Biopiraterie ?

Comment des multinationales accaparent les savoirs des indiens d’Amérique du sud

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Connaissez-vous la stévia ? Cette petite plante d’Amérique du sud a l’étonnante capacité de donner un goût sucré aux aliments, sans avoir les inconvénients du sucre, source d’hypertension, d’obésité ou de diabète. Cultivée depuis plusieurs siècles par le peuple guarani, qui vit des deux côtés de la frontière entre le Paraguay et le Brésil, la stévia connaît depuis quelques années un véritable succès mondial. La demande pour des produits naturels et sans sucre augmentant rapidement.

On trouve désormais cet édulcorant, sous forme de « glycosides de stéviol », dans des centaines de produits alimentaires : céréales, thés, jus, laits aromatisés, yogourts. L’utilisation de la stévia a même permis à certaines boissons gazeuses de se racheter une « virginité diététique » : « Coca-cola Life », lancé en décembre 2014, contient environ 40% de sucre en moins que le coca classique. Et le « Pepsi NEXT » 30% de moins. « En créant le Pepsi NEXT, nous avons réussi à trouver l’équilibre parfait entre un goût formidable et moins de calories », assure la marque, qui assure que le produit ne contient « aucun édulcorant artificiel »« Tellement bon, presque trop bon pour être vrai », ajoute le site de promotion.

Un édulcorant pas si naturel

Et, de fait, ce n’est pas tout à fait vrai... « L’origine végétale de la molécule purifiée est mise en avant comme plus « naturelle » que les édulcorants de synthèse. Or, les glycosides de stéviols sont purifiés à plus de 95%, ce qui en fait un produit aussi éloigné de la plante d’origine que le saccharose l’est de la betterave », souligne la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). On est par ailleurs assez loin de la culture paysanne, que laisse sous-entendre « l’origine naturelle » tant vantée de la stévia.

Le succès mondial de ce nouvel édulcorant entraîne une culture de type industrielle, pratiquée principalement en Chine. « Ni les Guaranis, détenteurs du savoir traditionnel lié au pouvoir sucrant de la stévia, ni le Paraguay ou le Brésil, pays d’origine de la plante, ne reçoivent la part juste et équitable des avantages résultant de la commercialisation des glycosides de stéviol » relève un rapport collectif d’organisations européennes de la société civile [1]. « En revanche, une poignée d’entreprises multinationales spécialisées dans les matières premières agricoles, l’agroalimentaire et la biotechnologie utilisent les ressources génétiques et les connaissances traditionnelles associées pour réaliser des profits significatifs. »

Parmi les industries mises en cause : Cargill, un géant états-unien spécialisé dans la fourniture d’ingrédients alimentaires et dans le négoce de matières premières, DSM, un géant néerlandais de la chimie, Pepsi Co ou encore Coca-Cola. « Ces entreprises contrôlent le marché au moyen de brevets et parviennent à vendre les glycosides de stéviol comme l’édulcorant naturel du futur ». Parallèlement, l’utilisation traditionnelle des feuilles de stévia comme édulcorant est, elle, interdite dans la plupart des pays industrialisés.

Résultat ? Les produits des grandes entreprises multinationales peuvent accéder au marché plus facilement que ceux issus de la petite paysannerie qui se basent sur l’utilisation traditionnelle des feuilles de stévia. Pour les ONG, il s’agit d’un cas patent de biopiraterie : « L’appropriation inique d’une ressource génétique et des connaissances traditionnelles qui y sont associées ». « Les producteurs et les utilisateurs de glycosides de stéviol doivent s’engager dans une négociation avec les Guaranis pour convenir de modalités conduisant au partage juste et équitable des avantages résultant de la commercialisation des glycosides de stéviol », demandent les ONG. Qui souhaitent également que les gouvernements et les entreprises des pays consommateurs arrêtent les publicités qui mettent en avant « l’aspect naturel » des glycosides de stéviol et l’héritage des Guaranis.

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