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Politique

Dix villes où des listes « citoyennes » affichent leurs ambitions pour les municipales

par Barnabé Binctin -

Des listes « participatives », ou rassemblant un large éventail de partis à gauche, comptent incarner l’alternative pour les élections municipales de 2020. Leur point commun : la justice sociale, l’écologie, et le désir de renouveler la démocratie locale. Tour d’horizon avec dix villes emblématiques.

Non, la politique n’est pas, toujours et partout, qu’un éternel recommencement. Une longue litanie de promesses de rassemblement et de vœux de participation se fracassant sans cesse à la table des négociations, à l’approche d’un nouveau scrutin. Certes, dans les rangs de la gauche et des écologistes, les tentations autonomistes et les guerres d’ego n’ont pas disparu, loin de là – elles trouvent même cours, parfois, chez ceux-là même qui les dénonçaient il y a peu… Pourtant, avec 35 000 communes au total, les élections municipales de mars 2020 offrent heureusement quelques espaces de dissidence.

Sur différents territoires dans l’Hexagone, de vraies dynamiques collectives et citoyennes émergent et veulent réenchanter l’horizon politique. Avec des chances de victoire variables et, selon le contexte et l’histoire, des approches différentes dans leur rapport aux partis ou dans leur gouvernance. Mais avec, en partage, des idées communes autour de l’écologie, de la justice sociale, des biens communs et de la démocratie locale. Et avec l’espoir, aussi, de transformer une certaine façon de faire la politique. Voici un petit tour de France, non-exhaustif, des quelques listes « citoyennes-écolo-de gauche » à suivre aux prochaines municipales. La gauche se reconstruira-t-elle par en bas ?

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À Marseille, un « Printemps marseillais » du PRG au PCF, mais sans EELV

Dans la cité phocéenne (860 000 habitants), c’est l’Union sacrée, ou presque. Mis à part le cavalier solitaire décidé par EELV, la liste « Le Printemps marseillais » est en train de construire l’un des rassemblements les plus larges et les plus symboliques de ces prochaines élections municipales. Du Parti radical de gauche (PRG) jusqu’à la France insoumise (FI), en passant par le Parti socialiste (PS), le Parti communiste (PCF) ou Place publique, dix organisations politiques différentes ont embarqué dans l’aventure, initiée par plusieurs collectifs citoyens et pilotée par un « parlement », composé à parité de personnalités issues de la société civile et de représentants politiques. Depuis, la CGT, forte de ses 15 000 adhérents à Marseille, a décidé de « s’inscrire activement » [1] dans le processus selon ses propres termes – un engagement politique suffisamment rare pour être souligné.

Un engouement qui trouve son explication dans le contexte local : « Records de pollution ou d’inégalités, fusillade dans les quartiers, habitat insalubre : ici, on parle de vie ou de mort pour de vrai, ce n’est pas de la poésie, on l’a bien vu. Ces enjeux nous donnent une responsabilité historique pour tenter de faire quelque chose », détaille Olivia Fortin, présidente de Mad Mars, un collectif citoyen né en juin 2018 avec cet objet unique : « Organiser l’Union sacrée ». Et un mot d’ordre en conséquence : « Soyons fous, croyons à la politique ».

Pour ce faire, ils ont basé leur stratégie sur un drôle de concept : la « pouletique ». « On a organisé des dîners où on faisait se rencontrer des personnes de différentes sensibilités et où je cuisinais du poulet. Parce que la politique, c’est avant tout une affaire humaine… », poursuit l’entremetteuse en tablier. Elle n’a pas encore digéré la sortie auto-proclamée (et temporaire ?) d’EELV – « Dix orga politiques arriveraient à se mettre d’accord, mais pas onze ? c’est inexplicable… » – mais pense déjà à resservir le plat : « On va continuer à leur parler et à leur tendre la main, il faut qu’on y arrive tous ensemble. En face d’un Rassemblement national aussi puissant, on ne peut pas prendre le risque d’y aller à plusieurs bulletins… ». Des discussions sont également en cours avec une autre dynamique participative, le Pacte démocratique, qui rassemble notamment des militants des quartiers populaires, et impliqués auprès des familles en lutte suite aux effondrements de la rue d’Aubagne.

