Présidentielle

Agriculture : ce que les deux candidats ne nous ont pas dit

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L’agriculture est l’une des grandes absentes du débat. Le secteur est pourtant en proie à de profondes interrogations économiques ou sanitaires, et la réforme de la Politique agricole commune se profile à l’horizon 2013. De quoi agacer l’économiste Aurélie Trouvé, co-présidente d’Attac, qui décrypte pour Basta ! les programmes des deux candidats.

Puisque les commentaires pleuvent sur le débat du 2 mai entre les deux prétendants à la couronne présidentielle, j’ai décidé d’en faire aussi. Pas sur ce qu’ils ont dit, mais sur ce qu’ils n’ont pas dit. La première grande absente, c’est l’écologie. Qu’importent le réchauffement climatique et la dégradation irréversible des ressources naturelles, qu’importent les conséquences pour des générations de notre production et de notre consommation ! Oubliées les mascarades du Grenelle de l’environnement ou du sommet de Copenhague, même plus besoin de faire semblant : le score d’Eva Joly frôle le plancher et l’écologie est passée de mode… Le calcul électoral est vite fait.


Les deuxièmes victimes de ce calcul électoral, sans doute liées à la première, ce sont le rural et l’agriculture. Là aussi, les numéros de claquettes au salon de l’agriculture ont vite été oubliés. Ce n’est pas faute d’enjeux : la France doit finir de négocier une réforme d’ampleur de la Politique agricole commune après 2013, qui pose des questions fondamentales. Continue-t-on de déréguler les marchés agricoles et de favoriser la mise en concurrence des agricultures et le productivisme ? Continue-t-on de favoriser la suppression des emplois, l’intensification en intrants et par hectare, la concentration géographique qui augmente la pression sur l’environnement, les atteintes à la santé des producteurs et des consommateurs ? Ou s’oriente-t-on vers une rupture, pour une agriculture pourvoyeuse d’emplois et respectueuse des ressources naturelles, une alimentation saine et de proximité (à l’heure du made in France) ?

Le marché en lieu et place de la régulation publique

Faute de réponse dans le débat présidentiel, tournons-nous vers les programmes. Côté UMP, il faudra se contenter de quelques lignes sur la promotion de « l’indépendance et la sécurité alimentaires », aucune proposition claire hormis deux ou trois formules incantatoires sur l’installation et la « défense des terres contre la spéculation » et l’encouragement au développement des instruments de marché (en lieu et place de la régulation publique), comme les instruments de gestion des risques (entendez par là des assurances privées, des marchés à terme…). Jusque là rien d’étonnant de la part de l’UMP.

Tous les espoirs se portent alors vers le PS. Simple alternance ? Ou véritable alternative pour un secteur en crise ? Le projet commence bien : il dénonce « le modèle productiviste intensif, qui fait de la France le plus gros consommateur de pesticides d’Europe ». Il propose de soutenir les agriculteurs « qui veulent rompre avec l’usage systématique de pesticides et d’engrais, le gaspillage de l’eau et des énergies fossiles », l’agriculture biologique, celle de montagne… A ce moment précis, le lecteur avisé se dit : je vais enfin trouver des propositions fortes pour le changement maintenant.
Surtout qu’il nous est proposé de défendre « une réforme juste de la PAC, non pour son démantèlement ». On n’en saura malheureusement pas plus.

Que propose par exemple le PS face à la suppression de la fixation des prix et des quotas laitiers, entérinée par l’Union européenne et qui a chamboulé la production laitière, en la vouant à l’instabilité des prix mondiaux et à la mise en concurrence internationale ? Que propose concrètement le PS quant à la distribution des aides de la PAC, qui ont perdu toute légitimité environnementale et sociale ?

Le PS osera-t-il désobéir au carcan néolibéral ?

Deux propositions concrètes attirent néanmoins l’attention : la réorientation de « la commande publique (État, collectivités territoriales, entreprises publiques) vers l’achat de produits de l’agriculture de proximité ». Comme les règles de concurrence européenne empêchent d’inscrire dans les marchés publics un critère lié à la localisation, on se met à rêver : le PS osera-t-il désobéir au carcan néolibéral de l’Union européenne ? Rien n’est moins sûr.

On lit ensuite qu’il faut « mettre en place un régime particulier, juste et équitable, pour l’agriculture dans le cadre de l’OMC ». On se met à rêver d’un PS courageux qui rompt avec le dogme libre-échangiste… Mais tout à coup on se rappelle les politiques agricoles du PS au pouvoir avant 2002 et les votes des socialistes au Parlement européen. Et on se dit que dans ce projet, en agriculture comme dans bien d’autres domaines, il y a des objectifs très beaux sans engagement précis. Et que cela dépendra surtout de la capacité des paysans, des consommateurs, des écologistes et bien d’autres de faire bouger les lignes dans les années qui viennent. L’horizon sera plus ouvert avec le PS au pouvoir, mais le changement ne viendra pas sans la pression des mouvements sociaux.

Aurélie Trouvé, économiste, ingénieur agronome et co-présidente d’Attac France

Photo de une : Ivan du Roy / Basta !

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