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L’Espagne, un no man’s land électoral pour les mouvements écologistes

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Sauf surprise, seuls un ou deux députés écologistes devraient siéger au Parlement espagnol à l’issue du scrutin législatif du 20 novembre. Une première, qui peine cependant à masquer le retard qu’a pris l’Espagne en matière de prise de conscience environnementale. Le pays demeure le premier producteur européen d’OGM, est gravement menacé par la désertification, et vient d’autoriser l’exploitation de gaz de schiste. Pourquoi un tel retard sur ses voisins ?

Photo : Source

L’Espagne demeure un pays de mission pour les écologistes. Exemple ? La Communauté automne basque vient d’autoriser l’exploitation des gaz de schiste dans la province d’Alava, un des corridors naturels préservés entre les Pyrénées et la cordillère Cantabrique, qui longe le golfe de Gascogne. Et ce, en dépit de l’intense polémique que suscite mondialement l’extraction de gaz par fracturation de couches géologiques. Quatorze puits d’exploration auraient déjà détecté une quantité importante de gaz de schiste. En parallèle, le groupe pétrolier Repsol a annoncé fin septembre sa volonté de réaliser des forages de prospection dans le golfe de Gascogne, malgré tous les risques que suppose une exploitation pétrolière en eaux profondes…

Au pays des OGM, de la désertification et du bétonnage des côtes…

En Espagne, l’indifférence de l’opinion publique et l’absence de débat au sein de la classe politique s’accompagne d’un retard manifeste en matière de législation environnementale. En effet, les OGM sont commercialisés depuis 2002, faisant du royaume ibérique le seul pays de l’Union européenne où les cultures transgéniques sont vraiment significatives, avec 100 000 hectares (contre 5 500 ha de maïs OGM en France). Dans un pays menacé par la désertification, la question de l’eau est chaque jour plus préoccupante, mais les normes en matière de produits phytosanitaires se contentent toujours du minimum imposé par Bruxelles. Enfin, et surtout, Madrid est actuellement le principal opposant à la réforme de la Politique commune de pêche de l’UE, réforme visant à retarder l’épuisement des ressources halieutiques.

Divisées jusqu’à la caricature, une multitude de formations écologistes se présentaient jusqu’alors aux élections, sans jamais siéger au Parlement. Pour les élections législatives anticipées du 20 novembre, une trentaine d’entre elles se sont réunies sous la bannière d’Equo, une coalition menée par une figure de Greenpeace Espagne, Juantxo Uralde. Ce militant originaire de San Sebastian s’est notamment rendu célèbre le 18 décembre 2009, pour s’être infiltré au dîner de gala des chefs d’État durant le sommet de Copenhague. Selon les sondages les plus optimistes, Equo obtiendrait deux députés, un à Madrid et un autre dans la communauté de Valence.

Une « agressivité » envers l’environnement

Une première de l’autre coté des Pyrénées, même si le groupe écologiste resterait – sauf énorme surprise – ultraminoritaire au milieu des 350 parlementaires. Le code électoral a toujours desservi les formations politiques minoritaires. Sa réforme du 29 janvier 2011, promue conjointement par le Parti populaire (PP) et le Parti socialiste (PSOE), a même aggravé le manque de représentativité des petits partis. Equo démarre avec un handicap certain : la coalition n’est pas parvenue à obtenir suffisamment de signatures pour se présenter dans toutes les circonscriptions.

« Il ne faut pas en permanence réduire l’activisme écologiste à sa représentation politique », prévient Inaki Barcena, cofondateur d’Écologistes en action, un mouvement actif dans tout le pays. Reste que, selon l’étude menée par le sociologue Juan Diez Nicolas en 2004, seulement un Espagnol sur dix adopte au quotidien des gestes qui vont dans le sens de la préservation de l’environnement. Plus grave, la moitié de la population se comporte de manière « très agressive », selon les termes de l’étude, vis-à-vis de l’environnement : abandon de batteries et de piles usagées dans le milieu naturel, usage immodéré des systèmes de climatisation, recours systématique à la voiture constituent des pratiques courantes. Pourquoi les Espagnols se distinguent-ils ainsi de leurs voisins, où la préoccupation écologique grandit, et pas seulement dans le nord de l’Europe ?

Un franquisme sociologique

En Espagne, la marginalité des pratiques écologiques s’inscrit évidemment dans un contexte historique, celui de quarante années de dictature. Le pays n’a pas connu les mouvements sociaux et les révoltes des années 1970, période durant laquelle apparaît en Europe et aux États-Unis la remise en cause de la société de consommation et la prise de conscience environnementale. « Promu à l’origine par Franco, le tourisme comme modèle économique n’a rien arrangé. Les Espagnols ont été convaincus de la légitimité de bétonner toute la côte méditerranéenne, de développer des réseaux routiers et des installations de loisirs énergivores », confie Alba, une militante d’Equo. En 2009, avec 21 milliards d’euros, la construction d’infrastructures devançait l’Éducation et la Santé dans le budget de l’État. Une logique du tout-transport en pleine dérive : l’Espagne présente le réseau ferroviaire de lignes « grande vitesse » le plus dense d’Europe, mais le bilan environnemental et énergétique est catastrophique. Toutes les lignes sont déficitaires, car la plupart des usagers préfèrent prendre le bus, plus économique. En 2010, la ligne Madrid-Valladolid qui a coûté 4 milliards d’euros, n’a été occupée qu’à 25 % de ses capacités.

Le virage en matière d’environnement n’est pas pour demain : Mariano Rajoy, président du Parti populaire, devance de très loin dans les sondages le candidat du PSOE, Alfredo Perez Rubalcaba (lire aussi notre précédent article). Mariano Rajoy continue à considérer la question des transports comme prioritaire et a annoncé qu’il fera tout pour relancer un projet très controversé, celui de l’aéroport de Ciudad Real, inauguré en 2008 pour un coût de 500 millions d’euros, et qui vient de fermer ses portes, trois ans plus tard, après que la dernière compagnie aérienne qui y opérait a plié bagage.

Jean Sébastien Mora

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