C’est de surcroît la fin de tout un « système » qui s’annonce, puisque pour la première fois depuis 1995, le maire actuel, Jean-Claude Gaudin, ne se représentera pas. Une opportunité réelle pour prendre les rênes de la mairie et lui offrir une gestion bien plus apaisée. « Et faire grouiller cette ville d’espoir, conclut Olivia Fortin, c’est ce dont elle a le plus besoin. »

À Toulouse, un « archipel citoyen » avec tirage au sort et plébiscite

Toulouse (475 000 habitants) fait partie des villes vers lesquelles tout le monde aura les yeux tournés pour les municipales, selon plusieurs observateurs. De par sa méthodologie, son impulsion citoyenne et le rassemblement politique qui en a découlé, mais aussi de par les premiers échos dans les sondages qui semblent dessiner une possibilité de victoire, la liste « L’archipel citoyen » suscite l’intérêt et l’enthousiasme depuis plusieurs mois désormais. Lancée à l’été 2017, la démarche s’est notamment caractérisée par l’ambition extrêmement innovante qu’elle s’est fixée : nommer un tiers de sa liste (70 noms) par tirage au sort et un autre tiers par plébiscite (candidats désignés par autrui), le dernier tiers étant réservé aux candidats volontaires. Un mode de désignation inédit, en France.

Agathe Voiron se souvient encore de la lettre reçue, en mai 2019, avec un petit poster au verso sur lequel était inscrit « Et si l’élu-e idéal-e c’était vous ? » Cette infirmière en EHPAD de 39 ans, mère de 3 enfants, laisse passer l’été avant de se lancer : « J’ai toujours voté, et toujours pensé que c’était important. En allant à ma première réunion, j’ai été frappé par le pluralisme des gens présents et par les méthodes de dialogue, les gens s’écoutaient et ne se coupaient pas la parole, il y avait un vrai espace pour échanger. Et puis voir tous ces partis, entre lesquels j’hésite régulièrement, travailler ensemble… Il était plus difficile de leur dire "J’adore ce que vous faites, mais je vous laisse le faire tout seul !" »

Depuis, elle est devenue l’une des sept porte-paroles désignées pour la campagne, dont ne sont donc pas exclus les partis politiques. Au contraire, plusieurs sont de la partie : EELV, la FI, Place publique, le Parti pirate, Nouvelle donne et des militants du PS soutiennent notamment la dynamique. Antoine Maurice, la tête de liste désignée le 17 novembre, après dix heures de discussion, est d’ailleurs membre d’EELV. Seul manque à l’appel le PCF, parti officiellement en campagne avec Nadia Pellefigue, la candidate du Parti socialiste. Les premières propositions phares de L’Archipel citoyen devraient être connues dans le courant du mois de décembre.

À Grenoble, l’alliance EELV-PG s’élargit pour gagner un second mandat

Voici venu le temps de la confirmation. Le temps de montrer que le contre-pouvoir alternatif est bel et bien devenu un laboratoire politique de transformation. En 2014, Grenoble (160 000 habitants) avait joué les précurseurs, avec une liste de rassemblement partagée à 50% par la société civile et 50% par des partis politiques (moitié EELV, moitié Parti de gauche, et d’autres mouvements comme Nouvelle Donne). Élu à la surprise générale, à la faveur d’une quadrangulaire qui avait vu le candidat PS se maintenir au second tour, Eric Piolle s’avance cette fois dans les habits du favori, avec des sondages pour l’heure très positifs.

