Allô la terre ?

Spock : « Claude Guéant a raison : toutes les civilisations interstellaires ne se valent pas »

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Des stades dont les pelouses sont chauffées pendant que des sans-abri meurent de froid. Des milliardaires enrichis grâce à l’argent public et qui exigent des autres qu’ils travaillent plus… Non, décidément, toutes les civilisations ne se valent pas si on les juge sur le comportement de leurs représentants politiques.


Ce qui l’a d’abord intrigué en survolant ce que les terriens nomment « la France », ce sont ces vastes arènes à proximité des grands centres urbains. Des stades dont les pelouses sont chauffées par des systèmes de soufflerie au fioul ou de panneaux électriques, afin que le spectacle footballistique puisse avoir lieu malgré les températures glaciales. Plus surprenant : pendant que certains humains déploient de coûteux efforts d’ingéniosité pour que ces pelouses ne gèlent pas, à quelques centaines de mètres de ces arènes, d’autres êtres humains dorment congelés dans leur voiture, sous une tente, ou à proximité d’une bouche de chauffage.

En captant les ondes qui circulent – les terriens parlent beaucoup par écrans interposés –, le visiteur s’étonne encore davantage des propos tenus par l’une des membres de ce qui pourrait être l’équivalent, sur sa planète, d’un conseil des sages, en charge de l’intérêt général. Nora Berra se prénomme-t-elle, à la tête d’un « secrétariat d’État à la santé », « recommande aux personnes les plus vulnérables d’éviter de sortir », parmi lesquelles les « sans-abri »… Décidément, bien des aspects du raisonnement des humains lui échappent encore ! D’autant que Nora Berra, parmi d’autres conseils, ne semble pas manquer de bon sens : « Pensez à vous couvrir la tête et à vous munir d’une écharpe pour recouvrir le bas du visage et particulièrement la bouche. Habillez-vous très chaudement », conseille-t-elle à ses concitoyens, qu’elle semble considérer comme des demeurés (Nora Berra est quand même rémunérée 13 411 euros brut par mois pour distiller ce type de recommandations essentielles). Leur rappelle-t-elle d’enfiler leur pyjama avant d’aller au lit ou d’ajuster leur maillot de plage en plein été ? Il faudra qu’il revienne.

Pour tenter de saisir ces raisonnements assez énigmatiques qui caractérisent l’actuel gouvernement des Français, notre visiteur interstellaire se rapproche de leur centre névralgique qu’on appelle Paris. En cette aube du 8 février 2012, comme chaque début de journée, des centaines de milliers d’humains y affluent pour « travailler », jouer leur rôle dans la société, dirait-on dans sa galaxie. Sur terre, travailler, c’est produire une richesse dont on ne profitera guère dans un lieu et pendant un temps (le tiers d’une journée) où la citoyenneté, voire l’humanité, est suspendue. En train, en bus et en voiture, ils se pressent généralement aux mêmes heures, sauf quelques invisibles qui viendront faire le ménage ensuite. Nourris, chauffés et transportés par des ressources qui – un rapide scan des sous-sols permet de le constater – s’épuisent inexorablement. Petites découvertes inquiétantes lorsqu’il survole des villes de moindre importance : ces bouilloires géantes qui recourent à la dangereuse fission nucléaire pour chauffer de l’eau, destinée ensuite à faire tourner des turbines. Toujours aussi surprenants, ces terriens !

Ce 8 février se tient donc à Paris une réunion du parti choisi par une majorité de Français, il y a cinq ans (soit cinq révolutions autour de l’astre solaire), pour présider temporairement à leurs destinées. Une petite sonde, et notre voyageur spatial entend l’un des doyens de l’« UMP », un industriel du nom de Serge Dassault, décliner sa barbare vision de la hiérarchie sociale : « On ne travaille pas assez en France, on le dit depuis des années. (…) Qui va faire la croissance ? Qui va faire les emplois ? C’est pas les pauvres… Alors les riches, c’est bien, faut les garder ! » Avant d’être acclamé. Une rapide biographie s’impose : celui qui parle est la 6e fortune de France (6,8 milliards d’euros en 2010), qui a accumulé son patrimoine en grande partie grâce à l’argent du contribuable, qui lui paie les avions de combat que ses ouvriers fabriquent. Pathétique !

L’une qui recommande aux sans-abri de ne pas sortir du chez-soi qu’ils n’ont pas, tandis que l’on chauffe des pelouses utilisés quatre-vingt-dix minutes par semaine. L’autre dont la famille n’a plus besoin de travailler sur plusieurs générations grâce à l’argent public accumulé, qui exige de ses concitoyens qu’ils travaillent plus (pour que lui et ses pairs gagnent plus)… Et ce ne sont que deux exemples, parmi un flot d’aberrations qui s’affichent dans la colonne archives. Décidément, cette société est bien étrange. Et ne vaut pas, de loin, sa civilisation, située à quelques années-lumière, où le respect de l’individu et le sens de l’intérêt général ont bien été compris. Pas question que l’USS Enterprise se pose ici. De toute façon, malgré les technologies ultramodernes que nous apportons, nous serions expulsés.

Spock

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