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Coup d’Etat ?

Brésil : des députés européens s’inquiètent de l’avenir de la démocratie, silence radio à Paris

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Le nouveau ministre brésilien des Affaires étrangères José Serra est à Paris cette semaine pour une réunion de l’Organisation du développement économique en Europe (OCDE). L’occasion pour le chef d’État français d’exprimer une quelconque préoccupation sur la situation politique au Brésil face à la procédure de destitution de Dilma Roussef ? Non. Ni l’Élysée ni le ministère français des Affaires étrangères n’ont jugé bon de communiquer sur le sujet. Seul un groupe de députés européens de gauche ont tenté en fin de semaine dernière d’alerter l’Europe sur ce qui est en train de se passer au Brésil. Dans une large indifférence...

« Nous partageons la crainte sur la gravité de la situation au Brésil, où Dilma Roussef, présidente élue démocratiquement, a été destituée par un Congrès malade de la corruption et clairement orienté par des intentions spécieuses », expliquent les 34 députés – dont la française Marie-Christine Vergiat (Front de gauche) – issus de la Gauche Unie européenne, des Verts européens et du mouvement italien 5 étoiles. Leur lettre a été adressée le 27 mai à la haute représentante de l’Union européenne chargée des Affaires extérieures, Federica Mogherini. « La procédure a culminé dans un coup d’État “soft” sous la forme d’une destitution. Il n’y a toutefois pas de charge criminelle qui pèse contre Dilma Roussef. L’accusation de mauvaise gestion des finances publiques, pauvrement développée par le Congrès brésilien, n’autorise pas la destitution comme elle a été menée. »

Deux ministres impliqués dans un scandale de corruption

Au moment où les échanges ont repris entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en Amérique latine pour ouvrir des négociations commerciales entre les deux régions, les députés européens doutent que les conditions politiques requises soient réunies pour de telles discussions. « Nous considérons comme essentiel le respect de la volonté du peuple brésilien, qui a réélu Dilma Roussef en 2014. Le mandat de Dilma Rousseff ne peut être modifié que par la seule voie acceptable démocratiquement : les élections. Nous considérons donc que l’exécutif brésilien qui a émergé de la destitution manque de la légitimité démocratique nécessaire, et nous exhortons ainsi l’UE à suspendre les négociations ». Les députés n’ont pas obtenu de réponse de la vice-présidente de la Commission européen pour l’instant.

Le silence des autorités européennes sur la situation politique brésilienne se poursuit alors même que les coulisses peu reluisantes de la procédure de destitution de Dilma Roussef sont révélés chaque jour dans la presse brésilienne. La semaine dernière, le journal Folha de São Paulo révélait une conversation téléphonique, datant de mars, dans laquelle le nouveau ministre de la planification, et ancien sénateur, Romero Juca, expliquait qu’il fallait destituer Dilma Roussef pour mettre fin à l’enquête sur les pratiques de corruption de la classe politique brésilienne. Suite à ces révélations, le ministre a démissionné. En début de semaine, c’est le ministre de la transparence, Fabiano Silveira, qui a démissionné à son tour, suite à la divulgation d’un enregistrement dans lequel il critiquait lui aussi l’enquête sur le scandale de corruption.

Accusée pour sa part de maquillage des comptes publics, mais non de corruption, l’ancienne présidente travailliste Dilma Rousseff a été écartée de la présidence le 12 mai en attendant le jugement final des sénateurs. Depuis, c’est son ancien vice-président, Michel Temer – du parti de droite PMDB, ancien allié de la gauche – qui assume l’intérim et a nommé son propre gouvernement intégralement masculin. En ces quelques semaines à la tête du pays, il a déjà annoncé des mesures d’austérité budgétaire qui touchent directement les travailleurs et les programmes sociaux : réforme des retraites et réduction des dépenses publiques.

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