Après six années de mandat qui auront vu l’équipe municipale mener un certain nombre de réformes, parfois symboliques (baisse de rémunération des élus de 25%, dispositif d’interpellation citoyenne), parfois plus conséquentes (piétonisation du centre-ville, suppression des panneaux publicitaires), l’alliance politique s’est non seulement maintenue, mais elle est même en passe de s’élargir. La liste « Grenoble en commun » voit ainsi le PCF et une partie du PS, ainsi que de nouveaux venus tels que Place publique, Génération.s ou le Parti animaliste, venir renforcer le socle initial.

« On travaille à rassembler toutes les gauches et tous les écologistes depuis l’aile macroniste du PS », dit-on dans l’entourage de la campagne, qui ne voit venir aucune liste dissidente, pour l’heure, de ce côté-ci du spectre. Un sacré tour de force, au regard du contexte national ces dernières années. Premier écologiste à diriger une aussi grande ville en France et affilié à EELV, Eric Piolle s’est toujours tenu à distance des bisbilles de son parti et des consignes de vote, fidèle à sa volonté de dépasser les logiques d’appareil (relire à ce sujet l’interview qu’il nous avait accordé pendant la campagne des présidentielles, en 2017).

Une stratégie qui n’a pas fini de transformer le jeu politique, selon lui : « En 2014, l’enjeu était de bousculer les propriétaires d’un système et une façon de faire des politiques publiques. C’était la gauche et la droite qui se repassaient le pouvoir, chacune son tour. Aujourd’hui, la flèche de l’histoire a changé de direction : nous ne sommes plus "l’autre gauche", nous sommes les humanistes qui changent la vie. » A confirmer, donc.

À Amiens, un possible « front populaire écologique » en négociation

Le petit match de foot qu’Eric Piolle est venu partager avec François Ruffin, à Amiens (135 000 habitants), samedi 16 novembre, n’avait rien d’anodin. « Notre modèle, c’est une union large à la grenobloise », admet Émilie Thérouin, chef de file d’EELV à Amiens. La prudence est encore de mise : l’accord n’est pas officiellement validé, et toujours en cours de négociation. A la table de ces négos, beaucoup de monde : la FI, EELV, le PCF, Ensemble, le PS, Place publique, Génération.s, Picardie debout (le parti local de François Ruffin), et le collectif « Résolument à gauche ». Une chose semble toutefois d’ores et déjà validée : 50% des candidats de la liste finale seront « des personnes éloignées de la vie politique ».

Dans la ville d’Emmanuel Macron, c’est un « front populaire écologique » que François Ruffin espère voir se mettre en place, comme il l’a formulé au sortir des vestiaires, dans le cadre d’un meeting qui ressemblait à un lancement de campagne. Le député avait déjà été élu député sur une base de rassemblement similaire, assez large, en 2017. Cette fois, c’est Julien Pradat, architecte, et Evelyne Becker, militante syndicale chez Goodyear, qui devraient être aux avant-postes, aux côtés d’Émilie Thérouin.

Alors que la maire sortante, Brigitte Fouré, investie par la République en marche, risque d’affronter plusieurs listes dissidentes à droite, « la gauche ne peut pas partir divisée dans cette ville qui vote traditionnellement au centre, rappelle Émilie Thérouin, qui se dit optimiste. On va y arriver, c’est en bonne voie, tout le monde met de la bonne volonté. » La dynamique pourrait d’ailleurs faire tâche d’huile jusqu’à Abbeville (23 000 habitants), une cinquantaine de kilomètres plus loin, où une configuration d’alliance assez proche se confirme également.

À Mulhouse, alliance large devant l’urgence d’une ville paupérisée

Sur le tract, les logos s’affichent côte-à-côte : France insoumise, Europe Écologie-Les Verts, Génération.s, Parti communiste, Place publique et Alternatives & autogestion, une branche issue de la dissolution des Alternatifs en 2015. Une vraie alliance d’organisations politiques, que conduira Loïc Minery, 33 ans, affilié EELV. Pourquoi cette dynamique de rassemblement a-t-elle fonctionné à Mulhouse (110 000 habitants), là où elle semble si difficile à mettre en place ailleurs ? « Mulhouse est une ville très paupérisée, avec un tiers de la population vivant sous le seuil de pauvreté. Aux dernières élections, il y avait deux grands vainqueurs : l’abstention et le Front national. Cette situation nous obligeait à passer le cap du rassemblement », estime la tête de liste, enseignant en Histoire-Géo, et très impliqué sur la question du vélo en ville.

