Infractions

Manifestants blessés : les vidéos qui témoignent de l’escalade de la violence policière

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La contestation contre le projet de Loi travail reste forte avec près de 300 000 manifestants dans la rue (153 000 personnes selon la police) le 26 mai. Mais cette huitième journée de mobilisation a été marquée par des affrontement violents entre la police et les manifestants, avec pour conséquences de nombreux blessés, dont un journaliste indépendant, très sérieusement touché en fin de ­manifestation à Paris. Ce soir-là, quatre policiers arrêtent un lycéen avant d’être pris à partie par des manifestants. Ils se réfugient dans le jardinet d’une résidence et appellent des renforts. En voulant dégager leurs quatre collègues, d’autres policiers font usage d’une grenade dite « de désencerclement ». Quelques secondes après le lancer, un homme s’écroule, comme en témoigne cette vidéo (à partir de la 6e minute), réalisée par Loïc Gazar :

L’état du jeune homme de 28 ans, conscient lors de son évacuation, s’est ensuite détérioré. Samedi soir, la préfecture de police de Paris a indiqué que Romain D. était toujours dans un état « stationnaire mais grave ». « Il est plongé en coma artificiel à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et souffre d’un enfoncement de la boîte crânienne », a précisé le site Taranis News dimanche soir sur sa page facebook. « Les médecins s’attendent à ce qu’il souffre d’importantes séquelles neurologiques, quand il sera sorti du coma ».

Deux enquêtes sont en cours, l’une administrative afin d’établir les circonstances de l’usage de la grenade, l’autre judiciaire confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). « On ne comprend pas pour l’instant comment l’usage d’une grenade de désencerclement, apparemment lancée à ras de terre comme le prévoit le règlement, a pu provoquer une blessure à la tempe », a confié au JDD une source au ministère de l’Intérieur. Un secouriste présent sur place apporte un autre point de vue dans Le Monde : « L’usage des grenades de désencerclement doit permettre de se dégager face à un péril imminent, quand les forces de l’ordre sont acculées. Or là, dans ce mouvement social, elles les utilisent pour ouvrir une charge. C’est quelque chose qu’on n’avait pas vu dans les mobilisations précédentes. »

De nombreux blessés

Selon un bilan obtenu par Mediapart au soir du 26 mai à Paris, « une quarantaine de personnes ont été blessées, et trois manifestants touchés par des tirs de Flash-Ball, dont un à la mâchoire ». Les violences ont émaillé les cortèges dans d’autres villes. À Caen, un manifestant à terre a été roué de coups de matraques et de coups de pied, comme en témoigne la vidéo ci-dessous. Selon le directeur départemental de la sécurité publique interrogé par le site Normandie-Actu, les policiers étaient « en légitime défense » : « On a pris plusieurs jets de projectiles, à plusieurs reprises. Il y a eu des sommations à quatre ou cinq reprises ». L’IGPN a été saisie vendredi après qu’une plainte a été déposée pour « violences commises par une personne chargée de mission de service public ».

À Toulouse, une vidéo montre un policier repousser sans ménagement une femme, en portant une main à son visage et en l’arc-boutant sur une rambarde avant que la manifestante ne tombe au sol. « Il ne semble pas y avoir de raison claire à ce geste démesuré », précise le site Actu Côté Toulouse. « Selon une précédente vidéo publiée sur le même compte Twitter, la manifestante venait de s’approcher des forces de l’ordre pour tenter de donner un pull à un autre manifestant arrêté torse nu. »

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A Bordeaux, une professeure retraitée, militante à Sud Éducation, témoigne avoir été matraquée et frappée à terre ce qui lui a valu huit point de suture sur la tête. Sur la photo publiée sur un blog, à terre et entourée de policiers, Maryse « se tient la tête. Elle ne sait pas trop si c’est à cause du coup de matraque, du coup de bouclier pour la faire tomber ou du flic qui l’a tirée au sol par les cheveux parce qu’elle gênait le passage des collègues. »

Un policier en civil dégaine son arme de service

« Il n’y a aucune consigne de retenue, aucune consigne de ne pas interpeller, aucune consigne de ne pas aller jusqu’au bout pour ne pas appréhender les casseurs », avait martelé Manuel Valls, le 19 mai, chez RTL. Cette absence de « consignes de retenue » des forces de l’ordre s’est confirmée le 26 mai. Dans l’après-midi, un policier en civil est pris à partie par une quinzaine de manifestants, rapporte Libération. « Des bouteilles de verre sont lancées dans sa direction, sous les cris de "Dégage ! Sale flic, on t’a reconnu !" », détaille le journaliste. Le policier en civil sort alors son arme à feu et la braque sur les manifestants, avant de la ranger.

© Cyril Zannettacci

Interrogée par Libération sur ce geste du policier, la préfecture rétorque, « qu’il s’agit d’une attitude purement défensive, destinée à s’extraire d’un contexte où l’intégrité physique était sans nul doute menacée ». Et d’ajouter : « A ce moment précis, les assaillants disposaient de barres de fer, de bâtons et de mortiers. » Le photographe Cyril Zannettacci, témoin de la scène, précise de son côté n’avoir « pas vu de barres de fer, ni de mortiers ». Et questionne : « Était-il bien utile et justifié de mettre tout le monde en joue ? »

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