BASTA !

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Hors-série

Raconter l’histoire de la crise sanitaire du point de vue de celles et ceux « en première ligne »

par Agnès Rousseaux -

Les rédactions de Basta ! et Politis se sont une nouvelle fois associées, après leur premier hors-série sur les alternatives, pour raconter une autre histoire du confinement.

Que restera-t-il dans quelques années de ce que nous venons de vivre ? Déjà nous commençons à oublier les interdictions de circuler ou de se réunir, les attestations à remplir, la peur de la pénurie, le décompte des morts. Nous avons hâte que le monde se remette à tourner comme avant – écoles, transports, travail ou vacances – tout en espérant éviter un retour à «  l’anormal  ».

Alors que nous émergeons de cette parenthèse confinée, ce hors-série s’est imposé à nous. Les rédactions de Basta ! et de Politis se sont coordonnées pour proposer une information indépendante sur la pandémie. Nous avons voulu rassembler des articles écrits durant ces quelques mois pour embrasser ce qui a marqué nos rédactions. Garder en mémoire les visages, les paroles, les témoignages qui nous ont bouleversé·es. Tenter de donner sens à ce temps suspendu dont nous ne savons pas encore où et comment il va atterrir. Faire le récit de ce moment troublé, vécu comme une longue apnée ou comme l’ouverture d’une brèche dans la frénésie de notre époque.

Promesses balayées

Ce hors-série est d’abord un portrait de la France en première ligne, de ces «  invisibles  » négligé·es, voire méprisé·es, depuis si longtemps : personnels soignants, éboueurs, aides à domicile, caissières, enseignant·es, livreurs, personnels de nettoyage… Ces héroïnes et ces héros du quotidien à qui on refusait hier le droit à de meilleures carrières et retraites, malmené·es, réprimé·es puis applaudi·es, mais dont on attend toujours le sacrifice.

«  Il nous faudra nous rappeler que notre pays, aujourd’hui, tient tout entier sur des femmes et des hommes que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal  », affirmait Emmanuel Macron le 13 avril. Déjà, pourtant, nos gouvernants balaient d’un revers de main les promesses faites à ces «  premiers de corvée  » : la réforme des retraites revient à l’ordre du jour, les polémiques obscènes sur l’absentéisme dans l’Éducation nationale ressurgissent. En Normandie, en ce mois de juin, un éboueur s’est suicidé en tenue de travail. Il avait été licencié la veille pour avoir accepté une bière de la part d’un riverain qui voulait le remercier d’avoir été là pendant le confinement.

Comment «  faire société  » avec ces fractures béantes

De cette période de vacillement, nous voulons contribuer à écrire une histoire «  par en bas  », avec le chœur de ces voix plurielles. Raconter autrement cet événement, loin de la narration martiale et nombriliste qui nous est trop souvent proposée, avec ces récits qui disent l’angoisse d’aller travailler, les sas de décontamination improvisés par les soignant·es en rentrant à leur domicile, la pénibilité vécue par les routiers, les agents de nettoyage et les personnels d’Ehpad, la débrouille pour trouver des masques, des blouses ou du gel hydro-alcoolique. La pression au rendement qui revient au bout de quelques jours seulement, dans des secteurs pourtant non essentiels. Les deuils impossibles. Mais aussi les solidarités nouvelles.

Nos rédactions ont aussi mis en lumière la grande faiblesse du gouvernement : les défaillances, les mensonges, les mots creux pour tenter de justifier l’injustifiable – comme le démantèlement de l’hôpital public depuis trois décennies. Nous avons également cherché à percevoir les points d’appui, les prémices du monde d’après et les questions enfin devenues centrales dans le débat public. Comment «  faire société  » avec ces fractures béantes, comment redonner une valeur à l’utilité sociale, comment organiser la transition écologique et économique dans la justice sociale ? Quelle reconnaissance des services publics de soins ou d’éducation, des infrastructures qui permettent à notre pays de faire face à cette crise ? Qu’est-ce qui fait tenir nos sociétés ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour nous ? Des interrogations essentielles pour notre travail journalistique aujourd’hui.

Agnès Rousseaux, directrice de Politis et coordinatrice de Basta !

La version numérique (52 pages, 4,99 € la version numérique, 5,50 € la version papier) est en vente ici, ou chez votre marchand de journaux.