De fait, ce rassemblement se construit depuis plusieurs années, autour notamment de l’opposition au projet StocaMine, un site sur lequel sont enfouis des dizaines de milliers de tonnes de déchets toxiques, dans la banlieue de Mulhouse. En 2017, pour les législatives, la tentative d’union avait achoppé de justesse. Cette fois, c’est donc ensemble qu’ils mèneront campagne, au sein d’une liste au nom choisi en circonstance : « Mulhouse cause commune ».

Et avec quelques mesures fortes, en ligne de mire : le « pouvoir de vivre », avec la défense de la gratuité pour quelques services vitaux tels que la mobilité ou l’accès aux premiers m3 d’eau, le relogement des sans-abris (15% de logements estimés vacants en ville), et la « démocratie active », avec des réflexions autour du droit d’interpellation des élus, par exemple.

À Poitiers, une dynamique citoyenne qui tente de s’imposer aux partis

« L’envie d’être acteur, et plus seulement spectateur », c’est ce qui a poussé Charles Reverchon-Billot, avec une dizaine d’autres personnes, à se lancer dans l’aventure d’une liste citoyenne à Poitiers (90 000 habitants). Devenue « Poitiers collectif », lancée le 18 octobre 2018, elle a depuis reçu le soutien de plusieurs formations politiques parmi lesquelles EELV, Génération.s, Nouvelle Donne et probablement le Parti communiste. Avec une règle très simple : la porte est ouverte, mais « chacun laisse sa casquette de parti à l’entrée, poursuit celui qui est devenu directeur de campagne, depuis. On a rencontré toutes les forces de gauche, et on les a toujours invitées à nos réunions, mais on ne veut pas rentrer dans des logiques de tractation partidaires. »

Une démarche qui fait de Poitiers collectif l’une des têtes de pont des listes dites « citoyennes ». Une quarantaine d’entre elles s’étaient justement donné rendez-vous dans la préfecture de la Vienne, fin septembre, pour la « Rentrée des Initiatives citoyennes », afin de partager leurs expériences aux côtés de réseaux de démocratie participative (Tous Élus, La Belle démocratie, La Bascule, etc.).

Depuis, la tête de liste a été désignée : Léonore Moncond’huy, 29 ans, chargée de projet dans la coopération internationale. Mais aussi conseillère régionale EELV Nouvelle-Aquitaine. Ce qui a pu faire grincer quelques dents au sein du collectif, ce que le processus de désignation a justement permis de faire entendre : « Nous avons procédé à une élection sans candidat, et son appartenance politique fut la principale source d’objection. On en a longuement débattu, et au final, si cela avait été trop problématique, elle n’aurait pas pu être désignée », assure Charles Reverchon-Billot. Avec 70% de non-encartés parmi les 20 premiers désignés, la liste Poitiers Collectif veut croire en ses chances et aux premiers échos positifs pour ravir cette ville, historiquement socialiste.

À Quimper, « fonctionnement horizontal et effacement des étiquettes »

En première position, une assistante de vie scolaire, non-encartée, très impliquée dans le mouvement des Coquelicots. En deuxième, un représentant de la France insoumise. En trois, une militante d’Attac et adhérente d’EELV. En quatre, l’UDB, l’Union démocratique bretonne, un parti régionaliste marqué à gauche. En cinq, un gilet jaune… A Quimper (65 000 habitants), la promesse de diversité s’incarne dès les premières places de la liste « Coopérative écologique et sociale pour Kemper et son agglomération », que mènera donc Sylvie Casimiro de San Leandro, 50 ans.

