Racisme

À Berlin, une loi contre les discriminations hérisse la police et la droite

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La capitale allemande veut mieux protéger les victimes de racisme et de discriminations de la part de la police, mais également à l’école, à l’université et dans toutes les administrations locales.

Il faut « soutenir la police et ne pas la placer sous une suspicion généralisée ». Ce n’est pas Christophe Castaner qui parle, mais le ministre de l’Intérieur allemand (de droite), Horst Seehofer. Il réagissait à une nouvelle loi locale décidée début juin par la municipalité de Berlin. La loi berlinoise « contre les discriminations » a pour objectif de mieux protéger les habitantes et habitants des discriminations subies de la part des administrations municipales, mais aussi à l’école, à l’université, et face à la police. Pour le ministre de l’Intérieur allemand c’est une « folie ». Pour les associations qui accompagnent les minorités, c’est une grande avancée.

En cause, les discriminations liées à l’origine ethnique, aux préjugés racistes ou antisémites, à la religion, à l’identité de genre ou à l’orientation sexuelle, mais aussi en raison de la langue, de l’âge, d’un handicap ou d’une maladie chronique et du « statut social ». Dorénavant, à Berlin, une personne qui a fait l’objet d’une discrimination de la part d’une administration peut donc porter plainte, seule ou représentée par une association. Un faisceau d’éléments indiquant qu’il est probable qu’une discrimination est en cause suffira. Ce sera à l’administration concernée – écoles, services municipaux, police – de prouver que ce n’est pas le cas. Et si le tribunal établit la discrimination, la victime devra percevoir un dédommagement.

Objectif : « Lutter contre les contrôles au faciès »

« Si quelqu’un est par exemple systématiquement contrôlé par la police, qu’il existe une série d’éléments qui laissent penser que c’est sur une base discriminatoire, et si la police ne peut pas prouver qu’elle avait des soupçons solides pour contrôler cette personne, alors cette pratique pourra être jugée discriminatoire », explique Sebastian Walter, élu municipal vert à Berlin. Il s’est battu depuis des années pour faire passer cette nouvelle mesure. « Lutter contre les contrôles au faciès est évidemment un des objectifs », précise-t-il. Les cadres des administrations et de la police berlinoise auront aussi l’obligation de suivre des formations à la diversité et à la lutte contre les discriminations.

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La nouvelle loi locale ne s’appliquera qu’au territoire de la ville de Berlin – la capitale est l’un des 16 États-régions de l’Allemagne fédérale. Elle a cependant hérissé les syndicats de police et des politiciens de droite dans tout le pays. Certains ont menacé de ne plus envoyer leurs polices en renforts de leurs collègues berlinois, lorsqu’il s’agit par exemple d’assurer le maintien de l’ordre lors de gros événements. Chaque État-région dispose de sa propre police, responsable de l’ordre public mais aussi de la lutte contre la criminalité (il existe aussi des polices fédérales). La police de Berlin est déjà plutôt volontariste quand il s’agit de lutter contre l’homophobie par exemple. Elle a créé une cellule de contact dédiée, où les personnes victimes d’actes homophobes peuvent porter plainte.

« Nous espérons que cela conduise à des changements structurels »

Pour Edwin Greve, du groupement d’associations berlinoises « Conseil de la migration », les réticences de la police face à la nouvelle loi anti-discrimination montre la raison d’être même de la loi. « Lors de la grande manifestation antiraciste du 6 juin à Berlin, il y a eu des violences policières racistes. Il est temps de ne plus nier le problème. Avec cette loi, Berlin reconnaît enfin que des discriminations peuvent exister au sein de ses administrations et qu’il faut intervenir. Nous espérons que cela conduise à des changements structurels. »

Des lois similaires sont à l’étude dans d’autres États-régions du pays. « Mais le vif débat qui en a suivi l’adoption à Berlin risque de les refroidir, regrette Sebastian Walter. En Allemagne aussi, cela reste difficile de parler des structures racistes présentes dans la société. Notre position n’est pas de soupçonner toute la police de racisme, mais de dire que l’existence du racisme est un fait, et qu’il faut des moyens de prévention et de sanction. » Malgré les récentes sorties du ministre de l’Intérieur, le gouvernement fédéral semble lui aussi prendre doucement la mesure du problème. La semaine dernière, il a annoncé lancer une étude sur les pratiques de profiling racial et les tendances racistes dans les polices du pays. Bien loin du déni français.

Rachel Knaebel

Photo : CC Montecruz Foto via flickr.

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