Inégalités

Société générale : le PDG augmenté de 75%, le guichetier de 1%

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La Société générale a annoncé la suppression d’un millier de postes, dont la moitié en France. Objectif : redresser le cours de l’action, augmenter le bénéfice du groupe et diminuer l’exposition aux risques. Une future réduction des coûts qui ne concerne pas le PDG Frédéric Oudéa, qui voit sa rémunération approcher les 2,5 millions d’euros, ni les traders de la banque qui renouent avec une croissance extravagante de leurs bonus. Le guichetier, lui, attend la restructuration à venir.

A la Société générale, un employé de base gagne en moyenne 1 734 euros bruts par mois – soit 20 800 euros bruts par an – plus un intéressement annuel d’environ 1134 euros (en 2011). Ces techniciens des opérations bancaires, guichetiers ou téléopérateurs, peuvent s’estimer heureux : ils ont gagné en moyenne 23 euros de plus en 2011 qu’en 2010 [1]. La même année, leur PDG, Frédéric Oudéa avait, lui, consenti un lourd sacrifice, montrant la voie de l’austérité aux 42 000 employés de la banque en France : « La rémunération variable annuelle brute de M. Frédéric Oudéa au titre de 2011 s’élève à 682 770 EUR. Elle est en baisse de 43 % par rapport à l’exercice précédent », précise le document de référence que la Société Générale a transmis début mars 2013 à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Une rémunération variable à laquelle il convient d’ajouter la rémunération fixe d’un million d’euros.

Deux mois plus tard, plus question de s’imposer une telle rigueur : le comité de rémunération a finalement décidé de récompenser les sacrifices de l’ancien inspecteur général des finances, qui a pris les rênes de la banque en 2009, un an après le krach financier. Le document transmis à l’AMF vient d’être actualisée, le 10 mai. Si le million d’euros de rémunération fixe ne bouge pas, la part variable s’envole de 75%, passant à 1 194 000 euros. Les résultats de la banque en 2012 sont pourtant médiocres : la « rentabilité des capitaux propres » s’est effondrée à 1,1% (contre 6% en 2011) et le bénéfice net du groupe a été divisé par trois, n’atteignant « que » 774 millions d’euros. Sûrement la faute du guichetier.

Compensation financière pour cause de promotion

Ce n’est pas le seul lot de consolation accordé à Frédéric Oudéa, après un début de mandat de quasi-disette, lorsque le PDG avait « renoncé » à ses rémunérations variables au titre des exercices 2008 et 2009, pour cause de crise et, probablement, de médiatisation. Quand l’ancien cadre salarié de la banque a été nommé PDG, il a dû rompre son contrat de travail et a donc perdu une partie de ses droits à la retraite complémentaire. « Un complément de rémunération » lui a donc été accordé pour éviter qu’il vive ses vieux jours dans la misère, faute d’avoir complété ses annuités. Et cette « compensation » pour cause de promotion s’élève à 300 000 € par an. Soit des émoluments approchant au total les 2,5 millions d’euros.

On imagine déjà les cris d’orfraie qui auraient accompagné de telles pratiques – toute proportion gardée – dans la Fonction publique ou chez les cheminots. Mais sur le cas Oudéa, silence. Les directeurs généraux et les proches collaborateurs du PDG profitent d’avantages équivalents : en 2011, les dix plus fortes rémunérations approchaient les 24,5 millions d’euros, en augmentation de 50% en deux ans. Quand le guichetier de base, dont les services sont payés 127 fois moins que ceux du grand patron, se voit, de son côté, octroyer une augmentation de… 1,3%.

Record absolu du recours aux stagiaires…

Cette hausse de la rémunération du PDG s’inscrit pourtant dans un contexte où la direction cherche à réaliser des économies, histoire de remonter le cours de l’action (dont dépend l’ampleur des prochaines parts variables des dirigeants) et de se conformer aux nouvelles règles d’exposition aux risques (Bâle 3) : la banque doit disposer de 10% de capitaux propres comparé à l’ensemble de ses encours, placements financiers et prêts (pour 100 € prêtés ou investis, la banque doit en posséder 10 €). Or, fin mars, cette couverture n’était que de 8,7%. Pour augmenter les capitaux propres, le bas de la pyramide sera mis à contribution. La Société générale a ainsi annoncé la suppression future de plus d’un millier de postes dans le monde (sur 154 000 salariés), dont environ 500 en France. Face à ce dégraissage, et au souhait de la direction de délocaliser une partie des services comptables en Roumanie, l’ensemble des syndicats représentatifs ont négocié un accord neutralisant, selon Philippe Fournil, délégué CGT, « les effets négatifs de l’ANI », l’Accord national interprofessionnel voté par la gauche gouvernementale.

« La direction ne pourra pas licencier un salarié au motif qu’il refuse la mobilité interne (synonyme de déplacement géographique, ndlr). De plus cet accord impose à la direction de trouver des solutions de reclassement interne pour les salariés dont les postes seront supprimés », explique le délégué CGT dans L’Humanité. Si la direction ne veut pas flexibiliser le travail comme elle l’entend, restera toujours le recours aux stagiaires, dont la Société générale détient le record absolu. En 2011, 11 241 stagiaires ont défilé dans les bureaux et agences de la banque (quand BNP Paribas n’en compte que 2 766 pour un effectif similaire). Soit, en proportion, 26,7% de l’effectif permanent !

… Et explosion des bonus pour les traders

Un souci d’économies qui n’empêche pas la Société générale de payer ses traders au prix fort : les 2 880 traders et « preneurs de risques » ont perçu une rémunération moyenne de 292 000 euros en 2012, selon L’Agefi. Dont un bonus variable qui « a bondi de 45% », selon le site d’informations financières. Les banques concurrentes ont repris, elles aussi, les bonnes vieilles traditions, d’avant la chute de Lehman Brothers : BNP Paribas rémunère en moyenne 335 339 euros chacun de ses 3 189 traders, et le Crédit agricole 236 952 euros ses 1 207 « preneurs de risques ». La crise, c’est pour ceux qui triment dans l’économie réelle, et se débattent avec des clients ou des PME mécontents.

Frédéric Oudéa est le PDG qui s’est le plus augmenté en quatre ans : 99% depuis 2009, soit des revenus multipliés par deux. Sa rémunération demeure cependant inférieure à celle de son principal rival, Jean-Laurent Bonnafé. Le Directeur général de BNP Paribas perçoit près de 2,9 millions d’euros au titre de l’exercice 2012 [2]. Une augmentation de 42% par rapport à 2012. En bas de l’échelle, les 20 000 techniciens de BNP Paribas ont été augmentés en moyenne de 2,8% entre 2010 et 2011. La banque de détail et le service aux usagers, ce n’est pas cela qui compte.

Ivan du Roy

(@IvanduRoy sur twitter)

Photo CC Damien

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