable park (bassin avec un sorte de téléski sur l’eau) et d’autres équipements. Vague et cable park consomment une énorme quantité d’eau. Le tout sur 15 hectares et pour un investissement de 12 à 14 millions d’euros.

Mais quelle est l’utilité d’un tel équipement au regard du coût environnemental et financier ? N’est-ce pas un contre sens complet quant à l’éthique et à la pratique du surf ? Cet investissement serait plus utile aux dizaines de clubs de surf sous-équipés qui ont un rôle éducatif et culturel, sur le littoral.

Le complexe golfique

Le projet de golf est annoncé à Tosse. C’est un projet inutile (il y a déjà quantité de golfs à proximité), très destructeur de l’environnement. Il s’étend sur 250 ha, aujourd’hui des champs, de la forêt et des friches naturelles. Il s’agit d’une zone humide, limitrophe de zones Natura 2000, avec, sur son bassin versant, des étangs classés dont l’un en réserve naturelle. Il faudra aussi des routes à travers la forêt pour amener les golfeurs. Le projet comporte deux parcours de 18 trous, et un de 9 trous, une académie de golf, un « club house », un hôtel de luxe, un resort, et un « écoquartier » (sic) résidentiel. Au total, 270 millions d’investissement sont annoncés, dont 70 millions d’argent public.

Des études opérationnelles pour le golf ont été lancées en juillet 2014 par le syndicat mixte, sur la base d’une étude de pré-faisabilité rendue en décembre 2013 et d’une étude environnementale en juin 2014, non publiques. On retrouve ici les mêmes causes qui ont présidé à la création des Zones à défendre (ZAD) de Notre-Dame des Landes, du Testet ou encore de Roybon : bétonnage de terres agricoles, gabegie de fonds publics, présomption de conflits d’intérêts, surdité des pouvoirs publics face à la contestation des riverains. Laquelle, ici, en est encore à ses débuts.

Mobilisation citoyenne

Un groupe de citoyens du sud des Landes a animé (et gagné !) une lutte en 2011-2012 contre un projet EDF de stockage de gaz en cavités salines, un « saumoduc », prélevant de l’eau dans l’océan pour dissoudre le sel et déverser dans l’océan les résidus de forage. Sentant venir la phase active des nouveaux projets en juillet dernier, ce groupe a constitué un mouvement citoyen, nouTous, avec une pétition (qui approche aujourd’hui des 3 000 signatures), et un site (www.noutous.fr). L’objectif : informer les habitants sur les deux projets, mener des débats publics, donner aux citoyens le pouvoir de décider de l’avenir de leur territoire, aider les habitants à se réapproprier les enjeux du territoire confisqués par les élus.

La nature, l’environnement, la vie, la démocratie, le tourisme équitable et durable, les biens communs et l’intérêt général sont les thèmes mobilisés pour la défense du territoire et de ses habitants, contre la marchandisation de la nature au profit de quelques promoteurs et spéculateurs.

Devant le secret entretenu par les élus, nouTous, la Sepanso et les Amis de la Terre ont pris l’initiative de la mise en débat public des deux projets lors de deux réunions qui ont fait salle comble : à Tosse sur le golf le 28 novembre, 500 personnes ; à Vieux Boucau, en association avec un collectif de surfeurs, sur la vague le 12 décembre, 250 personnes. En parallèle, des recours légaux sont engagés par la Sepanso contre le SCOT de MACS (notamment pour le golf), et par un élu pour défaut d’information des membres du conseil de MACS lors du vote de la délibération sur le golf.

Des concertations officielles à la rescousse des projets

Henri Emmanuelli a, dans un premier temps, qualifié nouTous de « collectif fantôme », et traité ses actions par le mépris. Il lui a fallu déchanter : le désir de démocratie saute aux yeux, notamment lors des deux débats publics. Le Conseil général a donc allumé des contre feux, et prévu l’organisation d’une « concertation » sur le golf au long de 2015, annonce faite quatre jours avant le débat de Tosse. De même, lors du débat de Vieux Boucau, on a appris que c’était par erreur que le début des travaux du parc nautique (la vague) avait été annoncé pour le printemps, qu’une « concertation » allait aussi être organisée en 2015, et qu’il ne se passera rien dans les prochains mois. Qui faut-il croire ? Dans les deux cas, ce sont des concertations sans valeur démocratique, faites non pour des choix, mais seulement pour enrichir les projets décidés. Les citoyens exigent une consultation.

Est-ce que l’aide aux structures existantes, aux clubs, aux acteurs de terrain, à tous ceux qui remplissent un rôle social, culturel et éducatif, l’aménagement et l’accompagnement de tout un réseau, l’amélioration de l’accueil touristique par l’humain, le soutien à la création, la culture de l’environnement, du paysage, du patrimoine, de l’identité, ne seraient pas plus bénéfiques pour tous, y compris pour la pérennisation des emplois futurs de la filière du tourisme dans son ensemble ? N’est-ce pas plutôt cela la société de demain, plutôt que des réserves à golfeurs internationaux, des parcs d’attraction et des centres commerciaux appuyés sur des autoroutes ?

Tout le monde, et non seulement les élus, doit pouvoir participer aux décisions et est fondé à les remettre en cause. C’est aux citoyens de décider des choix pour l’avenir de leur territoire. Le désir de démocratie qui s’est exprimé dans les deux débats est un élan, un souffle. Il sera difficile à endiguer.

Collectif nouTous

Texte, photos et dessins transmis à Basta ! par le Collectif nouTous.

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