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Débattre Loi Travail

« Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que tout tient grâce à nous et… malgré eux »

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Et si nous racontions notre quotidien au travail, nos difficultés et nos humiliations, nos attentes et nos espoirs ? C’est l’appel lancé fin février par un groupe de youtubeurs, pour dénoncer le projet de loi Travail. Depuis, #OnVautMieuxQueCa est devenu un cri de protestation, rassemblant les témoignages de centaines de jeunes qui réclament une vie plus digne. Quelques-uns des initiateurs de cette mobilisation publient un petit manifeste. « Qu’attendre des "experts" et des "dirigeants" qui, depuis 30 ans, proposent les mêmes solutions pour sortir d’une interminable crise ? » , demandent-ils. Et si nous vivions le début d’un « retournement de perspective, dans un débordement des formes de pensées, d’actions et d’organisation traditionnelles, qui partirait des citoyens ordinaires ? » Extraits choisis.

Nous sommes vidéastes, internautes, citoyens. Par les chaînes YouTube que nous animons ou auxquelles nous contribuons (Osons Causer, Le Fil d’Actu, Le Stagirite, Fokus), nous voulons montrer que la politique ne se réduit ni au jeu des partis et de leurs batailles de chefs, ni à mettre un bulletin dans l’urne, ni à s’engueuler dans des repas de famille. En posant un regard différent sur l’actualité, les discours médiatiques et certaines initiatives politiques, nous cherchons à diffuser des idées qui nous ont nous-mêmes aidés à y voir plus clair. Engagés mais pas partisans, indignés mais pas agressifs, bienveillants mais pas naïfs, nous voulons créer des espaces où l’on se retrouve pour aiguiser notre esprit critique, où l’on réalise tout ce qui nous rassemble, où l’on se partage informations et connaissances.

Il faut remercier le projet de loi El Khomri d’avoir été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de notre indignation et nous a réunis avec d’autres autour de l’initiative #OnVautMieuxQueCa. Alors que nous étions chacun révoltés mais isolés, ce fut l’occasion d’inscrire notre projet collectif dans un mouvement plus vaste dont il ne fut ni l’initiateur, ni le moteur, ni le cerveau, mais un carburant parmi d’autres.

***

« Ces gens-là ne nous croisent jamais, ne nous voient jamais. Ils envisagent notre monde de beaucoup plus loin, de beaucoup plus haut. Ils nous réduisent au feu doux de la statistique. Pour eux, nous sommes un chiffre, une variable, un indicateur. Rien d’étonnant alors à ce qu’ils nous condamnent sans ciller. Ce n’est pas nous qu’ils voient, mais une équation qu’ils équilibrent. Et quand nous ne sommes pas des chiffres, nous sommes réduits au rang de maillon dans une chaîne de production. Voilà leur autre manière de nous considérer.

Ils ont mis le monde en règles, en plans, en procédures. Ils nous demandent de rentrer dans les cases de ces tableaux sans comprendre. Leurs plans sont tellement détachés du terrain que si les appliquait scrupuleusement, on en viendrait souvent à suivre des ordres incohérents, absurdes et, dans le pire des cas, contradictoires. Où est la logique quand on doit louper un entretien d’embauche parce que Pôle emploi refuse de décaler un rendez-vous – expérience vécue ? Et pendant cet entretien, pourquoi doit-on faire semblant de croire que oui, on saura prendre des initiatives (mais sous la validation du manager) et aussi jouer collectif (tout en étant payé à la performance individuelle) ? » (…)

« Est-ce que la prime justifie d’oublier tout cela ? »


« L’été dernier, j’ai dîné chez mon oncle, avec mes cousines. L’une d’entre elles, 22 ans à peine, nous racontait son nouveau boulot. Ouvrière dans une usine de packaging, elle venait d’être promue chef d’équipe. Elle était toute fière d’elle. Ça faisait quelques semaines. Toute fière aussi de nous raconter à quel point elle avait su se prendre en main, gagner la confiance de ses chefs. Pas comme ses ex-collègues,
maintenant sous ses ordres, qui eux n’étaient évidemment qu’une bande de fainéants sans ambition qu’il fallait forcer à travailler. Sa promotion dans l’univers des winners lui rapporte 150 € par mois. »

Gwendal, co-auteur du livre

« On le sait, pourtant, que ça déborde des cases. On le sait d’autant mieux que c’est à nous de les remplir, ces cases. Parfois, on se retrouve à manager, à devoir fliquer nos collègues et transformer leurs actions en chiffres dans un tableau d’indicateurs. Ceux d’en haut nous poussent à voir le monde à travers leurs lunettes, des lunettes tellement déformantes qu’elles font perdre de vue le bon sens. On en oublie notre propre dignité, on s’identifie à ceux qui nous utilisent. Les ordres absurdes, on en reçoit deux quand on en donne un, et si on n’y prend pas garde, on finit par y croire. Est-ce que la prime justifie d’oublier tout cela ? » (...)


« Un ami et collègue est poussé à la démission, plus possible de payer son loyer, peu d’aide de ses parents. Au même moment je détruis ma voiture dans un accident, sur le trajet du travail, pour rattraper un retard. J’héberge avec grand plaisir mon ami, il me rend un sacré service en me prêtant sa voiture, quitte à prendre des risques vis-à-vis de l’assurance. L’entraide, tout simplement. »

Fabrice, co-auteur du livre.

