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Grâce au recyclage, une association permet aux familles populaires d’acquérir un ordinateur pour 50 euros

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En Essonne, un réseau de ressourceries récupère les objets en fin de vie pour leur offrir une seconde jeunesse et les remettre en circulation. « La fabrique à neuf » va plus loin : elle répare les ordinateurs pour les revendre à tout petit prix, propose des ateliers de couture et des contrats-aidés, transforme le design des objets pour leur donner une nouvelle utilité. Un ensemble d’activités à la confluence de l’action sociale et de l’écologie pratique, sur un territoire où chômage et pauvreté entretiennent habituellement les barrières. Basta ! a rencontré ses animateurs.

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La localisation semble parfaite. D’un côté, un monument quasi historique, l’hôtel-restaurant Le Réveil Matin, d’où partit le tout premier tour de France, le 1er juillet 1903. De l’autre, un centre commercial ainsi que la plus grande coopérative d’aliments bio d’Essonne. Au milieu trône crânement la ressourcerie de Montgeron, un établissement qui se donne pour mission de remettre en usage certains objets et matériaux habituellement considérés comme des déchets. L’établissement, qui comprend une boutique et un site de dépôt, est l’une des ressourceries lancées dans le département par l’association La fabrique à neuf, à Montgeron, Corbeil-Essonnes et Ris-Orangis.

La ressourcerie de Montgeron récupère ainsi les déchets de « monsieur et madame tout le monde », de même que ceux d’entreprises, d’associations ou de collectivités. Ce type d’établissement, parfois appelé « recyclerie », s’attèle à sortir du cycle de l’enfouissement la plus grande part possible des déchets que nous produisons. En 2012, les Franciliens ont jeté en moyenne 472 kg d’ordures ménagères par an et par personne. A la même période, la moyenne nationale était de 590 kg par habitant.

Récupérer et remettre en circulation les objets

« A la ressourcerie, nous récupérons tous ce dont les gens ne veulent plus : mobiliers, vaisselle, hi-fi… Des encombrants jusqu’aux objets des vide-grenier, présente fièrement Fabrice Boutard, dynamique trentenaire qui, lorsqu’il n’anime pas la tranche matinale d’une radio francilienne, est bénévole à La fabrique à neuf. Une partie des objets nécessitent un coup de chiffon ou un tour de vis pour leurs redonner une seconde vie, puis on les revend à un tarif solidaire. C’est une forme de recyclage. »

Tous les objets récupérés ne subissent pas le même traitement. D’abord, parce que tous ne sont pas usagés. « Nous récupérons ou recevons plein d’objets neufs. Certains sont encore dans leur emballage d’origine ! » Cyril Henry, un quarantenaire directeur de la boutique de Montgeron, en est sidéré. Inquiet de l’état de la planète qu’il léguera à ses enfants, il s’est reconverti ici après avoir été régisseur dans le cinéma. « J’étais déjà "maître compost", et je me suis dit que ce que l’on pouvait faire dans le compost, on devait pouvoir le faire avec les déchets non-organiques. »

L’upcycling : concevoir de nouveaux produits à partir des anciens

Cyril et l’équipe de La fabrique à neuf ne se contentent pas de valoriser la matière en donnant un coup de neuf à d’anciens produits. Ils repensent parfois totalement leur usage et leur design pour créer un nouvel objet, dont la qualité peut en être améliorée. C’est ce que l’on appelle l’upcycling ou, en français plus académique, le surcyclage. A Montgeron, on utilise des éclairages industriels pour concevoir des lampes de maison branchées. On fusionne des livres et des abats-jours ; on transforme une montagne d’ouvrages en comptoir avant-gardiste ; une ligne de joueurs de baby-foot devient un porte-manteaux.

La fabrique à neuf entend valoriser un autre modèle de consommation. « Nous voulons contribuer à changer le regard que la société porte sur les déchets, en suggérant qu’il s’agit d’une ressource plutôt que d’un rebut dont il faudrait se débarrasser », développe Fabrice. « Nous voulons aussi et surtout que les gens se rendent compte de la folie que représente la surconsommation dans laquelle nous baignons, complète Cyril. Exception faite des chineurs et les collectionneurs — qui sont les bienvenus ! — la plupart des gens ne viennent pas ici pour chercher un objet superflu, mais au contraire quelque chose dont ils ont besoin ».

