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Biodiversité

Faut-il totalement interdire la pêche en eau profonde ?

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C’est à l’issue d’un vote serré (342 voix contre 326) que les eurodéputés se sont prononcés le 10 décembre contre l’interdiction du chalutage en eaux profondes, tout en prônant une réglementation accrue. Mais les opposants à ce type de pêche ne s’avouent pas vaincus. L’association Bloom conteste le scrutin en expliquant que plusieurs députés se seraient trompés dans leur vote. « L’interdiction du chalutage profond aurait dû gagner de 13 voix d’avance » assure Claire Nouvian, directrice de Bloom.

Ce que confirme le député vert français Jean-Paul Besset : « Plusieurs députés ont informé le bureau du Parlement européen qu’ils s’étaient trompés dans leur vote et qu’ils le modifiaient en faveur de l’interdiction ». Mais, déplore-t-il, « juridiquement, ce nouveau résultat n’a aucune valeur ». Il n’existe en effet pas de recours pour faire prendre en compte un nouveau résultat du vote. Bloom a cependant appelé les Etats membres, qui doivent désormais discuter de ce dossier au Conseil européen des ministres de la pêche, à tenir compte de « ce résultat réel ».

Voir le détail des votes sur le site Votewatch.eu :

Compromis

Malgré sa déception, l’ONG Deep Sea Conservation Coalition note que certaines mesures permettront de « limiter les dégâts sur les écosystèmes vulnérables ». La Commission devra établir une liste de ces zones « vulnérables » dans l’Atlantique Nord-Est, qui seront « fermées à tous les navires européens si elles sont en haute mer et à tous les navires en général si elles sont situées dans les eaux européennes » [1]. Après quatre ans, l’impact des techniques de pêche en eau profonde sera évalué. Certaines techniques pourront être interdites « si cette évaluation montre que ces écosystèmes ou les stocks en eau profonde ne sont pas suffisamment protégés ».

« La position qui a été adoptée au Parlement européen est juste », souligne Alain Le Sann, du collectif Pêche et Développement [2], contacté par Basta !. « Après avoir été fortement destructrice et sans encadrement, c’est désormais la pêche la plus contrôlée depuis une dizaine d’années et pratiquée sur une zone extrêmement limitée. Le chalutage en eaux profondes ne menace en rien la pêche artisanale, il est complémentaire. C’est son interdiction qui pourrait renforcer la pression sur les stocks du plateau continental avec le risque d’une compétition avec les pêcheries artisanales ». Les chaluts visés par le texte pêchent actuellement sur une zone située, en gros, entre l’Écosse et l’Islande. Les prises d’espèces profondes représentent environ 1,5 % des espèces débarquées au sein de l’Union européenne. « [Une pratique] insignifiante, donc, au niveau de ce qu’elle fournit en poissons, mais catastrophique pour l’environnement » affirme, pour sa part, Greenpeace.

Greenwashing en grandes surfaces

En attendant la décision finale du Conseil des ministres des pêches, une pétition exhorte les PDG de Système U, Auchan, Intermarché et Leclerc à « aligner leurs politiques de production sur leurs promesses en termes de protection de l’environnement et de développement durable ». Plus de 177 000 signatures ont déjà été recueillies. Deux enseignes, Casino puis Carrefour, viennent de s’engager à ne plus commercialiser trois espèces de poissons issues de la pêche profonde. « C’est une réponse aux pressions des ONG mais les enseignes continuent de faire de la pub pour la pêche industrielle du Colin d’Alaska en mettant des petits bateaux dans leur campagne d’affichage », nuance Alain Le Sann.

Ce dernier milite pour renforcer l’auto-organisation des communautés de pêcheurs. « C’est la meilleure solution pour gérer des ressources dans un environnement complexe et incertain. Si les espèces sont victimes de surpêche, elles ne sont pas menacées biologiquement », assure t-il (lire sa tribune faisant suite à notre enquête intitulée « Les poissons pourraient disparaître en 2035 »). Une durabilité des stocks vivement démentie par l’association Bloom dans une réponse étayée à l’attention des marins-pêcheurs de la Scapêche, la flotte d’Intermarché. Le débat se poursuit à Bruxelles. Prochaine étape, la réunion du Conseil des ministres des pêches des États membres. Les eurodéputés essaieront ensuite de conclure un accord qui devra être approuvé par le Parlement en seconde lecture en 2014.

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