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Irresponsabilité sociale

Crédit agricole, la « banque verte » qui soutient les énergies sales et la destruction de montagnes

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Très loin de ses racines mutualistes et agricoles, le Crédit agricole figure, aux côtés de BNP Paribas et de la Société générale, parmi les principaux financeurs mondiaux du secteur du charbon, une source d’énergie particulièrement polluante, et la principale responsable du changement climatique. Selon des chiffres révélés par les Amis de la terre et Banktrack, le soutien financier des banques françaises au charbon ont même augmenté de 218% depuis 2005 ! La « banque verte » est aussi critiquée pour son soutien à l’une des formes les plus destructrices d’extraction de charbon, la pratique du « mountaintop removal » – suppression des montagnes – aux États-Unis.

Mise à jour (juin 2015) : Lors de son Assemblée générale annuelle, le 20 mai 2015, le Crédit agricole a annoncé qu’il mettait fin au financement des activités d’extraction du charbon, la première source mondiale de gaz à effet de serre (lire ici).

Le Crédit agricole est régulièrement critiqué pour s’être peu à peu éloigné de ses racines coopératives et mutualistes, afin de devenir une banque « comme les autres », brassant des milliards d’euros en bourse, via sa banque d’affaires Crédit agricole SA, présente sur les marchés financiers. Ses attaches historiques au monde rural français se sont donc quelque peu distendues [1], au point qu’elle paraît aujourd’hui moins préoccupée de répondre aux besoins des petits paysans qu’à ceux de l’agrobusiness, y compris dans ses activités les plus controversées. Le nom de la « banque verte » a ainsi été cité par les ONG parmi les principaux acteurs de la spéculation sur les matières premières agricoles, du développement des agrocarburants au détriment de l’environnement et de la souveraineté alimentaire, ou encore de l’accaparement des terres. Au moins ces diverses activités gardaient-elles un lien ténu avec la vocation originelle du Crédit agricole.

Un « vert » qui tire sur le noir charbon

Ce que ses clients savent peut-être moins, c’est que le Crédit agricole est aussi l’un des principaux financeurs mondiaux du secteur du charbon (mines et centrales électriques), l’une des formes d’énergie les plus nocives pour l’environnement et la santé humaine, et le principal contributeur au changement climatique. Un ensemble de rapports publiés le 29 octobre par les Amis de la terre et le réseau mondial Banktrack [2] vient confirmer l’ampleur des investissements du Crédit agricole dans ce secteur. La banque y aurait injecté plus de 7 milliards d’euros, sous forme de prêts ou d’émissions obligataires, entre 2005 – date de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto – et avril 2014. Ce qui la place derrière BNP Paribas, championne nationale avec 15,6 milliards d’euros, mais devant la Société générale.

Globalement les investissements des banques françaises dans le charbon [3] ont augmenté de 218% en huit ans – alors même qu’elles multipliaient les déclarations de bonnes intentions au sujet de la lutte contre le changement climatique ! C’est pourquoi les Amis de la terre ont classé le Crédit agricole et BNP Paribas, dans leur guide « Comment choisir ma banque ? » comme les deux banques françaises comportant le « risque maximal » pour le climat. Elles sont classées respectivement 9e et 20e au classement mondial des banques les plus impliquées dans le charbon établi par Banktrack.

500 cimes de montagnes rasées aux États-Unis

Et ce n’est pas tout. Les Amis de la terre ont voulu, en nominant le Crédit agricole aux prix Pinocchio 2014, dénoncer plus particulièrement le soutien financier apporté par la banque à ce qui constitue l’une des formes les plus destructives et les plus polluantes de l’exploitation du charbon : le mountaintop removal (MTR), ce qui se traduit littéralement par « suppression des cimes de montagne ». Cette pratique, utilisée dans les régions charbonnières des Appalaches aux États-Unis (Virginie occidentale, Kentucky, Tennessee…) consiste à évider à coups d’explosifs des sommets montagneux pour porter à l’air libre les filons de charbon qu’elles recèlent. Ce qui permet ensuite de les exploiter de manière ultra-économique, en réduisant drastiquement la main d’œuvre nécessaire.

