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Alimentation

La crise agricole frappe aussi durement les éleveurs allemands

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La crise agricole n’est pas l’apanage de la France. N’en déplaise aux chantres d’un modèle allemand, censé dynamiser son secteur agricole à coup de bas salaires et de rendements industriels, les producteurs de lait allemands se trouvent, eux aussi, dans une crise grave. La filière n’avait déjà pas été épargnée par la crise du lait de 2009. La fin des quotas laitiers, depuis mars 2015, a fait replonger dans le rouge bon nombres de producteurs. « Nous n’allons absolument pas mieux que les producteurs de France. Que ce soit les grandes ou les petites exploitations, nous enregistrons des pertes, rapporte Hans Foldenauer, producteur laitier en Bavière et porte-parole du groupement BDM, qui représente 15 000 éleveurs laitiers allemands [1]. Les prix ont fortement reculé depuis la fin des quotas. Nous sommes aujourd’hui à 27 centimes le litre en moyenne en Allemagne. Et je viens d’apprendre que pour mars, ma laiterie prévoyait un prix d’achat à 22-23 centimes le litres. Il y a un an, nous avions encore 8 à 10 centimes de plus. »

En cause : l’augmentation des volumes de production depuis la fin des quotas. Les laiteries ont baissé en conséquence les prix d’achat, et les producteurs trinquent. Les promesses de compenser la fin des quotas par l’exportation n’ont pas été tenues. « Même avec l’embargo russe, les laiteries exportent en grande partie, vers l’Afrique, l’Asie, mais c’est impossible que les producteurs laitiers européens puissent exporter à un prix qui leur permette de vivre », analyse Ottmar Ilchmann, producteur laitier en Basse-Saxe, dans le nord-Ouest du pays, et vice-président de la fédération d’agriculteurs paysans AbL [2]. Ottmar Ilchmann exploite une ferme de 60 vaches, un peu plus grande que la moyenne allemande. « Nous, dans la région de Basse-Saxe, nous vendons sous les 30 centimes le litre depuis plus d’un an. Dans le sud de l’Allemagne, c’est pire. Et la fin de la crise n’est pas pour demain. En 2009, les prix étaient parfois encore plus bas, à 22 centimes. Mais les coûts de production n’étaient pas aussi élevés. Depuis, les prix des fermages ont augmenté et les prix des engrais aussi. »

Pour le lait bio, les prix se maintiennent

Pour couvrir ses coûts de production et se payer un peu, Ottmar Ilchmann devrait vendre son litre de lait 40 centimes minimum. « Ce prix, on ne l’a atteint que brièvement, il y a trois ans. Dans le sud de l’Allemagne, où les conditions de production sont plus difficiles, il leur faudrait au moins 50 centimes. » Ils en sont loin. Résultat, de plus en plus de producteurs laitiers jettent l’éponge. Le nombre d’éleveurs laitiers a baissé d’un tiers en dix ans ! [3]. « Les plus grandes exploitations ferment les premières. Parce qu’elles ont contracté beaucoup de crédits pour acheter du matériel. Elles sont ensuite souvent rachetées par des investisseurs extérieurs à l’agriculture. Les plus petites exploitations tiennent plus longtemps, parce qu’elles n’ont pas d’employés et moins de dettes. Cependant, beaucoup de petits exploitants laitiers abandonnent tout simplement parce qu’ils perdent espoir. Alors, ils trouvent un emploi ailleurs, arrêtent la production et louent leur terre. »

Les seuls qui s’en sortent relativement bien, selon Ottmar Ilchmann, ce sont les producteurs bio. « Les bio ne sont pas du tout touchés par la crise. Ils reçoivent 50 centimes le litre de lait. Ce n’est pas énorme, mais ça va. Pour eux, les prix n’ont pas du tout baissé. Car le marché du lait bio est serré, et les clients sont fidèles. On voir donc des gens qui se convertissent, mais ça prend du temps. Le problème, c’est qu’il n’y a pas forcément assez de laiteries en bio. En Basse-Saxe, nous n’en avions pas. Une laiterie conventionnelle est en train d’aménager un secteur pour récolter le lait bio. Il y a une vraie demande. »

Rachel Knaebel

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