« Aucun d’entre nous n’imagine que le "citoyennisme" soit la promesse d’une fusion abolissant miraculeusement les contradictions », introduit la Charte du collectif, dès la première phrase. Et si les logos des partis politiques n’apparaîtront pas sur les tracts et les affiches de campagne, chacun sera autorisé à affirmer son identité politique à côté de son nom, sur les bulletins de vote. Comme une illustration de cette ambition de convergence autour d’un enjeu supérieur : « L’urgence écologique, sociale et démocratique, voilà ce qui guide notre action ! Pour y faire face, on a mis en place des règles de gouvernance, avec un fonctionnement plus horizontal et un effacement des étiquettes », raconte Martine Petit, numéro trois sur la liste.

Mais si la coopérative s’est félicitée du ralliement récent de syndicalistes CGT, le rassemblement reste pour autant partiel : le PCF et Génération.s ont, de leur côté, décidé de rallier la liste emmenée par la candidate PS aux côtés du Parti radical de gauche… Avec en face deux listes se revendiquant de la République en marche, une liste Modem, et une liste du Rassemblement national, la bataille dans cette municipalité de droite s’annonce serrée.

À Chambéry, une liste pour « ré-ancrer la politique dans nos vies quotidiennes »

A Chambéry (60 000 habitants) aussi, on a joué sur l’interpellation surprise : « Sur notre tract, on a marqué "Devenez candidat !", et ça fait beaucoup réagir les gens. Certains ne pensaient même pas que c’était possible… », raconte Yves Macquet, membre actif du mouvement « Grand Chambéry 2020 ». Celui-ci assume l’inspiration toulousaine, qu’il revendique jusqu’au mode de désignation de la liste, sur la même répartition « volontaire-plébiscité-tiré au sort ».

Une liste dont on ne connaîtra pas, par ailleurs, les noms avant la mi-janvier. Le temps de mûrir parfaitement une démarche engagée depuis 2016 autour de plusieurs réflexions sur le municipalisme et la façon de « ré-ancrer la politique dans nos vies quotidiennes », explique Yves Macquet : « Au contraire de la majorité actuelle (Les Républicains), repliée sur elle-même, nous voulons miser sur le collectif en allant vers les abstentionnistes, les jeunes et tous les néophytes de la politique. »

Pour cela, le mouvement organise des assemblées, toutes les six semaines, autour d’un sujet particulier : les transports, les services publics, le rôle des élus, et dernièrement, la laïcité. En s’attachant bien à proposer des méthodes d’animation – telles celles que peut proposer l’« Université du nous », notamment – qui permettent une discussion ouverte : « Quand on anime un débat, on part véritablement de la question, et non de la réponse qu’on veut lui donner. La façon de faire est essentielle, c’est aussi ça qui permet de donner envie… », assure celui qui, à côté, milite pour la création d’une monnaie locale ou s’engage avec Tous migrants.

Aujourd’hui, le mouvement citoyen du Grand Chambéry revendique 500 sympathisants et a le soutien de la FI, d’EELV et d’Ensemble. Avec ou sans les logos ? Là encore, la question n’est pas tranchée. « C’est la méthode du chemin faisant. » S’il se donne encore ce temps, c’est aussi pour permettre l’union avec l’autre grande liste de gauche, Grand Chambéry Solidaire, composée d’anciens élus et de membres du PCF et de Génération.s, notamment. Une première réunion commune a eu lieu, mais la convergence n’est pas encore actée pour l’heure.

À Commercy, « la suite logique des gilets jaunes, c’est le municipalisme »

Devenue l’un des bastions gilets jaunes en accueillant la première « Assemblée des assemblées », la sous-préfecture de la Meuse (6 000 habitants) aura forcément valeur de symbole aux prochaines élections. D’autant plus qu’une liste citoyenne défendant « le municipalisme » s’y présente. Mais n’allez pas dire à Steven Mathieu, l’un de ses animateurs, que c’est une « liste gilets jaunes » : « On ne se revendique pas du tout comme cela, ne serait-ce que par respect pour les gilets jaunes qui n’adhèrent pas à cette démarche. »