On estime qu’au moins 500 montagnes et plusieurs milliers de kilomètres carrés de forêt ont déjà disparu à cause de l’expansion du mountaintop removal depuis les années 1970. Pire encore, les éclats de roche et les déchets toxiques issus du traitement du charbon sont ensuite déversés dans les vallées. Les cours d’eau qui ne sont pas purement et simplement enfouis sous les décombres sont gravement pollués. La combinaison de cette pollution de l’eau avec celle des poussières et particules libérées dans l’air entraine des conséquences sanitaires dramatiques : les taux d’incidence de cancers dans les régions concernées sont supérieurs de 50% à la normale. « Le mountaintop removal n’est pas seulement un crime environnemental mais constitue un véritable danger pour les populations qui voient les cas de cancer se multiplier et dont l’espérance de vie est près de vingt ans inférieure à la moyenne états-unienne », dénonçait Paul Corbit Brown, de l’ONG locale Keepers of the mountains, lors de l’Assemblée générale du Crédit agricole en mai 2014.

Double langage ou dialogue de sourds ?

Autant de raisons qui font du mountaintop removal une technique extrêmement controversée. Ce qui n’a pas empêché le Crédit agricole de soutenir financièrement, sous diverses formes, deux des principales entreprises concernées, Arch Coal et Alpha Natural Resources, à hauteur de 519 millions d’euros entre 2005 et 2014. Selon les chiffres collectés par Banktrack, elle se classe ainsi au 10e rang des banques impliquées dans le mountaintop removal. Pourtant, les campagnes citoyennes, la multiplication des procès pour pollution de l’eau, les (timides) efforts récents de l’administration fédérale états-unienne pour réguler davantage la pratique ainsi que la baisse du prix du charbon rendent ces investissements plutôt risqués. Le numéro 2 du secteur, Patriot Coal, a annoncé l’abandon progressif du mountaintop removal, suite à une procédure de banqueroute en 2012. Et le Crédit agricole a déjà perdu de l’argent suite à la mise en redressement l’année suivante de Trinity Coal, une autre entreprise impliquée dans le mountaintop removal.

De nombreuses banques américaines et étrangères – parmi lesquelles BNP Paribas, RBS, UBS, JPMorgan Chase, Wells Fargo et UniCredit – ont officiellement annoncé qu’elles cesseraient de financer le mountaintop removal. C’est d’ailleurs aussi théoriquement le cas du Crédit agricole, suite à l’entrée en vigueur de sa nouvelle politique sectorielle mines et métaux. Sauf que, selon les Amis de la terre, cette politique est formulée de manière tellement vague qu’elle a permis à la banque de continuer à financer Arch Coal et Alpha Natural Resources comme si de rien n’était. La politique du Crédit agricole stipule par exemple qu’aucun financement ne sera accordé à une entreprise dont plus de 20% du charbon serait issu du mountaintop removal. Un engagement plutôt facile à tenir alors qu’aucune entreprise n’est dans ce cas !

Suite à sa nomination au prix Pinocchio, le Crédit agricole a réagi en déclarant qu’elle ne « participe à aucun projet de financement de MTR » [4]. Et de préciser que seules deux lignes de crédit sont actuellement accordées à Alpha Natural Resources et Arch Coal, que ces lignes de crédit ne sont pas utilisées, et qu’en outre ces entreprises ne sont quasiment plus engagées dans le mountaintop removal… Des affirmations plutôt étranges : aucune autre source ne fait état d’un abandon du mountaintop removal par les deux entreprises concernées. Et les informations rassemblées par les écologistes indiquent que la banque a bel et bien continué à intervenir financièrement auprès d’Arch Coal et Alpha Natural Resources au cours des derniers mois. Il est vrai qu’il ne s’agissait pas de « projets de financement » au sens strict du terme.

Pour Lucie Pinson, des Amis de la terre, c’est signe que le Crédit agricole « continue à jouer avec les mots ». La nomination de la banque au prix Pinocchio est une bonne occasion de pousser la banque à traduire ses engagements en actes clairs. Les votes sont ouverts à tous les internautes jusqu’au 17 novembre.

Olivier Petitjean

Une version plus complète de cet article est publiée sur le site de l’Observatoire des multinationales.

Photo : © Paul Corbit Brown

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