« Nous devenons une force créatrice »

On tente de donner une bonne éducation à nos mômes, de leur apprendre à partager et à savoir vivre avec les autres. On tente de ne pas faire de bruit quand les autres dorment encore. On tente de soutenir nos proches quand ils se sentent mal. On tente d’intégrer dans nos vies des petits gestes écolos. On tente de mettre un peu de beauté autour de nous, en jardinant, en embellissant nos lieux de vie. On tente d’animer nos quartiers en allant dans les petits commerces plutôt qu’à la grande surface.

Bref, on tente d’améliorer nos vies, chacun de notre côté, en voyant bien qu’on ne peut pas être heureux tout seul quand, tout autour, ça déconne.

Et nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que tout tient grâce à nous et… malgré eux. On est de plus en plus nombreux à comprendre qu’on rend déjà le monde plus vivable que ce à quoi leurs décisions nous destinent. Et, en plus, on commence à se croiser les uns les autres. Certes, on peut parfois avoir l’impression d’être seul dans cette réalité, mais il suffit de lever les yeux pour reconnaître tous ceux qui la vivent aussi. Notre exaspération et nos aspirations, loin d’être marginales, sont en réalité partagées par une très grande majorité de personnes qui s’y reconnaissent.

Nous commençons à comprendre : nous ne sommes pas seuls, nous sommes le monde qui tourne, nous sommes déjà ensemble. En en prenant conscience, en nous reconnaissant dans l’autre, nous devenons plus qu’une somme d’individus esseulés. Nous devenons une force créatrice. »

« Nous exigeons des vies dignes »

« Ceux qui voudraient que les désirs égoïstes fassent tourner le monde ont déjà échoué. Le mal-être qui nous afflige aujourd’hui, c’est l’effondrement d’un ancien monde devenu trop froid et arrogant, aux valeurs dépassées et aux schémas de pensée étriqués. Leur « crise », c’est leur fin, mais surtout notre début. Le monde d’après est celui qu’on construit jour après jour.

Le changement ne viendra pas d’eux, ils ont eu assez de temps pour changer les choses et n’ont rien fait. C’est à nous maintenant. Pourquoi n’oserions-nous pas le dire haut et fort ? Pourquoi serait-ce naïf ou irréaliste ? L’irréalisme réside chez ceux qui croient qu’on peut continuer à vivre ainsi. Nul besoin qu’on nous donne le droit d’affirmer notre existence, notre réalité : on le prend.

La vie nous rend tous bien plus responsables et capables que la pseudo-élite qui n’a jamais eu à gérer la difficulté des fins de mois ou la déprime du lundi matin. Nul autre que nous ne connaît mieux nos propres vies. Ce balbutiement de la conscience laisse peu à peu place à une voix forte et assurée. On se parle, on est des millions à signer une pétition, à nous saisir d’un cri : « On Vaut Mieux Que Ça », à se faire héros et héroïnes de notre réalité commune. On est ceux qui, en uniforme ou en blouse blanche, protègent et défendent les vies.

On est ceux qui portent l’exigence de la qualité et du travail bien fait lorsqu’il s’agit de la terre qui nous nourrit. On est ceux qui protègent le droit à travailler dans des conditions dignes. On est les anciens qui se chargent des petits que la crèche n’accueille plus. On est les jeunes que les difficultés matérielles n’empêchent pas de vouloir apprendre et se former pour être utiles au monde de demain.

On est ceux qui transmettent leurs savoirs. On est ceux qui tentent de rendre le monde un peu moins gris en créant. On est ceux à qui on ne laisse pas de place mais qui construisent quand même.

Montrons-leur nos vies, nos réalités, tout ce que leur monde nous doit. Faisons que notre réalité s’exprime si fort qu’elle les submerge, pour qu’enfin, ils ne puissent plus nous ignorer ni prendre de décision hors-sol, sans nous. C’est depuis nous, par nous et avec nous que nos vies doivent être construites et dirigées.

Car ce n’est pas seulement une réalité que nous partageons, c’est aussi un rêve. Mais un rêve très sérieux.

Nous rêvons d’un pays qui place ses citoyens au-dessus des critères d’équilibre budgétaire. Nous rêvons d’un pays qui garantisse à tous un environnement sain et durable.Nous rêvons d’un pays construit sur le bon sens, où la valeur des gens passe avant celle des choses. Nous rêvons d’un pays qui protège tous ses enfants sans distinction. Nous rêvons d’un pays qui donne à tous les meilleurs soins, la meilleure nourriture, la meilleure éducation. Nous rêvons d’un pays qui nous encourage à donner le meilleur de nous-mêmes.

Nous exigeons des vies dignes. Nous voulons pouvoir être fiers de nous, fiers de ce que nous faisons, fiers de ce que nous construisons. Tout simplement parce qu’on vaut mieux que ça. »

Fabrice, Gwendal, Johann, Ludo, Marion, Stéphane, Tatiana, Tommy et Xavier

Ces extraits sont tirés du livre #OnVautMieuxQueÇa, publié le 28 avril chez Flammarion, écrit par Fabrice, Gwendal, Ludo, Johann, Marion, Stéphane, Tatiana, Tommy et Xavier, connus notamment pour les chaînes Youtube Osons Causer, Le Fil d’Actu, Le Stagirite et Fokus. Certains d’entre eux font partie des youtubeurs à l’origine du collectif #On vaut mieux que ça, dont ils ne sont aujourd’hui plus membres (lire les explications ici et ).

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