A prix modique, donner une seconde vie aux ordinateurs

C’est de la volonté combinée de lutter contre la surconsommation et d’offrir une réponse à certains besoins, que Fabrice a lancé une initiative originale. Son constat : les ordinateurs dont les gens se débarrassent régulièrement ne sont souvent ni cassés ni irréparables. « Pour la plupart ils sont juste remplis de virus qui dégradent le fonctionnement du système. Dans d’autres cas, complète-t-il, ils sont victimes de l’obsolescence programmée », cette pratique des industriels qui consiste à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit, en vue d’inciter son utilisateur à en acheter un nouveau.

« Nous pouvons donner une seconde vie aux ordinateurs », parie Fabrice, qui a montré la viabilité du projet aux autres ressourceries du réseau. En nettoyant tel ordinateur, en empruntant une pièce de celui-ci pour l’installer sur celui-là... c’est près d’une centaine de machines qui ont été vendues à des prix imbattables. 50 euros pour un ordinateur fixe complet — tour, clavier, souris, écran — 40 euros pour un portable, 30 euros pour une tour seule ! « Nous faisons passer le message qu’un ordinateur à 800 euros n’est pas indispensable, à moins de jouer à des jeux vidéos dernier cri. Si c’est pour aller sur internet, regarder des vidéos, rédiger du courrier, les ordinateurs que nous proposons sont parfaitement suffisants, martèle Fabrice avec passion. Ça fait du bien de voir les gens repartir avec des étoiles pleins les yeux ! »

Action sociale et conscience environnementale

La clientèle de La fabrique à neuf est souvent loin d’être aisée. En 2012 à Montgeron, le taux de chômage avoisinait 10%, et le taux de pauvreté 14%. A Corbeil-Essonnes non loin de là, le chômage était supérieur à 16%, le taux de pauvreté à 25%. A Ris-Orangis encore, 13% de chômage et 18% de pauvreté. Fabrice pense à Patricia, dont le vieil ordinateur « était tellement lent, tellement plein de virus » qu’il ne marchait plus. Une vraie catastrophe, car elle ne pouvait plus faire ses démarches auprès de la CAF, du Pôle emploi et des autres services publics. « Quand elle est partie avec son ordinateur à 30 euros, nous savions que nous avions modestement changé sa vie », se souvient Fabrice, encore ému.

La même émotion saisit Cyril lorsqu’il raconte une anecdote similaire : « Je me souviens d’un couple qui était dans une situation sociale difficile, qui ne pouvait plus faire de courses pour le plaisir. Lui a découvert la ressourcerie, qu’il a fait connaître à sa compagne. Ils sont venus y faire des courses et sont repartis avec bonheur et une forme de dignité retrouvée. Ce que nous offrons aux gens, c’est aussi une forme de pouvoir d’achat et nous en sommes très fiers. »


Les actions de la ressourcerie ne s’arrêtent pas là. A l’étage de la boutique de Ris-Orangis, Lætitia, 37 ans, directrice des magasins de Corbeil et de Ris-Orangis, assure un atelier couture pour Kani et Assa, deux jeunes adolescentes vivant dans un quartier mitoyen. Qu’il s’agisse de leur public ou des salariés sous contrats aidés, les animateurs de La fabrique, ancrés dans le secteur de l’économie solidaire, se pensent comme des bâtisseurs de lien social. Mieux, ils œuvrent à ce qu’ils qualifient volontiers d’écologie populaire. « L’association a été fondée sur l’idée de convergence entre motivations sociale et environnementale, rappelle Lætitia. Nous ne sommes pas intrinsèquement écolos, mais nous avons quand même une véritable sensibilité en la matière ».

Eros Sana (texte et photos)

Cet article a été réalisé dans le cadre du projet Médias de proximité, soutenu par le Drac Île-de-France.

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