Cet éducateur spécialisé de 28 ans sait de quoi il parle, pour avoir également participé activement au mouvement depuis un an. S’il a, pour sa part, fait le choix des urnes, il n’y voit pas plus d’incohérence de son côté : « Le mouvement des gilets jaunes en lui-même ne peut plus passer uniquement par des manifestations. Sa suite logique, c’est le municipalisme, cet outil consistant à mettre en place la démocratie directe et à transférer le pouvoir de décision aux habitants. Et pour cela, l’élection est un moyen, certainement pas une fin. »

Une première « assemblée citoyenne » s’est donc tenue en juin, pour lancer la discussion. Puis une deuxième, en septembre, où est prise la décision de se lancer dans la bataille électorale. Depuis, un collectif citoyen s’est mis en place avec des gilets jaunes, des militants associatifs, des habitants et quelques syndicalistes ou encartés, priés vertement de laisser leurs casquettes sur le pas de la porte. « Notre Charte éthique est très claire : n’importe qui peut venir, mais nous n’afficherons aucune étiquette. Et ne discuterons d’aucune alliance avec les partis politiques », énonce Steven Mathieu.

Tant pis pour le candidat du Parti socialiste qui a tenté quelques appels du pied maladroits. En face, le maire sortant (DVD) se représente, et devrait se méfier de la liste RN qui pourrait bien se monter. D’ici là, Commercy pourrait à nouveau être le centre d’une France en mouvement, le temps d’un week-end : c’est le sens de l’appel à la « Commune des communes » [2], initialement prévu en novembre et finalement reporté en janvier.

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À Forcalquier, « une démarche par le bas, autour de l’écologie, la citoyenneté et la solidarité »

Comme à Saillans, ce petit village de la Drôme devenu emblème de la révolution participative après la victoire d’une liste citoyenne en 2014, la genèse de la liste « Forcalquier en commun » tient à une histoire de supermarché. Fin 2017, le nouveau PLU prévoit, sans la moindre concertation, le déplacement et l’extension de l’Intermarché, en entrée de Forcalquier (5 000 habitants), sur un terrain agricole de 2 ha. Le mouvement « Singularité Forcalquier » se crée et demande l’ouverture d’un débat public sur le projet, récoltant 500 signatures – soit l’équivalent de 10% de la population – en quelques jours. Sans pour autant faire bouger d’un iota la position du maire.

« Le moteur de notre campagne réside là, dans ce déni démocratique et écologique », raconte Vincent Baggioni, membre actif de la dynamique. Aujourd’hui, le mouvement s’est constitué en collégiale, sans président, et multiplie les petites réunions "Marguerite" - « pour la fleur, petite et conviviale, qui incarne l’idée de proximité ». Et sans la moindre attache partisane : « On veut une démarche par le bas, et c’est plus intéressant de travailler sur des idées que sur des logos. On inscrit notre travail autour de trois valeurs cardinales : l’écologie, la citoyenneté, la solidarité », explique Vincent Baggioni.

Des valeurs qui prennent forcément un sens particulier dans le fief de Christophe Castaner : après plus de seize ans à la tête de la ville, le ministre de l’Intérieur a quitté son poste en 2017, lors de sa nomination au gouvernement. Y laissant un drôle d’héritage, puisque son premier adjoint, devenu successeur, Gérard Avril, ne se représente pas et qu’aucune liste ne se revendique de cette filiation.

Les animateurs de Forcalquier en commun se refusent d’ailleurs à tout Castaner-bashing : « Tout n’est pas à jeter dans les mandats précédents, même s’il faut insuffler une autre gouvernance. Notre priorité, ce n’est pas de nous positionner pour ou contre Castaner. » Ce sera plutôt de ne pas offrir la municipalité à la droite, que représentent les deux seules autres listes concurrentes pour l’heure déclarées.

Barnabé Binctin

Carte : Guillaume Seyral

- Photo : réunion de lancement de la liste « L’archipel citoyen » à Toulouse, le 14 septembre 2019 (© Archipel citoyen)

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