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Bien commun

À Roquevaire, l’eau « vitale » est gratuite

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Trente mètres cubes d’eau potable pour un euro ! C’est le prix dérisoire que payent chaque année les habitants de Roquevaire, dans les Bouches-du-Rhône, suite à une décision de la municipalité. Celle-ci considère que l’eau est un bien commun de l’humanité, et que chaque habitant de la commune doit pouvoir accéder gratuitement à l’eau « vitale ». Mais l’avènement, en 2020, de la métropole d’Aix-Marseille-Provence risque de bouleverser cet équilibre.

Cet article a initialement été publié dans le journal L’Âge de faire (voir sa présentation à la fin de l’article).

Le 19 décembre 2011, le conseil municipal de Roquevaire, une ville des Bouches-du-Rhône, approuvait à la quasi-unanimité une délibération instaurant une « tarification solidaire et responsable de l’eau ». Cette tarification progressive se compose de trois tranches : l’eau « vitale », qui correspond aux trente premiers mètres cubes, puis l’eau « utile », jusqu’à cent vingt mètres cubes, et, enfin, l’eau de confort. « Considérant que l’eau potable ne doit pas être une marchandise source de profits injustifiés, mais qu’elle est un bien commun de l’humanité », l’équipe municipale estime que ses administrés doivent pouvoir accéder gratuitement à l’eau vitale.

« Quand on a commencé à étudier ce projet, on s’est vu opposer tout un tas de réglementations, de décrets, de lois… On a compris que nous n’avions pas le droit de pratiquer la gratuité, explique Yves Mesnard, maire (PCF) de la commune depuis 2008. Plutôt que de partir dans un interminable combat devant le tribunal administratif, on a choisi de faire plus simple : fixer un prix dérisoire. » Ainsi, depuis le 1er janvier 2012, pour les trente premiers mètres cubes d’eau potable, les Roquevairois déboursent… un euro ! Cette quasi-gratuité, accompagnée de tarifs avantageux pour les volumes suivants, n’a pas entraîné de hausse de la consommation moyenne. Au contraire : alors que la population a augmenté entre janvier 2012 et décembre 2013, la consommation globale d’eau a légèrement baissé.

Une régie municipale créée en 1925

« Notre chance, c’est que nos ancêtres ont bien travaillé », glisse le maire. Roquevaire a toujours eu une relation un peu particulière à l’eau. Les habitants avaient en effet, dès le début du XXe siècle, réalisé un forage qui alimentait les fontaines du village. La commune a ensuite créé sa propre régie. Depuis 1925, c’est elle qui assure le captage, le traitement et la distribution d’eau potable à Roquevaire, puis dans trois autres villages de la commune, Lascours, Pont-de-l’Étoile et Pont-de-Joux. Soit un peu moins de 9000 habitants pour environ 4300 abonnés.

Dix agents et un ingénieur assurent le fonctionnement de la régie, qui gère notamment les 92 kilomètres du réseau de distribution. La gestion communale de l’eau a déjà montré, ici ou ailleurs, ses vertus : cela revient moins cher que de la confier à un groupe privé, et le réseau est souvent beaucoup mieux entretenu [1]. Lorsque la nouvelle équipe municipale arrive à l’hôtel de ville en 2008, elle s’aperçoit que cette régie est bénéficiaire. Dès lors, pourquoi ne pas en faire profiter les administrés ? « On ne paie pas la ressource. Or, en tant qu’élus, on n’est pas là pour faire du pognon, mais pour faire fonctionner une commune », rappelle Yves Mesnard.

Tout n’a pas été simple pour autant. Située à 28 km d’Aix-en-Provence, 25 km de Marseille et 8 km d’Aubagne, Roquevaire, autrefois agricole, accueille désormais principalement les travailleurs de ces différents pôles d’activité. Les cadres supérieurs y ayant construit récemment leurs villas côtoient une population plus ancienne, et plus précaire, l’activité économique sur place ayant quasiment disparu. Les ressources fiscales sont donc plutôt faibles. « Pour mettre ce système de facturation d’eau en place, on n’a pas fait appel à un cabinet d’audit. On a tous pris nos petites calculatrices, et on a fait nos propres calculs. Ça nous a pris deux ans ! »

La métropole mettra-t-elle fin à la régie ?

Plutôt que de partir dans les poches de quelques actionnaires, tous les bénéfices dégagés par la régie sont réinvestis dans l’entretien et l’aménagement du réseau. En moins de dix ans, le rendement du réseau est ainsi passé de 60 % à 76 %, se situant dans le haut du panier de la moyenne nationale. Cela a aussi permis à la commune de procéder, en 2013, à un forage d’exploration, afin de disposer d’une seconde ressource en eau pour mettre en sécurité l’approvisionnement des habitants. Les essais ont confirmé l’existence, par 125 mètres de profondeur, d’une rivière souterraine.

Mais la régie de l’eau de Roquevaire l’exploitera-t-elle un jour ? C’est la question que se pose actuellement, avec inquiétude, la commune. L’avènement, en 2020, de la métropole d’Aix-Marseille-Provence pourrait mettre fin à l’aventure, puisque la compétence de l’eau sera confiée à cette mégastructure. Ainsi, la régie, « qui a fêté ses 90 ans cette année, ne sera peut-être malheureusement jamais centenaire », regrette Yves Mesnard. Des rencontres doivent s’organiser avec d’autres maires de la région dont les communes sont également équipées de régies directes de l’eau, afin d’essayer d’obtenir des dérogations. Ou, pourquoi pas, convaincre la métropole de s’engager sur le chemin de la remunicipalisation du service ?

Nicolas Bérard (L’âge de faire)

Cet article a été publié dans le journal L’âge de faire, partenaire de Basta !

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