Santé publique

La pollution de l’air creuse le déficit de la sécu et coûte cher à la société

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La pollution coûte très cher à la société. C’est la conclusion d’un rapport tout juste rendu public de la sénatrice écologiste Leila Aïchi. Entre les dépenses de santé directement provoquées par la pollution, les coûts indirects liés aux décès prématurés et l’impact sur la baisse des rendements agricoles, la perte de biodiversité, la dégradation des bâtiments ou encore les dépenses de prévention, le coût global de la pollution de l’air en France tourne autour de 100 milliards d’euros par an selon les évaluations de la parlementaire.

3 milliards d’euros par an de dépenses de santé

Les coûts sanitaires directement liés à la pollution de l’air se mesurent assez facilement par les dépenses de santé de l’assurance maladie : hospitalisations, soins, indemnités de congés maladie ou pensions d’invalidité. La sécurité sociale débourse ainsi chaque année entre un et deux milliards d’euros pour la prise en charge des cancers, maladies respiratoires et cardiovasculaire liées aux émissions atmosphériques… À cela s’ajoute un milliard d’euros pour la prise en charge des maladies professionnelles liées à la pollution de l’air. L’élue arrive ainsi à la somme de 3 milliards d’euros annuels de dépenses publiques directement dues aux émissions polluantes. Soit pas loin d’un quart du déficit de la sécurité sociale en 2014 (qui était de 13,2 milliards [1]).

Le chiffre est probablement bien plus élevé. « Ce coût est fortement sous-évalué, en raison du faible nombre de polluants ou de pathologies associées retenu par ces études et du périmètre des coûts pris en compte qui exclut un certain nombre de dépenses de santé », prévient le rapport.

Viennent ensuite les coûts économiques et sociaux qui sont liés non pas aux dépenses de l’assurance maladie, mais aux morts prématurées et à la perte de bien-être provoqués par les pathologies de la pollution de l’air. Ceux-ci sont beaucoup plus difficiles à chiffrer, mais beaucoup plus importants. Pour les délimiter, le rapport parlementaire se base principalement sur une évaluation de 2005 du programme européen « Air pur pour l’Europe ». Selon cette étude, le coût sanitaire global des décès et pathologies liées à la pollution atmosphérique s’établit entre 68 et 97 milliards d’euros par an pour la France.

Un montant à mettre en lien avec le nombre de décès prématurés provoqués par les émissions polluantes. Les deux polluants que sont l’ozone et les particules auraient par exemple provoqué en 2000 la mort prématurée de près de 45 000 personnes en France, ainsi que plus de 15 000 hospitalisations pour des causes respiratoires et cardiaques, d’après les même travaux du programme européen.

« L’effet cocktail n’est pas pris en compte »

Le rapport du Sénat pointe aussi les coûts non sanitaires des émissions atmosphériques : ceux des impacts sur les rendements agricoles et la biodiversité, sur l’érosion des bâtiments et les dépenses de prévention. Pour ce volet, il arrive à un coût minimal de 4,3 milliards d’euros par an.

Le chiffre de 100 milliards d’euros prend donc en compte un large faisceau de dépenses engendrées par la pollution de l’air. Il reste pourtant sûrement bien en-deçà du coût réel. « Les coûts de la pollution de l’air sont fortement sous-évalués », note Leila Aïchi, notamment en raison de la méconnaissance des effets de long terme des polluants. « Par ailleurs, l’effet cocktail des différents polluants de l’air n’est pas pris en compte dans les différentes études épidémiologiques menées. »

Il y a quelques mois, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) alertait elle aussi sur les effets économiques et sociaux de la pollution atmosphérique. Elle chiffrait à 1575 milliards de dollars (1445 milliards d’euros) les coûts induits par les maladies et les morts prématurées liés à la pollution de l’air en Europe.

En période de restrictions budgétaires, qu’attendent donc les gouvernements européens pour agir contre la pollution ? Pour la France, la sénatrice écologiste Leila Aïchi émet déjà une série de propositions : mettre fin à l’avantage fiscal au diesel, particulièrement polluant, envisager une taxe sur les émissions d’azote, d’oxydes d’azote et de particules fines, ou encore développer le fret ferroviaire.

Rachel Knaebel

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