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COP 21

Pour sauver le climat, le gouvernement choisit des sponsors très controversés

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On attendait depuis plusieurs semaines de connaître le nom des multinationales appelées à devenir les sponsors officiels de la Conférence climat de Paris (COP21), qui doit se tenir à la fin de l’année. Le ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius vient de rendre publique la liste de ces sponsors, qui confirme les craintes des associations et des militants du climat. Y figurent notamment des firmes énergétiques fortement investies dans le charbon – EDF et Engie (ex GDF Suez) – et une banque championne européenne du financement des énergies fossiles (BNP Paribas).

Ces multinationales apporteront soit des financements, soit des prestations en nature. Renault mettra par exemple à disposition une flotte de voitures électriques. Dans tous les cas, ces contributions pourront être défiscalisées à hauteur de 60%, en tant que mécénat [1] .

Le grand renoncement

Il y a quelques semaines, à l’occasion de la « fuite » des premiers noms des sponsors potentiels, un article de l’Observatoire des multinationales notait déjà l’absence de critères clairs pour déterminer le degré de respectabilité climatique attendu des sponsors. Les organisateurs de la COP21 affirmaient pourtant avoir tiré les leçons des controverses qui avaient marqué la conférence, organisée en Pologne en 2013, sponsorisée par des grandes entreprises privées ouvertement favorables au charbon, la plus polluante des énergies fossiles (lire notre enquête.)

Finalement, le gouvernement français semble avoir décidé d’accepter à peu près n’importe qui. Malgré les déclarations officielles mettant en avant les « promesses » des entreprises concernées et leur « engagement » en faveur du climat, il aurait été difficile d’envoyer un message aussi négatif à quelques mois de la COP21.

Les négociations aux mains des pollueurs ?

EDF et Engie (GDF Suez), tout d’abord, sont deux entreprises fortement engagées dans le secteur du charbon au niveau mondial, comme vient de le rappeler un rapport d’Oxfam et des Amis de la Terre (lire notre article). Pour ce qui est de leur supposé engagement dans les énergies renouvelables, il s’agit surtout de construire des mégabarrages en Amazonie, sources de désastres sociaux et environnementaux pour des bénéfices climatiques très douteux (lire notre dossier).

BNP Paribas est la championne européenne du financement des énergies fossiles - charbon, gaz et pétrole confondus. Depuis 2005 et la signature du Protocole de Kyoto, la première banque de la zone euro a investi plus de 15 milliards d’euros rien que dans l’extraction de charbon (voir le Livre noir des banques). Contrairement à ses paires comme le Crédit agricole, elle n’a jamais voulu prendre aucun engagement précis en terme de désengagement des énergies fossiles et de retrait du charbon (lire ici).

Comme le notent les Amis de la Terre, Attac France, Corporate Europe Observatory, 350.org et WECF dans un communiqué acerbe, on retrouve aussi dans la liste « Air France, entreprise aéronautique opposée à la réduction des émissions dans le secteur de l’aviation, le groupe Renault-Nissan, fabricants d’automobiles extrêmement polluantes, Suez Environnement connue pour sa participation au lobby pro-gaz de schiste français ». Ces associations « redoutent que les négociations se retrouvent aux mains des pollueurs ». Sans oublier des multinationales pointées du doigt pour leurs pratiques fiscales (Ikea, LVMH, BNP Paribas notamment)

« Business as usual »

Au-delà des controverses associées aux pratiques de telle ou telle entreprise, c’est le rôle privilégié ainsi accordé aux multinationales dans la Conférence climat qui pose un problème de fond. Les entreprises ont certes un rôle à jouer pour favoriser le changement. Mais le discours officiel de ceux qui soutiennent l’implication des grandes entreprises dans la Conférence climat revient généralement à entériner une seule idée : l’action en matière climatique ne doit pas remettre en cause l’ordre économique établi.

Avec une telle logique, on peut d’ores et déjà être assuré que les mesures prises ou annoncées lors de la Conférence climat de Paris en décembre resteront minimales, bien en-deçà de ce qui serait nécessaire pour prévenir les effets les plus dramatiques du dérèglement climatique. On peut aussi être assuré que ce seront les citoyens, les usagers et les consommateurs, et non pas les entreprises et leurs actionnaires, qui en supporteront les coûts (lire notre article). Les contributions annoncées aujourd’hui par les multinationales ne portent que sur 10% du budget de l’organisation de la COP21, alors que l’objectif officiel est que 20% des 187 millions d’euros nécessaires soient apportés par des partenaires privés. De nouveaux sponsors seront donc probablement annoncés dans les semaines à venir. On peut désormais s’attendre à tout.

Olivier Petitjean

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