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Qualité de l’air

Nouvelles règles anti-pollution pour les centrales au charbon : vers plus de mercure et de particules fines

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L’Union européenne se prépare à adopter de nouvelles réglementations sur la qualité de l’air. Celles-ci s’appliqueront notamment aux centrales électriques au charbon, qui sont les plus polluantes d’Europe. Problème : alors que la surmortalité causée par la pollution de l’air est de plus en plus pointée du doigt, les nouvelles normes proposées sont inférieures à celles qui existent ailleurs dans le monde, y compris en Chine ! Dans un rapport, Greenpeace pointe l’énorme influence des industriels de l’énergie au sein du groupe de travail chargé de concevoir ces nouvelles règles anti-pollution. La moitié des membres du groupe de travail sont des employés des industriels, dont EDF, y compris au sein des représentants des Etats.

En plus d’être une source majeure de gaz à effet de serre, le charbon brûlé dans les centrales pour produire de l’électricité est l’une des principales causes de pollution de l’air en Europe et dans le monde. Dioxyde de soufre, mercure, monoxyde d’azote, arsenic, plomb ou cadmium : ces particules présentes dans les fumées ont d’importantes conséquences sanitaires, puisqu’on estime à plus de 20 000 le nombre annuel de décès prématurés en Europe du fait de la pollution générée par les centrales électriques au charbon. 200 000 nourrissons européens naissent chaque année avec des niveaux de mercure dans le sang assez élevés pour perturber leur développement neurologique.

Dans le cadre de la révision de sa directive sur les émissions polluantes industrielles, l’Union européenne travaille sur de nouveaux standards de pollution de l’air qui s’appliqueront notamment aux centrales à charbon. Une instance appelée Bureau européen de prévention et réduction intégrées de la pollution (IPPC, selon l’acronyme anglais) est chargée de proposer ces nouvelles normes. L’organisation écologiste Greenpeace a étudié la proposition mise sur la table par le « groupe de travail technique » de l’IPPC. Surprise ! Elle découvre que les normes en discussion, si elles entraîneraient bien une réduction des émissions des centrales les plus nocives, restent bien inférieures à celles en vigueur aux États-Unis, au Japon... et même en Chine ! Ce pays est pourtant souvent présentée comme le plus mauvais élève de la planète dans ce domaine, malgré des normes ambitieuses qui ne semblent pas, pour l’instant, véritablement respectées.

Cinq fois plus de mercure, deux fois plus de particules fines

Les normes proposées à l’Europe sont également inférieures aux émissions actuelles des centrales au charbon les plus modernes. Selon Greenpeace, elles autoriseraient des émissions de dioxyde de soufre cinq fois supérieures à celles des meilleures centrales actuelles. Pour le monoxyde d’azote, le plafond est 2,5 fois plus élevé, cinq fois plus pour le mercure, et deux fois plus pour les particules fines. Les centrales à charbon européennes pourraient, par exemple, émettre entre 75 mg/Nm3 et 130 mg/Nm3 – microgramme par normomètre cube, l’unité de mesure d’un gaz dans des « conditions normales de température et de pression » [1] – de dioxyde de soufre. Des normes deux à quatre fois plus élevées qu’au Japon ! Les poumons des européens auraient-ils des capacités filtrantes supérieures ?

Comment expliquer ce manque d’ambition ? Pour Greenpeace, c’est le résultat de la pression des industriels, désireux de maintenir en fonction leurs centrales très anciennes... et très polluantes. C’est en Allemagne, au Royaume-Uni et en Pologne que se trouvent la plupart des centrales les plus sales. « La centrale de Bełchatów en Pologne remporte la palme des centrales les plus polluantes. L’Allemagne arrive juste après avec les centrales de Neurath et de Niederaussem. La centrale à charbon britannique de Drax arrive en sixième position. La Grèce et l’Italie comptent également des centrales parmi les dix plus polluantes en Europe, respectivement la centrale d’Agios Dimitrios (8e position) et celle de Brindisi Sud (9e position) », décrivait le site d’information Euractiv suite à la publication, en juillet 2014, du rapport Dirty 30, pointant les centrales électriques les plus polluantes d’Europe [2]. L’électricien français EDF en possède trois, au Royaume-Uni et en Pologne.

Des États noyautés par l’industrie du charbon

Une majorité de gouvernements semblent avoir choisi de soutenir la frilosité des industriels. Mais c’est surtout la composition du « groupe de travail technique » qui est surprenante. Y siègent 172 représentants des 27 pays membres, 137 représentants des industriels, 8 membres d’ONG et 25 représentants de la Commission européenne. Les industriels semblent minoritaires ? En apparence seulement : plusieurs délégations officielles nationales sont majoritairement composées... d’employés des grandes entreprises européennes les plus impliquées dans le charbon !

La délégation espagnole en compte huit sur douze (Iberdrola, Endesa), celle du Royaume-Uni cinq sur neuf (EDF, RWE, E.ON) et celle de la Grèce remporte la palme dans ce domaine puisque six de se ses sept représentants sont des employés de l’entreprise publique PPC, qui détient d’importants actifs dans le lignite. Qu’en disent les écologistes de Syriza ? L’entreprise publique française EDF est présente dans deux délégations officielles, celle de la Pologne et celle du Royaume-Uni ! Résultats : les représentants de l’industrie sont majoritaires : 183 membres sur 352 y portent la voix et les intérêts du secteur privé.

L’influence des lobbies du charbon va encore plus loin. Greenpeace montre que les contributions du ministère de l’Environnement espagnol et de l’Agence de l’environnement irlandaise ne sont qu’un copier-coller des positions du lobby Eurelectric, qui représente les grandes compagnies d’électricité européennes. La France est l’un des rares pays, avec l’Allemagne, la Suède ou les Pays-Bas, qui ne compte pas d’employés d’entreprises privées dans sa délégation officielle. Elle fait cependant partie des pays qui ont également poussé à l’affaiblissement des standards. Les seuls bons élèves, selon Greenpeace, sont les Pays-Bas, la Suède et l’Autriche. Les nouvelles normes en cours de discussion seront validées par les États membres et la Commission européenne entre septembre 2015 et janvier 2016. Qui, des anti ou des pro pollutions, sortira vainqueur ?

Olivier Petitjean, avec Ivan du Roy

Photo : CC Seth Anderson

- Le rapport complet réalisé par Greenpeace est disponible ici (en anglais) [3].

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