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Covid-19

Oxygène médical : les ouvriers de l’usine Luxfer appellent à une réouverture d’urgence

par Nadia Sweeny (Politis) -

Manquera-t-on bientôt de bouteilles d’oxygène pour soigner les malades atteints du Covid-19 ? C’est l’alerte lancée par les ex-salariés de Luxfer, seule usine en France à fabriquer des bouteilles d’oxygène médical, jusqu’à sa fermeture en 2019. Des voix s’élèvent pour demander sa réouverture et sa nationalisation.

C’est l’histoire d’une fermeture d’usine comme on en voit trop souvent : une multinationale, propriété de fonds de pensions, qui spécule sur les prix de sa production. Un choix stratégique de fermer une usine bénéficiaire, facilité par les ordonnances de 2017. Un gouvernement qui laisse faire malgré des licenciements pour raisons économiques injustifiés, selon l’inspection du travail. 138 ouvriers laissés sur le carreau. Un bassin d’emploi touché de plein fouet... Une histoire « banale » d’un système économique à bout de souffle, que la crise du Covid-19 vient de nouveau questionner.

L’usine Luxfer de Gerzat (Puy-de-Dôme), fabriquait, entre autres, 100 000 bouteilles d’oxygène médical par an, à destination des professionnels de la santé, qui représentaient 60% de son chiffre d’affaires. Ces bouteilles d’oxygène sont celles utilisées aujourd’hui par les hôpitaux surchargés pour accompagner la respiration des victimes de la pandémie, celles dont l’Italie manque cruellement aujourd’hui.

« En France, les hôpitaux ont un système de raccordement sur des grandes cuves : nos bouteilles sont utilisées quand il y a un surplus de malades et que ce raccordement n’est plus possible, quand on les déplace, et dans le cadre d’oxygénothérapie : pour pallier les séquelles pulmonaires, explique Axel Peronczyk, ancien ouvrier de l’usine, délégué syndical CGT. Nous étions la seule usine d’Europe à en fabriquer, l’Italie en manque, en France, nous n’avons aucune information sur l’état des stocks… mais quand on se rendra compte que nous en manquons, il sera déjà trop tard ! Il faut agir vite. »

Demande de nationalisation

Luxfer, entreprise britannique, a annoncé en novembre 2018 la fermeture définitive de cette usine, qu’elle avait racheté au groupe français Péchiney en 2001. Après des mois de lutte, les ouvriers occupaient encore les lieux jusqu’au 16 mars, pour protéger leur outil de travail – dont les plus belles machines avaient été acquises par l’État quand l’usine était un fleuron national. À la suite du discours, le 12 mars, du président de la République, qui affirme vouloir « reprendre le contrôle » des biens et services vitaux pour le pays, la CGT demande la nationalisation de cette usine.

Plusieurs députés, dont le chef de file de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, ont également réclamé sa nationalisation mardi 24 mars. « A cette heure personne n’est capable d’identifier si le stock actuel de bouteille d’oxygène est suffisant pour faire face à cette pandémie mondiale et la seule usine d’Europe reste pourtant à l’arrêt », dénoncent les ex-salariés qui ont lancé une pétition. Pour l’ancien délégué CGT, pas de doute, la production pourrait être relancée immédiatement : la moitié des salariés seraient prêts à reprendre le travail et l’usine « pourrait fournir sa première bouteille dans 9 semaines », affirme Axel Peronczyk. La pétition, qui a déjà recueilli plus de 15 000 signatures, demande la nationalisation de l’usine, car « la direction du groupe Luxfer a tenté par 3 fois de détruire l’outil industriel pour empêcher tout redémarrage et ce sont les ex-salariés qui ont empêchés cette destruction. » Après les paroles, le gouvernement est donc prié de passer à l’acte.

- Pour agir : Une pétition en ligne a été lancée sur Change.org.

Nadia Sweeny (Politis), avec Agnès Rousseaux

Cet article a été initialement publié par Politis. Pendant toute la durée de la crise du coronavirus, les rédactions de Basta ! et Politis se coordonnent pour couvrir les événements et proposer une information indépendante sur la pandémie.

Photo : CC Scott, 2008.