Alternative agricole

L’agroécologie au secours des petits paysans

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Confidentielle en France, l’agroécologie se développe au Brésil. Grâce à des rendements améliorés, elle permet aux petits exploitants de s’assurer des revenus décents tout en préservant l’environnement. Une nouvelle révolution vraiment verte ?

Photo : © Basta !

L’agro-écologie peut-elle sauver les petits paysans de la pauvreté ? Et leur éviter de se livrer pieds et poings liés à l’agriculture productiviste et à son cortège de pollutions chimiques ? A écouter Jean-Marc Van der Weid, Brésilien d’origine suisse, ce serait bien possible. L’organisation non gouvernementale qu’il a fondée - AS-PTA (Conseils et services – Projet technologies alternatives) - appuie depuis presque vingt-cinq ans « l’agriculture familiale » brésilienne et participe régulièrement aux Forums sociaux. Les projets soutenus par l’association s’étendent du Nordeste pauvre et semi-aride, où 7.000 paysans bénéficient de conseils et de financements, au vert Parana, à l’extrême sud du pays, où près de 10.000 agriculteurs ont été formés aux techniques bio-dynamiques. L’association a aussi l’oreille du Mouvement des sans terre (MST) ou de la Fetraf (Fédération des travailleurs et travailleuses de l’agriculture familiale), une fédération d’agriculteurs marqués à gauche qui compte un demi-million de membres.

Du maoïsme à l’agriculture bio

Au départ, Jean-Marc Van der Weid, ancien militant de l’extrême gauche maoïste était loin d’être écolo. Revenu au Brésil au moment où la dictature prend fin (après un exil en France), il participe à une lutte de petits paysans de l’Etat de Rio qui se battent pour obtenir leur titre de propriété. Une fois celui-ci en poche, les familles s’empressent de le revendre au promoteur immobilier local, au grand désespoir de Jean-Marc. Les familles rêvent de partir pour la ville et ses richesses. « Ici, on est sûrs qu’on sera pauvres toute notre vie », expliquent les paysans à un Jean-Marc désappointé.

L’idée lui vient de monter un projet pour améliorer la production de ces familles, et donc accroître leurs revenus. Des familles qui ne peuvent être subventionnées ad vitam eternam, d’autant que le Brésil compte cinq millions de paysans. « A partir de la question sociale, nous avons été obligés d’imaginer d’autres modèles et de rechercher des techniques bon marché pour améliorer la productivité. » L’agriculture biologique, cultivée par ses premiers pionniers dans le Sud du Brésil - des immigrants allemands - est regardée avec méfiance. « Mon objectif était que les paysans s’en sortent, même s’ils doivent recourir un peu aux pesticides. Pas de cultiver un produit mis en valeur pour sa pureté et destiné à un marché de niche : les classes aisées brésiliennes », s’excuse-t-il. Progressivement, il se rend compte que les méthodes naturelles sont aussi plus économiques pour des communautés qui se ruinent en pesticides, engrais chimiques et équipements mécanisés.

Des rendements supérieurs

Le passage à l’agro-écologie [1] permet, selon Jean-Marc Van der Weid, des rendements agricoles jusqu’à cinq fois supérieurs aux méthodes traditionnelles (en zone tropicale) et deux à trois fois plus importants, en moyenne, que l’agriculture conventionnelle. Et ce, sans recourir aux pesticides ni aux engrais chimiques. Dans le Nordeste, les paysans qui ont accepté de se lancer dans l’aventure ont ainsi quadruplé leur production de haricots noirs. Dans le Sud, les producteurs de maïs aidés par l’AS-PTA font un peu mieux en moyenne que l’agriculture conventionnelle. Une nouvelle méthode expérimentée à Madagascar promettrait des « résultats spectaculaires » pour le riz.

« Les résultats techniques sont bons, les moyennes sont intéressantes, les coûts de production son plus faibles », assure Jean-Marc. Problème : « Le processus de transition pour passer à l’agro-écologie n’est pas facile. » La transition dure quatre ou cinq ans, davantage pour des sols difficiles. L’AS-PTA doit donc convaincre les paysans avant de les former et leur trouver un crédit. Ce financement leur sert à acquérir le matériel nécessaire : un équipement pour la production et l’utilisation de « bio-fertilisants » (compost à grande échelle qui permet de ne plus recourir aux engrais chimiques), une machine communautaire pour fabriquer de la poudre de basalte, un fertilisant naturel très efficace, des semences d’engrais verts ou des facilitateurs naturels pour aider les sols à absorber l’azote.

Le marché contre l’agro-écologie

L’agro-écologie implique une diversité des cultures. Celle-ci permet d’éviter les conséquences environnementales de la monoculture intensive, et assure aux familles une diversité de revenus, indépendants des variations du marché sur tel ou tel produit. « Diversité des cultures signifie une gestion de l’espace et du travail plus complexe. Quand une famille a sept ou huit produits différents à écouler sur le marché, c’est plus compliqué. Le système demande aussi plus de main d’œuvre au départ, ce qui constitue un frein pour de nombreux paysans », avertit l’ancien ingénieur en chimie devenu agronome. Cette diversification pose de fait des limites à la taille de l’exploitation, entre dix et trente hectares, qui doivent être travaillés avec beaucoup de soins, « en symbiose avec le système naturel environnant ».

Si, à moyen et long terme, le paysan est assuré de disposer de revenus stables et plus rentables, il sait qu’il ne pourra faire fortune à l’image des gros propriétaires terriens. « Il n’y a pas de rentabilité spectaculaire, mais il n’y a pas de chute ruineuse liée à l’effondrement des cours », résume Jean-Marc. Une logique loin d’être soutenue par « le marché » qui préfère le court terme et « envoie des signaux négatifs » qui freinent le développement de l’agro-écologie. Beaucoup d’agriculteurs brésiliens ont ainsi répondu à l’appel du soja, destiné à l’exportation vers l’Europe, dont les cours ont été hauts pendant plusieurs années. Jusqu’à ce qu’ils s’affaissent brutalement…

Le directeur de l’AS-PTA demeure cependant confiant : « L’augmentation du pétrole et des engrais qui en sont dérivés, l’épuisement des ressources en phosphore, essentiel à l’agriculture conventionnelle, marquent la fin de la révolution verte. La tendance des prix et des cours s’annonce favorable aux alternatives capables d’utiliser moins de pesticides, d’engrais chimiques et de ressources fossiles. » Le gouvernement brésilien semble commencer à s’en apercevoir. 400 chercheurs travaillent désormais sur l’agro-écologie à l’Embrapa, l’équivalent brésilien de l’INRA. A quand un tel effort en France où rares sont ceux qui travaillent sur cette alternative, comme Pierre Rabhi ?

Ivan du Roy

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